Un père de famille lance un défi sportif à vélo de 260 km pour sensibiliser la Guyane au handicap
Pendant 5 jours, les cycliste de la "course d'Odette" sillonneront la Guyane d'ouest en est en bivouaquant à plusieurs reprises. Tous sont menés par le père d'Odette et sont bien décidés à ce que le handicap soit mieux connu et pris en charge sur le territoire.
En effet, Tiitau ne sera pas seul sur la route car, dans son élan, il a entraîné sa fille Odette, les camarades d’Odette ainsi qu'au moins deux autres adultes. Au total, ce sont dix enfants et trois adultes qui prendront le départ, bien équipés sur leur deux roues, jusqu’au premier bivouac à Mana. Là-bas, les parents des amis d’Odette se sont engagés à cuisiner pour le petit groupe car l’implication vient de toutes parts. Lundi matin, il n’y aura qu’Odette et les adultes qui devraient reprendre la route vers leur prochaine étape d’Iracoubo. Ce n'est qu'une fois arrivés à Sinnamary que les cyclistes devraient recevoir le soutien d'une dizaine d'adultes du SAMSA pour continuer leur parcours vers le chef-lieu.
Des séances de cardio quotidiennes comprenant de la course à pied et des sorties en vélo ont permis à chaque membre du groupe de se préparer pour ce défi sportif. Odette et ses camarades sont déficients auditifs et tous sont pris en charge par l’APADAG à Saint-Laurent. L'idée de la course d'Odette prend ses racines d’une expérience amère où le père de famile a préféré muer sa frustration en une énergie positive qui peut servir à tous. En décembre 2021, la famille d’Odette se rend en Guadeloupe pour y rencontrer un audiologue qui doit prendre en charge la jeune fille. Sur place, on leur apprend que, depuis sa naissance, les réglages de son appareillage, qui lui a été implanté en France hexagonale, sont « très mal faits » : pendant 13 ans, il y a donc toute une palette de sons qui lui ont été inaccessibles…
Tiitau Paepaetaata décide à ce moment-là de mener une action qui a du sens pour dépasser les sentiments contrariés générés par cette mésaventure. « Ça m’a fait mal de savoir que ma fille a passé 13 ans dans cet état-là », se souvient-il. Odette aime beaucoup les sorties en vélo qu’elle fait avec son père donc le projet de concilier passion et engagement est peaufiné grâce à ce postulat de base. Le père de famille se dit alors qu'il y a un intérêt à faire la jonction entre l’antenne saint-laurentaise de l’APADAG et le siège de Cayenne.
Odette, elle, est heureuse et fière de cette initiative. L’adolescente est contente de voir que ses camarades de l’association se mobilisent aussi et sont aussi excités qu’elle par cette aventure. Animée par la même énergie que son père, la jeune fille pense qu’une telle action peut participer à faire évoluer la situation du handicap en Guyane : « en faisant ça et avec de la sensibilisation, ça peut le faire ! » Il faut dire que ça a été la croix et la bannière pour les parents d’Odette afin qu'ils trouvent une structure adaptée.
Avant d’arriver en Guyane, Elisa Guilmore, la mère de l’ado, multiplie les coups de fil et finit par se rendre compte qu’elle tourne en rond. « Ça commençait à me saouler parce que ça faisait 3 semaines que je me faisais balader. » Finalement, il leur faudra attendre d’être ici pour parvenir à leurs fins. Quand on leur demande un commentaire sur l’état de la prise en charge du handicap en Guyane, les deux parents parlent d’une situation « déplorable » : « C’est triste à dire mais il y a encore du boulot. » Élisa pense que cela est dû, en partie, à la méconnaissance de la population sur le handicap de manière générale mais surtout des acteurs qui oeuvrent, « comme ils peuvent », pour faire bouger les lignes.
En ce moment, Tiitau et Élisa disent se battre auprès des établissements scolaires pour scolariser leur fille et leur faire comprendre que les « enfants sourds sont normaux et qu’ils ne sont pas contagieux ». « Ils ont juste un sens qui n’est pas développé mais leur cerveau comprend si on leur donne le temps qu’il faut. »

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