Patrice Ringuet a remporté le Tour de Guyane dimanche (Jody Amiet)
Lundi soir, Patrice Ringuet a été reçu à la mairie de Kourou pour fêter sa victoire au Tour de Guyane. Le champion revient sur son parcours.
Racontez-nous votre journée de lundi, au lendemain de votre victoire au Tour de Guyane...
Je me suis levé vers 6 heures. J'ai écouté les infos...
Pour être sûr que vous aviez bien gagné le Tour de Guyane ?
Non. Le flash de 6 heures, c'est le premier journal que j'écoute, tous les jours. Je suis allé à la boulangerie acheter deux ou trois croissants. Je n'ai pas l'habitude, je me suis dit : « Aujourd'hui, je me lâche. » On a pris un bon petit-déjeuner. Ensuite, je suis allé chez le président Alain Gabriel, faire un reportage avec RFO. J'ai mangé avec mes parents à Matoury, puis je suis remonté à Kourou me reposer.
À la boulangerie, les gens vous regardaient-ils différemment ?
Des fois, on sent que les gens se disent... Ils me fixent, se disent qu'ils m'ont déjà vu. Je le sens, ça a changé. Ça va durer quelque temps comme ça.
À quel moment, ces derniers mois, s'est produit le déclic vous permettant de vous dire que vous pouviez gagner le Tour de Guyane ?
En fait, ma préparation était faite pour les Antilles, pour gagner une étape au Tour de Martinique. J'ai fait un bon tour, mais je n'ai pas réussi. Mais en arrivant ici, j'étais au top.
On entendait souvent des coureurs guyanais dire qu'il n'était pas possible de briller au Tour de Martinique parce qu'il tombe en pleine préparation pour le Tour de Guyane. Alors ?
Toutes les compétitions sont bonnes à prendre. Il y a presque trois semaines entre le Tour de Martinique et le Tour de Guyane. On a le temps d'assimiler les efforts. Le Tour de Guadeloupe (début août) en revanche, c'est plus compliqué.
Franchement, avec trois minutes d'avance à Iracoubo et alors qu'il ne restait qu'un contre-la-montre de 12 km (Canceler - Sinnamary) et trois étapes promises aux sprinteurs (Kourou, Macouria et les Palmistes), ne vous êtes-vous pas dit que c'était bon pour le classement général ?
Non. C'est un tour qui aurait pu changer, même au cours de la dernière étape. Mais j'étais confiant, parce que j'avais une équipe.
Et le soutien des autres coureurs guyanais, c'est vrai ou ce sont des fantasmes de journalistes ?
Il y a une solidarité. Certains m'ont aidé, mais disons que beaucoup ne m'ont pas désavantagé.
Votre père Sylvère et votre cousin Jean vous parlent-ils souvent de leurs victoires sur le Tour de Guyane en 1980 et 2001 ?
Non. Je n'étais pas né quand mon père a gagné et ce n'est pas quelqu'un qui parle beaucoup. Il ne livre pas ses émotions. Lorsque je gagne, limite, il ne dit rien. Il n'y a que sur le tour qu'il a montré qu'il était content. Ça m'a fait plaisir. Mon père et Jean sont très exigeants. Quand je gagne, j'ai le droit à des critiques, ça m'oblige à travailler. Même sur le tour, ils vont me critiquer, me dire que j'aurais pu mieux faire certaines choses. Ça va me pousser.
Parce qu'après avoir gagné le Tour de Guyane, on a encore envie de se remettre à l'entraînement ?
Mon objectif, c'est le Tour de Martinique. Les Martiniquais le savent. Ma copine est martiniquaise, sa famille vit là-bas. J'irai soit pour gagner une étape, soit pour faire quelque chose au général.
Pour allier l'entraînement et le travail, ça ira ?
Mon employeur, c'est la mairie de Kourou. Je suis policier municipal. Alors on discutera.
On a beaucoup entendu parler de Patrice Ringuet champion chez les cadets, chez les juniors, puis plus rien et ce doublé champion de Guyane - Tour de Guyane cette année. Que s'est-il passé entre deux ?
Arrivé à un certain âge, on entre dans la vie active. Il faut trouver un équilibre entre le boulot, la petite amie et le sport. Avant, on est chez papa-maman, pas de loyer à payer. Et en Guyane, il y a des tentations toute la semaine. Disons que j'ai pris mon temps.
ÉCHOS
« Petit, il était boulot »
Jean Ringuet : « Ça fait plaisir de voir son cousin exceller. Cela prouve qu'il y a de la relève, il y a de la graine. Je le connais depuis tout petit. Ce qui est bizarre c'est que, quand il était petit, il était boulot. Le voir à ce niveau-là, à l'apogée de sa forme, c'est beau. J'espère qu'il y aura encore d'autres Ringuet. »
« Il fallait ramener le maillot »
Warren De Nays Candau : « Ce maillot jaune, peu importait qu'il soit dans le club ou pas dans le club. Il était en Guyane, il fallait qu'on le ramène. »
Vélodrome : Labrador confirme
À la veille du départ du Tour de Guyane, le président de Région Rodolphe Alexandre a pris le peloton guyanais de vitesse en annonçant la construction d'un vélodrome. Lundi soir, son collègue Jean-Claude Labrador a confirmé le projet. La mairie de Macouria, où Jean-Yves Thiver est conseiller municipal, serait d'accord pour proposer un terrain.
Un Tour du pays des savanes
Alain Gabriel, le président du VC Kourou, a confirmé qu'un Tour du pays des savanes verra le jour l'an prochain. Il se courra par étapes, du 7 au 10 mai.
Front anti-PSG
Les oreilles des Qataris ont sifflé, lundi soir. Première salve du maire de Kourou François Ringuet : « Tout le monde sait que je suis pro-OM. Mais on fera du VCK le PSG du cyclisme guyanais. Alors s'il y a des Qataris... » Jean-Yves Thiver, le président du comité cycliste de Guyane, le reprend de volée : « Le VCK n'a pas besoin de faire comme le PSG : investir 500 millions pour être champion de France et se faire sortir en quart de finale de la Coupe d'Europe. Le VCK doit faire comme l'OM, comme Nantes ou Saint-Étienne : il doit former ses jeunes. »
Réception à Matoury aujourd'hui
Hier, la mairie de Matoury s'est rappelée et a rappelé à tout le monde que Patrice Ringuet est de la commune. Aussi, le maire Gabriel Serville le recevra aujourd'hui à 12 h 30 pour « l'élever au grade d'ambassadeur de la commune » .
Peloton groupé autour de Patrice Ringuet
La solidarité des coureurs guyanais autour du maillot jaune de Patrice Ringuet a souvent été évoquée, pendant les derniers jours du Tour de Guyane cycliste, peut-être montée en épingle. Toujours est-il que lundi soir, au moment de recevoir les félicitations du tout-Kourou à la mairie de la ville spatiale, le coureur du VCK a eu aussi la surprise de voir les membres du Vélo club guyanais (VCG) en nombre. Patrice De Nays Candau, ainsi que son fils Warren, pour transmettre le flambeau de vainqueur du Tour, Marc Joseph pour raconter ses sprints mémorables, les membres du club cayennais pour féliciter Patrice Ringuet et lui remettre des cadeaux.
Devant environ cent vingt personnes, tout le monde y est allé de son couplet de bonne humeur. Le conseiller régional Jean-Claude Labrador a confirmé que le VCK recevra le véhicule technique promis par la Région. Le président du comité cycliste de Guyane Jean-Yves Thiver a encouragé le club à poursuivre sa politique de formation. Il a souligné les bons résultats du cadet Endrick Béhary-Laul-Sirder, retenu cette saison en sélection Guyane.
Le président du VCK Alain Gabriel a annoncé que son club participera au Tour de Marie-Galante et au Grand Prix du conseil général de Guadeloupe la saison prochaine.
Les partenaires Arianespace et le Cnes ont transmis leurs félicitations par la voix de leurs patrons Patrick Loir et Bernard Chemoul. Havas, un des autres partenaires, a offert deux allers-retours à Miami au cycliste. De quoi bien fêter la victoire.
P.-Y.C.
Édition spéciale : Rétro 2025
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