Catastrophe de Cabassou : les fondations d’une mémoire commune se posent peu à peu
Entre stèles, projets d’aménagement et transmission intergénérationnelle, un devoir de mémoire s’affirme peu à peu.
« Nous sommes désormais apaisés. Tout étant en bonne place, il est temps de basculer dans le silence. » C’est avec ces mots que Didier Dorlipo s’exprime au nom de sa famille, dont deux membres ont péri il y a 25 ans, le jour de la catastrophe de Cabassou (lire le témoignage ici).
Il fait allusion aux efforts réalisés ces dernières années sur le travail de mémoire. Sous l’impulsion du Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale (MDES), les initiatives se multiplient pour ancrer le souvenir des victimes dans l’espace public. Une stèle dédiée aux victimes a été installée il y a plusieurs années. En 2024, un panneau a été érigé, et cette année, un projet d’aménagement a été annoncé. Didier Dorlipo, ému, s’adresse à sa mère : « Tes petits-enfants et leurs enfants auront tous les outils pour comprendre ce qui s’est passé. »
Lire aussi : Catastrophe de Cabassou : 25 ans après, une blessure jamais refermée
L'an prochain, la Collectivité territoriale de Guyane prévoit d’aménager un nouvel espace de recueillement et un mur de mémoire interactif en hommage aux victimes et leurs proches. Un code QR permettra d’avoir accès aux coupures de presse et à différents témoignages.
Bernadette Duclona-Constant, vice-présidente de la CTG à la citoyenneté, s’exprime : « Il y a 25 ans, on vivait l’une des pages les plus sombres de notre histoire. Les victimes ont été prises au piège d’un drame qui aurait pu, et qui aurait dû être évité. Notre devoir est d’en tirer les leçons, pour que cela ne se reproduise jamais. » L’élue lance aussi un appel à projets pour la création d’un monument sur le giratoire Attila-Cabassou, renommé cette semaine au nom du « 19 avril 2000. »
Claude Plenet, maire de Rémire-Montjoly, estime : « Ça a été une déchirure, c’est une cicatrice qui est encore béante. Mais les choses se sont apaisées. Le temps efface tout, mais le temps ne fait pas oublier. »
Bernard Boulanger, le directeur de la Cilama, usine dans laquelle six employés ont été tués raconte : « Le 19 avril 2020 a été le jour le plus long de ma vie. Et humainement, ça a été la période la plus difficile. À cette époque, le seigneur m’a beaucoup aidé. »
Les invités ont réalisé un dépôt de gerbes.
Le MDES, de son côté, a rappelé l'importance de déposer une "onzième bougie, en mémoire des éventuelles victimes non retrouvées." Le parti politique "appelle à ce que ce drame national soit inscrit dans notre patrimoine mémoriel et reconnu pour ce qu’il est : une blessure évitable, une épreuve collective nationale guyanaise."

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