Rémy Vectol, un dernier ring pour la route ?
Ce samedi soir au Progt de Matoury, les amateurs de sports de combat ont rendez-vous pour la soirée 100% Muay ThaÏ. 8 combats amateurs et 2 combats pro sont au programme de l’évenement qui verra également oeuvré le champion guyanais Rémy « Robocop » Vectol. Interview
Le bruit sec des coups résonnent contre les pads noirs incurvés. Il est 18h30 et Robocop, tel qu'il se surnomme dans la profession, dégouline déjà de sueur. Ses high kick sont puissants, incisifs, précis. A 33 ans, il n'a rien perdu de son explosivité passée. Fidèle à sa combativité réputée, Rémy Vectol s'entraine avec un élève en avance dans une salle du Break Club à Remire-Montjoly en attendant les jeunes à qui il enseigne sa passion : la boxe thaïlandaise. Le samedi 15 juillet 2023 à 19h00 au PROGT de Matoury aura lieu la 100% MUAYTHAI auquel Rémy participera en tant que professionnel. Peut-être que ce sera son dernier combat, sa dernière sortie remarquée avant de tirer sa révérence, peut-être pas. Seul l'avenir nous le dira.
FG : Vous avez été 2 fois champion de France et 4 fois champion du monde de muay thaï. Samedi au Progt, ce sera votre 63e combat !
RV : Oui c'est bien ça. J'ai aussi eu des titres intermédiaires, mais les principaux sont ceux là. Chronologiquement, mon premier titre date de 2011, j'avais 21 ans. Ensuite, en 2012, c'est le titre S1 que j'ai eu en Thaïlande pour l'anniversaire de la reine. Puis le plus prestigieux en moins de 76 kilos, c'est le titre WPKA, que j'ai remporté en Thaïlande en 2014. Pendant mon voyage en Thaïlande, j'ai enchaîné tous les titres que j'ai pu faire et puis après je suis revenu en Guyane.
Ma spécialité, c'est le corps à corps
Vous pratiquez plusieurs variantes martiales, mais quel est votre sport principal : le muay thaï, le kickboxing ou le K-1 ?
À la base, c'est du muay thai que je fais. C'est une discipline où quand tu es bon, souvent, on va te proposer des combats en kickboxing et en K-1 où il n'y a pas de corps à corps. Ma spécialité, c'est le corps à corps, les coups de coude, les coups de genoux. Je suis boxeur de boxe thaïlandaise traditionnelle, mais je sais m'adapter aux autres formats. Le K1 est un format sans préhension, on n'a pas le droit de saisir. Le kickboxing, c'est juste les poings. Le Muay Thaï en une phrase, je dirais puissance. Le K1, je dirais explosivité. Et le kickboxing, je dirais débit.
Pourquoi ce surnom “Robocop” ?
C'est Ken Smith qui m'a donné ce surnom là, parce que j'avais les articulations ultra raides et que lors des combats, j'avançais comme un robot qui n'avait pas de sentiments. Je ne montrais pas de douleur, j'avançais et j'accomplissais ma mission ! On m'a appelé une fois comme ça et c'est resté.
Ma boxe a maturé avec le cœur
Vous avez été 18ème au classement international des poids plumes -77 kg en muay thaï et K-1. Comment votre boxe a-t-elle évoluée avec le temps ?
Je pense qu'aujourd'hui, je peux rivaliser avec les meilleurs Français. Si l'occasion se présente, je ne le refuserai pas. Ma boxe a maturé avec le cœur. Au début, je faisais de la boxe pour régler quelque chose avec moi. Je me regardais boxer. C'était plus une recherche personnelle. Au fur et à mesure, je me suis plus relâché, je suis plus sûr de moi. Avant, j'avais une boxe plus crispée. Devenir adulte m'a permis de lâcher prise totalement, d'être plus polyvalent et patient. Pus jeune quand je mettais un coup de pied dans le vent, ça me décourageait tout de suite par exemple. Je me disais “ça va être trop dur”. Alors qu'aujourd'hui, je sais que ça fait partie du processus. La victoire, c'est pas instantané, c'est un travail. Il faut savoir profiter de chaque seconde qu'on passe sur le ring. C'est ce que j'ai envie de montrer pour mon dernier combat ici : le développement de ma confiance.
Auriez-vous pu faire autre chose de votre vie que la boxe thaïlandaise ?
À la base, j'étais censé faire un BTS audiovisuel, partir en métropole pour faire mes études, mais j'ai décidé de rester, de me donner à fond pour mon sport. Il y a des êtres humains qui sont plus disposés à certaines choses, peut être assurer la sécurité des autres, peut-être défendre les injustices. Le milieu des arts martiaux permet aux personnes comme moi de s'épanouir. Je dois avoir des ancêtres soldats, guerriers, j'ai besoin de me retrouver dans un milieu martial (rires).
Le petit “mais” est essentiel
Quel est votre plus beau souvenir de ring ?
C'est ma première ceinture de champion du monde, parce que je l'ai vraiment souhaité. J'ai fait des milliers de kilomètres et je me retrouve à un endroit avec plein de boxeurs professionnels que j'avais déjà vu à la télé. J'étais à mon 20ème ou 25ème combat et là surprise ils me font combattre face à un adversaire. Il était plus fort que moi. Tu le ressens quand quelqu'un est plus fort que toi. Je l'ai pris au corps à corps, je l'ai bloqué, je lui ai mis des coups de genoux, mais je ne lui ai pas fait aussi mal que ça. La sensation était particulière. Ça m'a donné une leçon : des bonnes choses qui arrivent, mais il y a toujours quelque chose qui ne sera pas forcément comme on veut pour équilibrer. Le petit “mais” est essentiel. Il y a toujours un contrepouvoir.
Vous êtes coach et animateur de muay thaï, quels sont vos projets ?
Déjà “muay” veut dire boxe en français. Mon projet principal, c'est vivre de ça en Guyane. Organiser des championnats, des stages et partir avec des élèves en Thaïlande. C'est vraiment construire et ramener un niveau professionnel dans la boxe thaïlandaise guyanaise.
Pourquoi est-ce important pour vous de participer à l'évènement 100% Muy Thaï ?
Pour passer la main, déjà. Je commence à avoir le besoin de contrôler et d'avoir un œil sur l'organisation. C'est aussi une belle occasion pour moi de boxer et d'offrir ce spectacle au Guyanais. En même temps, pouvoir partager la fight card avec Anthony Gazelle, je ne pouvais pas ne pas être là, il le fallait. Le 100 % Muay Thaï, c'est vraiment quelque chose que j'avais en tête. J'avais vraiment envie d'emmener l'esprit muay thaï en Guyane. L'esprit muay thaï, ça veut dire qu'on a les coups de pied, les coups de coude, les projections. Il y a le wai kru*, il y a la musique thaïlandaise qui joue en arrière fond, il y a tout ça. On en discute avec la fédération, mais les choses évoluent positivement, la preuve…
Il n'y a qu'une seule fille à l'affiche. Est ce que c'est révélateur de la réalité en Guyane ou du sport muay thaï en général ?
C'est révélateur de l'activité en général. Au niveau du club, il y a des filles, mais la période n'a pas concordée. On aurait dû avoir quatre combats de filles qu'on ne pourra pas réaliser. Pour une fille, c'est difficile de passer la porte d'une salle. On est en train de mettre en place des cours ludiques pour débutants pour les personnes qui viennent tester cette discipline, mais c'est difficile d'avoir des femmes qui vont jusqu'au combat.
Un dernier mot ?
Que le public soit au rendez vous pour soutenir les boxeurs, que ce soit au nom de l'affinité ou de la solidarité à la cause guyanaise. Qu'il soit aussi indulgent avec les boxeurs amateurs car tout le monde va se donner à fond. Je pense qu'ils vont en avoir plein les yeux.
*wai kru : rituel ou cérémonie de danse muay thai exécuté par les combattants en compétition avant le début de chaque combat.

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