Un dimanche mi-déconfiné ou "l'imbroglio dominical"
Comment ce dimanche mi-confiné, mi-contrôlé a t-il été vécu par les riverains et les commerçants? France-Guyane a fait le tour de l'Ile de Cayenne tout au long de la journée pour recueillir les impressions. Le résultat est assez chaotique.
« On redécouvrait un dimanche avant ce confinement : beaucoup de circulation depuis ma fenêtre dès le réveil, ma belle-mère qui est passée à la maison pour déjeuner comme nous avions l’habitude de le faire auparavant. J’ai voté et j’ai profité du beau temps pour aller me baigner dans la piscine d’une amie. Bref, une journée agréable ! » raconte Marjorie, habitante d’un lotissement près d’Attila Cabassou. « Les grandes surfaces étaient ouvertes, c’était cool ! Mais sinon c’était un dimanche comme les autres pour moi » indique Elodie à l'entrée de l’un de ces supermarchés sous les coups de midi.
Une chance que n’auront pas connu d’autres riverains plus tôt dans la matinée. « J’ai fait le tour de plusieurs supermarchés vers 9h mais aucun n’était ouvert, je ne comprends rien. » grommelait Brigitte, une riveraine de Montjoly. Malgré l’autorisation d’ouvrir annoncée par le préfet, très peu de commerces - habituellement ouverts le dimanche avant le confinement - ne l'étaient à cette heure-ci. Seules quelques boulangeries faisaient office d’exception à Montjoly. A défaut de trouver son bonheur et ayant aperçu par hasard un "vendeur de poulets" ouvert, Brigitte s’est alors rabattue sur ce met pour le déjeuner. Quant au vendeur, celui-ci n’est pas encore certain d’avoir le droit « Je verrai si les gendarmes viennent me voir si je ne suis pas autorisé. Je n’ai pas trouvé d’autres solutions. » confiera t-il. Parmi les libre-services, rares sont ceux dont la devanture était levée dans la matinée. « Ma femme a appelé tout le monde vers 9H/9H30. Comme nous avons comme client un sous-préfet, c’est lui qui nous l’a directement confirmé » raconte pour sa part l’un des gérants dont le libre-service était parmi les premiers ouverts.
Ce n’est qu’en fin de matinée, que les portes commenceront à s’ouvrir. « Nous l’avons su à midi et avons tout de suite ouvert. J’ai compris que dimanche prochain c’est pareil » se contentera de répondre la gérante, occupée à gérer l’afflux des personnes en fin d’après-midi. Quant à la fermeture ce soir, cette dernière en a déduit que c’était à 18h30. Elle n’est manifestement pas au courant que le couvre-feu ne reprenait qu’à 20h ce soir.
Du côté de ses clients, beaucoup semblaient s’approvisionner pour un pique-nique/ apéro à la plage. Ils étaient en effet nombreux à s'y prélasser en fin d'après-midi, de la route des plages jusqu'à Montabo. Près du Mont du Rorota, les voitures peinaient également à se garer. Autour, des familles entières se baignaient dans le lac dans la joie et la bonne humeur, faisant oublier le drame qui avait eu lieu quelques heures auparavant à quelques mètres seulement.
Tous profitaient de cette journée ensoleillée mais dès que l’on demandait ce qu’ils pensaient de ce déconfinement un peu particulier et provisoire, c’est l’exaspération, voire la colère qui l’emportait. « On offre cette liberté au moment d'aller voter ? Allez moutons, votez, c’est dans l’intérêt de nos élites. Et s’il y a une augmentation de cas covid d’ici quelques semaines, ils nous taperont sur les doigts pour nous dire que c’est de notre faute et que nous méritons d’être enfermés. Ils parleront alors de 4ème vague. Mais aucun problème pour les élections, ça ne compte pas ». Son ami préfère relever les incohérences plus factuelles "Donc les magasins non essentiels sont ouverts mais de notre côté nous n'avons le droit qu'aux achats essentiels si j'en suis l'attestation...Sera t-on contrôler en plein shopping?"
Une promeneuse sur la plage de Montjoly est tout aussi remontée : « Il n’y a aucune cohérence. Ce sont des décisions à l’emporte-pièce. A chaque fois c’est du jour au lendemain au mépris des gens et commerçants qui doivent réagir immédiatement. Un coup on confine sans laisser le moindre délai aux commerçants, une autre fois on prévoit une réouverture provisoire le temps de la fête des mères… Pour ensuite contrôler férocement tous ceux qui se déplaceront par la suite pour la fête des mères. Et maintenant, une annonce de dernière minute laissant penser que les commerçants peuvent désormais ouvrir. Mais on ne sait pas. Ce sera la prochaine surprise. On joue à Jacques à dit. ».
Sa fille qui l’accompagne surenchérit « Qui avait compris ce que l’on avait le droit de faire aujourd’hui ? Mais où est-ce qu’on en est ? Malgré l’assouplissement, des gendarmes étaient présents à des ronds-points pour contrôler les attestations et s’assurer que les gens ne dépassaient pas les 10km. Les pauvres, voilà à quoi ils en sont réduits. Et nous ce n’est pas mieux, on a l’impression d’être des délinquants pour ne pas être certains d’avoir pris la bonne attestation ». Ces opinions reflètent dans les grandes lignes celles des autres personnes interrogées par la suite. Sans les retranscrire, on retiendra que c’était une véritable cacophonie dans la tête des gens.

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