Mé 67 : les zones d'ombre d'un massacre français
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LITTERATURE

Mé 67 : les zones d'ombre d'un massacre français

J.S.

À l'approche des dates commémoratives de l'un des derniers massacres de population civile par l'armée française, Caraïbéditions publie une version « augmentée » du livre-enquête de François-Xavier Guillerm et Xavier-Marie Bonnot, Le sang des Nègres.

Combien de Guadeloupéens et de Guadeloupéennes – ouvriers, militants syndicaux, manifestants pacifiques, curieux, voire simples passants – sont-ils tombés sous les balles de la gendarmerie et de l'armée ? « La question du bilan humain de Mai 1967 est l’une des plus controversées, relèvent les historiens de la "Commission Stora" dans le rapport scientifique qu'ils ont rendu au ministère des Outre-mer, en octobre 2016. L’État s’en tient, selon la plupart des archives consultées, à une version, établie au lendemain des événements, de sept puis rapidement de huit morts, dont les identités sont connues. Il s’agit de jeunes hommes "de couleur", tous Antillais. »

Selon les sources, l'estimation du nombre de victimes de la répression menée par la gendarmerie et l'armée française pendant trois jours, du 26 au 28 mai 1967 en Guadeloupe, varie de huit à quatre-vingt-neuf morts. Des rumeurs persistantes font état de plus de 200 victimes.
« Dans une série de notes, la préfecture de Guadeloupe mentionne les chiffres de 6, 8 puis 22 morts, resitue François-Xavier Guillerm, co-auteur du livre-enquête qui fait référence sur le sujet, Le sang des Nègres, publié chez Galaade Éditions en 2015, réédité ces jours-ci dans une version enrichie et actualisée par Caraïbéditions. Cette note de la préfecture est le seul document officiel dont on ait pu trouver la trace. Vingt ans plus tard, le secrétaire d’État à l’Outre-mer, Georges Lemoine, avance le chiffre énorme – et non étayé – de 87 morts. »

Ni les auteurs des enquêtes les plus récentes, ni les historiens n’ayant fourni de réponse définitive à la question, les journées de répression sanglante de mai 1967 en Guadeloupe restent sans bilan définitif, ni même officiel.

Bombe nucléaire en transit

« Une chose est sûre : il s'agissait d'un massacre sciemment organisé », poursuit l’écrivain et journaliste François-Xavier Guillerm. « Un sniper a tué Jack Nestor, dont on sait qu’il était dans le collimateur des autorités. Il a d’abord été repéré, puis l’État a profité des débordements d’une manifestation des ouvriers du bâtiment pour tenter d’éradiquer le mouvement indépendantiste GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe). » Alors même que ce dernier – un groupuscule avec de faibles relais sur la scène politique locale – ne représentait pas de réel danger pour la République.

À défaut de savoir exactement « combien », sait-on au moins le « pourquoi ? » de ces jours et de ces nuits où l’armée française a tiré sur des civils désarmés ? La concomitance du massacre avec le transit de la bombe nucléaire française par l’aéroport de Pointe-à-Pitre, sur sa route pour la Polynésie française, est attestée. « Concomitance ne veut pas dire conséquence, mais il y a lieu de s’interroger, notamment parce que les morts de la nuit du 26 au 27 ont été retrouvés sur la route de l’aéroport, termine François-Xavier Guillerm. On peut au moins en conclure que l’aéroport était particulièrement sécurisé cette nuit-là. »

Autre point d’histoire qui n’est pas contesté : les violences d’État ont été perpétrées sur les ordres de deux hommes principalement, le préfet Pierre Bolotte et le conseiller aux affaires africaines du général de Gaulle, Jacques Foccart. Malgré tout, presque soixante ans après, les zones d’ombre restent nombreuses autour de Mé 67, l’une des toutes dernières tueries coloniales de l’armée française, avec les 19 morts kanak de la grotte d’Ouvéa, en 1988.

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