« Je ne sentais plus les coups, j'étais comme morte »
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« Je ne sentais plus les coups, j'étais comme morte »

Propos recueillis par Stéphanie BOUILLAGUET
Hélène a subi pendant des années l'extrême violence de son compagnon. Aujourd'hui, elle peut de nouveau avoir des projets pour l'avenir (SB)
Hélène a subi pendant des années l'extrême violence de son compagnon. Aujourd'hui, elle peut de nouveau avoir des projets pour l'avenir (SB)

Hélène (1) a subi la violence de son compagnon pendant des années. Elle a réussi à s'en sortir, malgré la peur des représailles. Elle témoigne.

LES COUPS
« Ça a duré des années. Tous les jours, du matin au soir, il me donnait des coups. À la tête, au thorax, sur tout le corps. Sans l'aide d'une personne qui m'a écoutée et de l'Arbre fromager (une association, lire par ailleurs, ndlr), je serais morte [...]. Tous les jours, il me forçait à coucher avec lui. Si je ne voulais pas, il me donnait des coups de pied, et il me jetait dehors. Je dormais par terre. Je ne mangeais presque plus, il me jetait les restes de son repas. J'étais comme morte, je ne sentais plus les coups. Je ressens encore de la douleur, partout dans le corps. »
COMMENT ÇA A COMMENCÉ
« Au début, c'était un bon mari et un bon père. Mais il a commencé à prendre de la drogue et il est devenu fou. Il n'arrêtait pas de crier, de me donner des calottes, des coups de pied. Il me jetait contre le mur. »
SA FAMILLE
« Ma famille vit à l'étranger. Tout le temps qu'a duré la maltraitance, je ne pouvais plus lui donner de nouvelles. Ils ont cru que j'étais morte. Ils ont même fait une veillée mortuaire. »
DES TENTATIVES POUR S'EN SORTIR
« À plusieurs reprises, je suis partie en courant. Mais il me rattrapait et me maltraitait. Il m'enfermait à la maison pour que je ne vois plus personne. Un jour, j'ai réussi à en parler à quelqu'un. J'ai été hospitalisée. Puis l'Arbre fromager m'a aidée.
J'ai pu sortir des griffes de mon ex-compagnon. Je conseille aux femmes qui sont dans la même situation d'en parler à un proche pour se faire aider. »
L'ARBRE FROMAGER
« Sans l'Arbre fromager, je ne serais plus là. Je ne les oublierai jamais. Ils m'ont aidé à trouver un hébergement et pour mes démarches administratives. J'ai pu voir des médecins, un psychiatre et un psychologue. »
LE RETOUR À LA VIE
« Maintenant, je vais mieux, je vais de l'avant. Cela fait un an que je suis aidée par l'Arbre fromager. Je ne pensais pas que je pouvais retrouver la joie. Mais quand je parle de ces années de maltraitance, c'est encore très difficile. Dans l'avenir, je veux trouver un travail, pouvoir louer un appartement. Je ne veux dépendre que de moi, être autonome, pour m'occuper de mes enfants. »
SON EX-COMPAGNON
« Il ne m'embête plus. Mais si je le vois, je ne vais pas oser bouger. Je ne peux pas gérer la peur qui m'envahit. J'ai encore peur de sortir dans la rue. Je ne suis tranquille que lorsque je rentre à la maison. »
** Association d'aide aux femmes l'Arbre fromager, 1 rue Arago à Cayenne, tél. 05 94 38 05 05.
(1) Le prénom et certains détails ont été modifiés pour préserver l'anonymat.
EN CHIFFRES
- Violences conjugales. Entre mai 2013 et avril 2014, en zone gendarmerie, 672 faits de violences dans la sphère familiale ont été constatés, soit 34,53% de l'ensemble des faits de violence.
536 victimes étaient des femmes.
Parmi elles, 427 ont subi des violences conjugales.
- Coups et blessures volontaires. Sur 1 127 faits constatés, 438 se sont déroulés au sein d'un couple.
- Viols. Sur 222 victimes de viols, 58 ont déclaré avoir été violées par leur conjoint.
- Homicide, tentative d'homicide. Sur les 37 faits relevés à la même période, huit se sont produits au sein d'un couple.
Le 115
Les victimes de violences peuvent appeler le 115 (Samu social) pour obtenir une écoute et une aide.
REPÈRES - Les mesures de protection
L'auteur de violences peut être expulsé du domicile familial.
Cette décision est prise par le juge des libertés et de la détention dans le cadre d'un contrôle judiciaire, ou par le procureur de la République. À noter qu'une victime de violences peut saisir directement le juge aux affaires familiales, qui pourra délivrer en urgence une ordonnance de protection. Les formulaires sont à retirer auprès du tribunal de grande instance, des associations, des avocats... Cette disposition est encore mal connue en Guyane : seules cinq personnes en ont bénéficié cette année.
Un rassemblement silencieux devant le Palais de justice contre les violences faites aux femmes
(SB)
(SB)
Une vingtaine de personnes se sont rassemblées hier matin devant le Palais de justice de Cayenne, dans le cadre de la Journée de lutte contre les violences faites aux femmes. Les participants portaient un masque blanc et des pancartes avec des slogans. « Le masque blanc signifie que nous savons garder l'anonymat. Nous sommes là pour écouter et respecter les femmes victimes de violences. Il ne faut pas hésiter à parler de ce qu'on subit pour pouvoir en sortir » , explique un des participants, membre de l'association l'Arbre fromager. Les slogans dénonçaient notamment la faiblesse des réponses judiciaires envers les auteurs de violence. « La loi doit être appliquée. Les mesures d'éloignement, par exemple, ne sont jamais prises » , indique un autre manifestant.

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