Assomption : « Marie est la mère de Jésus et notre mère à nous aussi »
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VIE RELIGIEUSE

Assomption : « Marie est la mère de Jésus et notre mère à nous aussi »

Jean-Marc Atsé, jm.atse@agmedias.fr
Marie aide ainsi les fidèles, les éclaire, les guide, les conduit à Jésus.
Marie aide ainsi les fidèles, les éclaire, les guide, les conduit à Jésus. • J-M. E.

L'Assomption, fêtée le 15 août, reste l'un des moments forts de la vie des catholiques. Ces derniers célèbrent la montée au ciel de Marie, mère de Jésus, qui occupe une place particulière dans leur cœur.

Le bruit du ballet des caddies sur le bitume va de concert avec le froissement des sacs dépliés. Comme un lundi matin, les discussions vont bon train au détour d'un rayon ou bien d'une place de parking. Comme un lundi matin, les allées sont pleines et les caisses encombrées.

Dans cette commune qui porte le nom de Sainte-Marie, rechercher auprès des clients du supermarché des témoignages sur ce que représente à leurs yeux la Vierge Marie n'est pas compliqué. « Marie est un mystère et, en même temps, elle est réellement présente à nos côtés », raconte Victoire, 57 ans. « Depuis des années, je porte la médaille miraculeuse. Ce n'est pas un gri-gri porte-bonheur, mais un signe d'obéissance confiante à ce qu'elle a demandé. Je la prie de m'aider à répondre "oui", comme elle, aux appels de Dieu chaque jour, de me protéger des pièges du Malin. On n'imagine pas ce qu'elle fait pour nous, mais je suis certaine qu'on lui doit beaucoup. »

Lucie, 56 ans, se confie à son tour : « J'ai perdu mon père à l'âge de 14 ans. Après son décès, j'ai aussi eu l'impression de perdre ma mère tellement elle s'est durcie sous le coup de la douleur. Je me suis alors tournée vers la Vierge Marie et elle ne m'a pas quittée depuis. »

Marguerite, 70 ans, renchérit : « Marie c'est une mère, je parle beaucoup avec elle, de femme à femme on se comprend. Je lui confie plusieurs fois par jour ce qui me dépasse, surtout avec les petits-enfants qui aujourd'hui ont de drôles de comportements. Ce jeudi, je vais beaucoup prier. »

Car le 15 août, c'est l'Assomption, l'un des moments forts de la vie des catholiques. Ils célèbrent la montée au ciel de Marie. Une femme qui occupe une place particulière dans le cœur des fidèles.

La fête patronale de Sainte-Marie est un temps fort pour la commune, débutant par la célébration d'une messe à l'église Notre-Dame-de-l'Assomption.
La fête patronale de Sainte-Marie est un temps fort pour la commune, débutant par la célébration d'une messe à l'église Notre-Dame-de-l'Assomption. • P.So./Photo France-Antilles

« Cette grâce rejaillira sur nous »

« Pour nous, catholiques, Marie, d'après la Révélation, est la mère de Jésus et notre mère à nous aussi », explique le père Gilles Aïzo, curé sortant de la paroisse de Sainte-Marie. « Dans l'Evangile, selon saint Luc, nous lisons que l'ange de Dieu a été envoyé vers Marie pour lui dire : "Tu seras la mère du Sauveur". Et il l'a appelée "comblée de grâce". Ce qui signifie qu'elle a quelque chose de spécial que nous, humains, n'avons pas ». Le père Gilles Aïzo poursuit : « Après le cours de sa vie terrestre, le corps de Marie n'a pas connu la corruption du tombeau. Ce que Dieu a fait pour Marie, en tant que créature, il le fera pour chacun d'entre nous. Cette grâce rejaillira sur nous ».

En conséquence, pour le curé sortant de la paroisse de Sainte-Marie, l'Assomption devient une fête d'espérance. « En dépit des difficultés de la vie, il y a une promesse qui ne peut pas s'effacer. Nous serons glorifiés comme la Vierge Marie l'a été. »

Mais pourquoi Marie occupe-t-elle au quotidien une place si importante auprès des catholiques ? « Attention, on ne l'adore pas, on la vénère et on réclame son intercession », souligne l'ecclésiastique. « Elle a porté Jésus, elle lui a donné le jour. Qui mieux qu'elle peut lui présenter nos prières ? Jésus ne peut pas lui dire "non". »

Marie aide ainsi les fidèles, les éclaire, les guide, les conduit à Jésus. Parce qu'elle fut sa première disciple, elle leur apprend à l'écouter et à garder confiance en lui. En revanche, la Vierge Marie n'accomplit pas de miracles par elle-même. Elle intercède auprès de Dieu pour qu'il en fasse pour aider « ses enfants » à croire. « Il y a des guérisons physiques et spirituelles », indique le curé sortant de la paroisse de Sainte-Marie. « Personnellement, j'ai été guéri spirituellement. Cela remonte à une quinzaine d'années. Je n'étais pas malade mais, en tant que jeune prêtre, j'avais quelques difficultés. Je me suis rendu à Lourdes où j'ai prié et où je me suis baigné et j'y ai reçu la guérison ».

Chaque année, de nombreux Martiniquais se rendent à Lourdes en pèlerinage.
Chaque année, de nombreux Martiniquais se rendent à Lourdes en pèlerinage. • DR

« L'attribution d'un prénom revêtait aussi un caractère magico-religieux »

En Martinique, il fut un temps où beaucoup de parents donnaient à leurs enfants des prénoms comportant Marie (Marie-Thérèse, Marie-Hélène, Marie-Christine, Marie-Louise, Marie-Rose, Rose-Marie, Marie-Pierre, Marie-Ange...), comment peut-on expliquer ce phénomène ? 

Dans la société martiniquaise qui était profondément catholique, on entrait dans le monde par le baptême. A cette occasion, un prénom était attribué. Le nom de famille sera attribué ou reconnu pour tous à partir de 1848. Pendant la période esclavagiste, seul ce prénom permettait d'identifier un individu. Ces prénoms pour la plupart étaient d'origine biblique. Sur mon fichier généalogique de plus de 20 000 personnes du XVIIe au XXe siècle, on constate que Marie arrive en tête avec 6,46% tous genres confondus. Le second prénom est Jean pour les garçons avec 1,79% et pour les filles Rose avec 1,34%.

Aujourd'hui, Marie, en premier prénom, est en voie de disparition, que s'est-il passé ? 

Il y a cinquante ans, tous les enfants d'une commune étaient baptisés, faisaient leur première communion, puis la communion solennelle. Les fêtes religieuses ponctuaient toute vie, de la naissance à la mort. Tout cela dans une société pas forcément pieuse. C'est ainsi que l'attribution d'un prénom revêtait aussi un caractère magico-religieux

car le saint patron assurait la protection. Au point qu'il n'était pas envisageable de changer le saint du calendrier. Il était aussi de bon ton d'ajouter la protection de Marie.

Malgré la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de décembre 1905,

la place de la religion catholique reste très forte en Martinique jusque dans les années 1960-70, voire les années 1980.

Est-ce le contexte historique ou sociologique qui explique la mutation profonde que notre société a connue ? Aujourd'hui, plus que le contexte historique, les moyens de communication n'ont-ils pas plus d'influence sur l'attribution de prénoms à nos enfants que les calendriers de saints ? Ce sont désormais les feuilletons télévisés, les vedettes du sport qui guident les choix.

Ce prénom peut-il de nouveau être en vogue un jour ? 

Difficile de répondre à une telle question. Mais pourquoi pas !

Marie reste un modèle à suivre par son abnégation, sa discrétion, son dévouement, son respect de l'autre. Autant de valeurs dont notre jeunesse a besoin.

Pourquoi le 15 août est-il férié ?

L'Ascension, l'Assomption, la Toussaint et Noël sont des jours fériés en application de l'arrêté du 29 germinal de l'an X (19 avril 1802) découlant du Concordat et de l'article 42 de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État. La loi du 8 mars 1886 ajoute le lundi de Pâques et le lundi de Pentecôte. Mais la reconnaissance civile de l'Assomption est bien plus ancienne. En 1637, le roi Louis XIII, sans héritier après vingt ans de mariage, demande à ses sujets de faire dans chaque paroisse le 15 août une procession afin d'avoir un fils. Lorsqu'il eut la certitude d'avoir un enfant (Louis XIV), il décide, en signe de reconnaissance, de consacrer la France à la Vierge Marie : le 10 février 1638, il déclare prendre la Vierge comme protectrice et patronne du Royaume et demande que, chaque année, le jour de la fête de l'Assomption, on fasse dans chaque église mémoire de la consécration de la France à Marie à la grand-messe puis une procession solennelle après les vêpres. L'édit est enregistré par le Parlement.

En 1638, le 15 août devient... la fête nationale et le demeure jusqu'à la fin de l'Empire. Certes Napoléon Ier, né le 15 août 1769, fait du 15 août la Saint Napoléon, mais elle redevient l'Assomption à la Restauration. En 1880, le 14 juillet devient fête nationale, tandis que le 15 août est déclaré jour férié. Le dogme de l'Assomption a été promulgué par le pape Pie XII, le 1er novembre 1950 : « Nous proclamons, déclarons et définissons que c'est un dogme divinement révélé que Marie, l'Immaculée Mère de Dieu toujours Vierge, à la fin du cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la gloire céleste ».

(Source : Conférence des évêques de France)

Qu'en pensent les adventistes et les évangéliques ?

La Bible, pour les adventistes et les évangéliques, peut seule nourrir la foi, elle est leur référence dernière en matière théologique. Les adventistes et les évangéliques ne reconnaissent donc de Marie que ce qui en est dit explicitement dans l'Écriture. Il ne peut être question, pour eux, de lui reconnaître un rôle de médiation ou d'intercession. Les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption ne sont pas reconnus non plus, car ils sont jugés non fondés sur l'Écriture. Pour la plupart des adventistes et des évangéliques, Marie était vierge avant la naissance de Jésus, mais a eu d'autres enfants, les frères et sœurs de Jésus cités dans les Évangiles en Marc 6, 3. De ce fait, les adventistes et les évangéliques considèrent que la piété mariale catholique est un culte inutile, excessif, et qui risque de hisser Marie au rang de divinité féminine, une quatrième personne de la Trinité en quelque sorte. Ce qui ne les empêche pas de reconnaître en Marie le modèle de foi en la parole de Dieu.

Les prières

Si le « Je vous salue Marie »

est la prière à la Vierge Marie la plus connue et récitée, il en existe

une multitude d'autres : « Sub tuum », « Souvenez-vous » de saint Bernard, « Salve Regina,

Salut ô Reine », la prière de saint Jean-Eudes, « Ô ma Souveraine,

ô ma Mère », la Consécration du genre humain au Cœur Immaculé de Marie par le pape Pie XII, la Consécration de la Famille au Cœur Immaculé de Marie....

Quatre lieux d'apparitions mariales reconnus

La France compte 19 lieux d'apparitions mariales, parmi eux quatre sont reconnus officiellement par l'Église catholique : Pontmain, Le Laus, La Salette, Lourdes. Le sanctuaire catholique de Lourdes est l'un des plus visités en France avec plus de 3,1 millions de pèlerins chaque année, et l'un des principaux au monde. Les apparitions y ont été reconnues par l'évêque local, en 1862, puis implicitement par le pape Pie IX, en 1869. Pour mémoire, entre le 11 février et le 16 juillet 1868, la Vierge apparaît 18 fois à la jeune Bernadette Soubirous à la grotte de Massabielle. Marie, qui se présente sous le nom de « l'Immaculée Conception », va y dévoiler un message appelant à la pénitence des pécheurs et à leur conversion par la prière. La Vierge montrera aussi à Bernadette Soubirous une source d'eau. « Allez boire à la fontaine et vous y laver », lui dira-t-elle. Par ailleurs, l'Immaculée Conception demandera aux prêtres qu'on vienne à la grotte « en procession et qu'on y bâtisse une chapelle ».

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