« Quand on a son permis, on va où l'on veut »
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« Quand on a son permis, on va où l'on veut »

Jean-Marc Atsé jm.atse@agmedias.fr
Fini le temps où il fallait attendre ses 18 ans pour passer le permis de conduire ! 
Fini le temps où il fallait attendre ses 18 ans pour passer le permis de conduire !  • JEAN-MARC ETIFIER

Fini le temps où il fallait attendre ses 18 ans pour passer le permis de conduire ! Depuis le 1er janvier dernier, il est possible d'anticiper le passage du célèbre examen et de conduire une voiture seul dès l'âge de 17 ans. Mais que pensent les professionnels de cette mesure gouvernementale ? 

C'est une petite révolution. Un jeune de 17 ans a désormais le droit de passer son permis B et de conduire seul, sans attendre sa majorité. La mesure est entrée en vigueur le 1er janvier dernier et en cette période de grandes vacances, le nombre d'inscriptions est en augmentation dans les écoles de conduite de l'île. Comme le confirme la secrétaire de l'auto-école de Montgérald, à Fort-de-France. « On a beaucoup plus d'élèves de 17 ans en ce moment ». Grégoire Galot, gérant d'une auto-école dans le centre-ville de la capitale, renchérit : « Il y a une augmentation des inscriptions, et un accroissement de l'activité qui n'est pas négligeable mais en même temps cela crée des embouteillages pour l'examen du permis de conduire, alors que le système était déjà encombré ». Cet engouement n'étonne pas Teddy Amazias, 42 ans, père de Kévin, un adolescent de 17 ans, très intéressé par cette possibilité de conduire une voiture. « Je pense que c'est l'autonomie qu'il recherche », analyse Teddy Amazias, qui laisse son fils s'exprimer. « Quand on a son permis, on fait ce que l'on veut, on va où l'on veut, à l'heure que l'on veut. C'est plus simple », confie Kévin. « Avoir le permis, c'est être plus autonome et plus libre, pour les loisirs, les études et le travail ».  

« On a des jeunes matures à 17 ans, et d'autres beaucoup moins »

Le père de famille a incité son fils à passer l'examen le plus rapidement possible. Cependant, laisser une personne mineure conduire seule une voiture sur nos routes, sans la présence d'un adulte titulaire du permis de conduire à ses côtés, peut susciter quelques interrogations. « Nous avons face à nous des jeunes, qui pour la plupart ne sont pas encore assez matures, pour qu'on puisse leur donner la responsabilité de conduire un véhicule », estime Grégoire Galot. « Pour moi, ce n'est pas une bonne idée, quand on sait que ce sont les jeunes qui sont les plus victimes d'accidents de la route ». De là à craindre des victimes supplémentaires avec un âge encore abaissé, le pas est vite franchi. « On a des jeunes matures à 17 ans, et d'autres beaucoup moins », considère Philippe Rosine, moniteur à Rivière-Salée. « Mais, sur le nombre, je dirai qu'à 17 ans, les matures ne sont pas très nombreux. Déjà qu'à 18 ans, il n'y en a pas beaucoup... ».  Il juge que « conduire est une première activité d'adulte ». « Or, conduire et rouler, ce n'est pas du tout la même chose. À leur âge, on dit : " Je roule, t'as vu comme je roule ! ". Mais on est moins dans l'optique : " J'ai appris à conduire ", et à se recentrer sur ce qu'on a appris ». Joël Elisabeth Marie-Françoise, gérant de l'auto-école de Montgérald, abonde dans le même sens : « Vous savez quand un jeune est seul et quand il est avec sa bande d'amis, ce n'est pas la même personnalité. Il y a le goût du risque et il faut aussi montrer à ses amis, qu'on a une certaine maîtrise du véhicule. Ce qui incite, si on n'a pas une maturité suffisante, à faire de la vitesse excessive. On peut donc se retrouver face à un risque important d'accidents ».

Pour les apprentis

Dans ce passage de l'âge légal pour l'obtention du permis de 18 ans à 17 ans, le gouvernement démissionnaire y voyait surtout un atout pour les jeunes devant se déplacer dans des territoires où le réseau de transports en commun est insuffisant, et plus particulièrement pour les apprentis. Joël Elisabeth Marie-Françoise rétorque qu'il existe l'apprentissage anticipé de la conduite (AAC). Plus connue sous le nom de « conduite accompagnée », c'est une pratique qui séduisait jusqu'à présent de nombreux jeunes souhaitant obtenir leur permis le plus vite possible. Elle permet en effet au futur conducteur de bénéficier, dès l'âge de 15 ans, d'heures de conduite (soit en théorie un parcours de 3 000 km au total) sous la supervision d'un accompagnateur. « De mon point de vue, il est plus intéressant pour un jeune de passer par la conduite accompagnée », indique le responsable de l'établissement de Montgérald. « Il est accompagné pendant deux ans, ce qui lui permet d'être canalisé et d'acquérir de l'expérience ». Or, pour les professionnels de la conduite, cette nouvelle donne constitue un paradoxe. « Maintenant, en trois mois, on le forme, et on le met sur la route à 17 ans », résume le moniteur, Philippe Rosine. « Tout à l'heure, j'ai vu un jeune de 16 ans. Je lui ai parlé de la conduite accompagnée, mais il a dit : " Non, je veux passer le permis de conduire à 17 ans et conduire seul à 17 ans " ». Le gérant d'auto-école, Grégoire Galot, l'a déjà constaté : « On a des jeunes qui étaient en conduite accompagnée et qui du coup ne terminent pas leur formation, parce qu'ils veulent avoir plus rapidement leur permis ». 

Dans ce passage de l'âge légal pour l'obtention du permis de 18 ans à 17 ans, le gouvernement démissionnaire y voyait surtout un atout pour les jeunes devant se déplacer dansdes territoires où le réseau de transports en commun est insuffisant, et plus particulièrement pour les apprentis.
Dans ce passage de l'âge légal pour l'obtention du permis de 18 ans à 17 ans, le gouvernement démissionnaire y voyait surtout un atout pour les jeunes devant se déplacer dansdes territoires où le réseau de transports en commun est insuffisant, et plus particulièrement pour les apprentis. • Jean-Marc Etifier
La mesure est entrée en vigueur le 1er janvier dernier et en cette période de grandes vacances, le nombre d'inscriptions est en augmentation dans les écoles de conduite de l'île. 
La mesure est entrée en vigueur le 1er janvier dernier et en cette période de grandes vacances, le nombre d'inscriptions est en augmentation dans les écoles de conduite de l'île.  • Jean-Marc Etifier
Dans le cas d'une infraction routière, la réparation des dégâts provoqués par un accident dans lequel le mineur est responsable incombe au représentant légal du conducteur jusqu'à sa majorité.
Dans le cas d'une infraction routière, la réparation des dégâts provoqués par un accident dans lequel le mineur est responsable incombe au représentant légal du conducteur jusqu'à sa majorité. • Jean-Marc Etifier

Le contrat d'assurance

Un mineur ne peut pas souscrire un contrat d'assurance en son nom propre car il n'est pas responsable légalement. Par conséquent, il revient à ses parents (ou à des tiers majeurs) de le faire, et de se porter caution du paiement de la prime d'assurance et des garanties souscrites. Il existe deux choix possibles. Soit les parents désignent leur enfant mineur comme conducteur secondaire sur un véhicule qui leur appartient et dont ils sont souscripteurs principaux. Soit les parents désignent leur enfant comme conducteur principal ou habituel sur un véhicule qu'il conduit au quotidien ou qui est à son nom. Les parents restent souscripteurs du contrat d'assurance. Et qu'en est-il de la responsabilité en cas de sinistre ? Elle est associée au véhicule, c'est le contrat d'assurance qui va porter la responsabilité. En somme, si le mineur cause des dommages au tiers, c'est l'assurance qui va payer. Dans le cas d'une infraction routière, la réparation des dégâts provoqués par un accident dans lequel le mineur est responsable incombe au représentant légal du conducteur jusqu'à sa majorité, qui reste responsable des dommages causés par son enfant.

En revanche, quel que soit son âge, le conducteur est pénalement responsable. Le parent ne sera pas coupable des erreurs et autres bêtises de son enfant, puisque la loi estime que la responsabilité pénale d'un mineur peut être engagée à partir de 13 ans. Ce dernier sera donc redevable des éventuels amendes ou dommages qu'il aura causés et, c'est sur son permis que seront effectués les éventuels retraits de points.

Répartition des tués par tranches d'âge 

Selon l'observatoire départemental de la Sécurité routière, en 2024, au 31 juillet, 83% des tués sont des hommes (10 tués sur 12), 58% des tués ont moins de 30 ans (7 tués sur 12), 83% des tués ont 40 ans ou moins (10 tués sur 12). La moyenne d'âge des tués en 2024 est de 34,9 ans pour 12 tués (contre 47,3 ans en 2023 pour 18 tués). 

Baromètre du mois de juillet 2024

Selon l'observatoire départemental de la Sécurité routière, le mois de juillet 2024 présente un bilan de 1 tué (1 tué VL) en stabilité par rapport à juillet 2023 également de 1 tué (1 tué piéton). Le cumul provisoire des tués s'établit désormais à 12 tués en 2024 (dont 9 tués 2RM, représentant 75% des tués) contre 18 tués en 2023 (dont 5 tués 2RM, représentant 28% des tués), soit - 6 tués. L'année 2024 avec 12 tués présente le meilleur bilan sur ces cinq années au 31 juillet, il faut remonter à l'année 2009 pour trouver un meilleur bilan (année 2009 au 31 juillet = 10 tués, l'année 2009 entière = 29 tués). 

√ VL : véhicule léger ; 2RM : 2 roues motorisées. 

Porter la ceinture de sécurité : un geste pas totalement acquis

La ceinture de sécurité a fêté ses 50 ans en 2023, la Sécurité routière a profité de cet anniversaire pour lancer une campagne de sensibilisation du 25 juin au 23 juillet 2023 sur ce geste qui peut sauver des vies. Obligatoire, le port de la ceinture de sécurité est souvent considéré comme un geste totalement acquis et ne prêtant plus au moindre débat. Ce n'est malheureusement pas le cas. En 2022, dans l'Hexagone, selon les statistiques de la Sécurité routière, 24% des personnes tuées dans un véhicule ne la portaient pas. De 2017 à 2022, en Martinique, selon l'observatoire départemental de la Sécurité routière, 92% des personnes tuées dans un véhicule ne portaient pas la ceinture. En 2023, 83% des tués à bord d'un véhicule léger n'avaient pas la ceinture. 

Iris, 17 ans

Iris, 17 ans, ex-lycéenne, a décroché son bac en juillet et son permis de conduire le 1er août 2024. Elle n'est d'ailleurs pas la seule à être titulaire du permis B. « Dans mon entourage, quasiment tous mes amis ont eu le permis cette année ». L'adolescente n'a eu besoin que de 17 heures de conduite en automatique car elle avait opté pour la conduite supervisée, une formule plus souple que la conduite accompagnée, puisqu'il n'y a pas de kilométrage minimum à réaliser. « Cela m'a vraiment beaucoup aidée pour avoir mon permis de conduire », témoigne Iris. « Je recommande aux jeunes la conduite supervisée. Sans ça, les 17 heures de conduite en automatique que j'ai prises n'auraient pas suffi ». Et quand on l'interroge sur le bien-fondé du permis à 17 ans, c'est le mot « indépendance » qu'elle sort en premier. Elle ajoute : « Je trouve que c'est sympa pour les personnes qui travaillent. On n'a plus à déranger les gens pour nous emmener là où on a besoin d'aller. On n'est plus obligé de prendre les transports en commun ». Encore faut-il avoir une voiture ! « Acheter une voiture à 17 ans, c'est vrai que c'est compliqué », reconnaît Iris. « Mais les parents peuvent aider et ça peut être une voiture d'occasion ». 

Est-ce que 20 heures de conduite suffisent ? 

En ce qui concerne la conduite en boîte manuelle, le minimum légal requis est de 20 heures de conduite. Cependant, est-ce suffisant ? En général, le minimum légal recommandé ne permet pas à l'élève de se sentir véritablement à l'aise au volant et prêt(e) à conduire de manière autonome. Il convient donc de prendre des heures de conduite supplémentaires. Or, c'est là que le bât blesse. « On a beau expliquer aux élèves qu'ils n'ont pas encore atteint le niveau et qu'il faut programmer d'autres heures de conduite, ils ne veulent pas dépenser plus, ils veulent faire des économies », constate un gérant d'auto-école. Et, selon lui, les parents ne jouent pas le jeu. « Ils veulent qu'on envoie leur enfant à l'examen, alors qu'ils n'ont pris que 20 heures de conduite. 20 heures, c'est le minimum. Du coup, quand on envoie ces gamins à l'examen, ils ratent leur permis de conduire. Et quand ils l'ont raté, ils se renseignent pour connaître la date du prochain examen ». Difficile là encore de leur faire comprendre qu'il est nécessaire de reprendre des heures de conduite. « S'ils en reprennent, c'est une heure ou deux », concède l'exploitant de l'établissement. Ce qui est largement insuffisant et les échecs à l'examen se multiplient. « Le taux d'échec est très important en Martinique », indique le responsable de l'école de conduite. Qu'à cela ne tienne, les élèves qui ont échoué veulent à nouveau se présenter, quitte à prendre la place de celles et ceux qui n'ont jamais passé l'examen. « Et les parents sont derrière en nous disant : " Je veux que mon enfant se présente à l'examen le plus tôt possible ". C'est une vraie problématique ». Aujourd'hui, ce gérant d'auto-école conseille à tous de prévoir un budget pour le permis de conduire. « Si le forfait s'élève à 900 euros, il faut prévoir 1 800 euros au cas où le niveau n'est pas atteint. Ainsi quand on a prévu un budget, on peut s'inscrire et se préparer pour l'examen ». Pour le professionnel, « un élève qui n'a jamais conduit doit envisager environ 35 heures de conduite ». « Mais allez dire ça à un jeune. Il ne voit pas le côté sécurité ». L'exploitant ajoute : « Après, évidemment, vous avez des jeunes qui apprennent plus vite que d'autres. Certains sont doués voire surdoués, d'autres sont moins doués et auront besoin de plus d'heures de conduite ». 

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