Guyane la 1ère et l'audiovisuel public en grève contre la suppression de la redevance
C'est un mouvement d'ampleur nationale, auquel ont pris part ce mardi 28 juin au matin une partie du personnel de Guyane la 1ère. Ils demandent l'abandon du projet de suppression de la redevance à l'audiovisuel public, et plus de moyens pour faire vivre la première chaîne de Guyane.
Cette somme sert à financer toutes les chaînes de télévision et de radio du service public (la 1ère, France Info, Arte, France Bleu, France 24, le Moov etc), et représente près de 90% du budget annuel de l'audiovisuel public, estimé à plus de trois milliards et demi d'euros en 2021.
La redevance permet également de financer le cinéma, les documentaires, et la création audiovisuelle.
Seulement voilà, sa suppression a été proposée par Emmanuel Macron pendant la dernière campagne présidentielle en réponse à la problématique du pouvoir d'achat des Français.
Mais pour les syndicats et le personnel gréviste, cette mesure menace directement le financement et l'indépendance de l'audiovisuel public.
C'est dans cet élan qu'une partie du personnel de Guyane la 1ère s'est mise en grève ce matin. Il n'y avait donc ni JT, ni matinale à l'antenne aujourd'hui.
Dès neuf heures, une partie du personnel s'est réunie devant l'entrée du bâtiment afin de marquer le coup en déployant des banderoles et un piquet de grève. Mais aussi pour échanger sur les enjeux qui, il l'assure, menacent grandement la première chaîne de Guyane.
"Aujourd'hui, l'audiovisuel public dont Guyane la 1ère fait partie intégrante est fragilisé par la suppression d'une recette pérenne qui garantit son indépendance" : C'est ce qu'affirme Laurent Marot, journaliste à Guyane la 1ère et membre du Syndicat National des Journalistes.
Avant de poursuivre sur les conditions spécifiques à la Guyane: "nous sommes 33 journalistes et 10 encadrants pour faire tous les journaux et tous les programmes d'informations Télé/Radio/Internet, du lundi 5h du matin jusqu'au dimanche 20h. On a un retard de développement par rapport aux autres stations qui est historique, alors que nous devons couvrir un territoire immense et parfois difficile d'accès. Et aujourd'hui, alors que l'on espérait que la situation s'améliore, voilà que notre financement et notre indépendance sont remis en question. On ne peut pas l'accepter".
L'inquiétude qui traverse l'audiovisuel public est d'autant plus grande qu'il n'est toujours pas précisé son futur mode de financement. Le budget pourrait désormais être proposé par l'exécutif de manière annuelle ou pluri-anuelle, le rendant incertain et directement dépendant du gouvernement.
"Compte tenu de la spécificité de la Guyane, nous sommes très surpris de la différence de moyens alloués entre les territoires ultra-marins", s'étonne Jessy Xavier, délégué syndical de l'Union des Travailleurs Guyanais. En effet, la Guyane est le parent pauvre du réseau Outre-mer.
A titre de comparaison, Guyane la 1ère compte ainsi: 33 journalistes web/tv/radio, et 10 encadrants.
En Martinique: 56 journalistes se partagent le travail, accompagnés par 10 encadrants et 4 assistants radio.
En Guadeloupe: 43 journalistes pour 11 encadrants.
La Réunion: 57 journalistes et 9 encadrants.
Les équipes Guyanaises s'étonnent de ce décalage et souhaitent un nivellement par le haut, pour se rapprocher des effectifs Antillais et Réunionnais, et non l'inverse.
"La rédaction est en souffrance. On demande juste à pouvoir travailler et informer les Guyanais correctement. On aimerait faire beaucoup plus, mais on nous enlève des moyens", regrette Jocelyne Helgouach, journaliste grand reporter, et rédactrice en chef adjointe par intérim au sein de Guyane la 1ère.
Une délégation du personnel a été reçue en fin de matinée par la direction, sans que la situation n'évolue pour autant.
Frantz Montoban, délégué syndical SNJ et sécrétaire du Comité Social et Economique de Guyane la 1ère, conclut le reportage par ces mots : "si on continue à réduire les moyens qui nous sont attribués, nous risquons à terme de ne plus pouvoir faire face. C'est déjà très difficile aujourd'hui. On travaille à des heures pas possible. On assume désormais trois supports : radio, internet et télé. Sur une seule journée. Idem au niveau des monteurs, qui sont particulièrement peu nombreux. J'ai l'impression que l'on ne se rend pas toujours compte du volume et de la spécificité du travail à abattre. Un "simple" journal télévisé nécessite des moyens considérables. On se bat pour proposer des reportages et de l'information de qualité, produits localement."
Pour rappel: le personnel gréviste demande l'abandon du projet de suppression de la redevance à l'audiovisuel public, et plus de moyens pour renforcer les effectifs, développer les programmes, réhabiliter les locaux, et protéger la santé du personnel.
Plusieurs salariés assurent qu'ils ne referont pas une nouvelle saison dans les conditions actuelles, et qu'une nouvelle mobilisation pourrait avoir lieu à la rentrée prochaine si la situation ne s'améliore pas.

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