Maripasoula : « Tant qu’il n’y aura pas de concret, on n’arrêtera rien »
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Maripasoula : « Tant qu’il n’y aura pas de concret, on n’arrêtera rien »

Nancy Lafine, n.lafine@agmedias.fr et Gérôme Guitteau, g.guitteau@agmedias.fr
Le château d'eau de Maripasoula.
Le château d'eau de Maripasoula. • GT

Le mouvement de grève en cours à Maripasoula se durcit, jeudi. Alors qu’Air Guyane annonce l’arrêt des vols jusqu’à nouvel ordre, la direction d’EDF dévoile ses mesures l'urgences.

 Fermeture de certains commerces … la situation est-elle en train de se dégrader à Maripasoula ? C‘est en tout cas ce que laisse croire, la journée morte mise en place aujourd’hui, par le collectif des habitants et les commerçants de la commune.

Depuis plus d’une semaine (le 5 octobre, Ndlr), la population maripasoulienne manifeste sa colère et réclame une production d'électricité stable et une amélioration de la desserte par Air Guyane.

Face aux revendications, EDF a donc communiqué sur des mesures d’apaisement, qui ne semblent pourtant pas répondre aux attentes des habitants.
La direction d'EDF a dévoilé ce mardi, des mesures d’apaisement.


« Le directeur régional d’EDF (Martin Voisin, Ndlr) nous a envoyé un engagement signé, mais rien n’est clair ! Il parle de l’indemnisation des clients… C’est bien, mais s’il n’y a pas de concret et tant qu’on ne verra pas la commande des moteurs neufs, on ne va rien arrêter ! », tance Jonathan Abienso, l'un des porte-parole du collectif des habitants de Maripasoula.

Le son de cloche est le même chez les commerçants de la ville. Pour Patrick Valies, président de l'association des commerçants de Maripasoula, les choses sont encore moins claires.

« Souvent, nous sommes oubliés ! Concernant l'indemnité proposée par EDF, on ne sait pas si elle concerne aussi les commerçants. Nous avons également eu de nombreuses pertes de stocks, matériels… Même si des commerces sont restés ouverts, car les pertes sont déjà bien trop importantes pour eux, nous soutenons tous le mouvement de grève, et, avons les mêmes revendications. Nous espérons donc que toutes les décisions prises, concerneront la population, mais aussi les professionnels. »
« Pas de vols jusqu’à nouvel ordre »
De son côté, la compagnie Air Guyane qui n’a pas effectué de vols commerciaux depuis le 06 octobre à cause du blocus, a annoncé aujourd’hui, la suspension des vols. La raison ? « La pluie » .

« La piste est mouillée et glissante, ce qui représente un risque de perte de contrôle. Les rotations entre Maripasoula et Cayenne sont donc suspendues jusqu’à nouvel ordre ! Nous sommes en attente de la décision de la Collectivité territoriale [CTG], sur la mise en service de l’ancienne piste. Elle devrait être utilisée jusqu’à ce que les services en charge de la piste actuelle fassent le nécessaire pour la rendre plus sécure [sic] », explique Christian Marchand, directeur la compagnie aérienne.
Allonger la durée du vol
La piste de Maripasoula n'est qu'une petite tranchée à travers la forêt amazonienne. Une piste longue devrait être livrée en mai ou juin prochain. Trois Let se trouve en Guyane dont un au garage en révision. Les pilotes espèrent le balisage avec un système de télécommande radioélectrique de balisage lumineux (PCL) de la nouvelle piste. Ils seraient autonomes et cela augmenterait l'amplitude horaire des vols. Actuellement, ils ne peuvent pas atterrir après 18 heures. Le personnel navigant estime qu'ils font le maximum en ce moment. Le problème des bagages et donc du fret limité s'explique à cause du carburant emmené en supplément afin de pouvoir "dégager" sur des aérodromes de secours situés à Paramaribo et... Oiapoque. Un surplus qui divise par deux la capacité d'emport.

Une décision, qui, à l’heure à laquelle nous publions cet article, n’a pas encore été confirmée par la CTG. Les travaux d'allongement de la piste officielle doivent se terminer pour mai ou juin 2023. Il est donc à craindre que la piste provisoire rencontre souvent des problèmes lors des deux saisons des pluies de décembre et de mai si elle est inutilisable en pleine sèche. Les problèmes d'enclavement des habitants de Maripasoula ne vont pas trouver de solutions ni à court terme ni à moyen terme.

Par ailleurs, quand on lit les arrêtés de la commission de régulation de l'énergie (CRE) concernant deux projets de productions d'électricité à Mariapasoula, on a du mal à comprendre la lenteur des travaux. "Le surcoût d’achat de l’électricité produite par la centrale de Saut-Sonelle, supporté par EDF SEI et imputable aux charges de service public de l’énergie (SPE), devrait représenter un montant total de l’ordre de 284 millions d'euros sur 30 ans, soit en moyenne 9,5 M€/an" est-il écrit dans l'arrêté de juin 2022.

"Toutefois, en considérant que la production hydroélectrique se substituera à la production thermique sur une durée de 30 ans à partir de la mise en service en 2026, le surcout de production évité total est estimé à 287 millions d'euros , sur la base d’un prix du pétrole de 70 $/baril (prix moyen observé en 2021) et du prix actuel des quotas de CO2 de 90 €/t, inflatés à 2%. Ainsi, étant donné que le surcout de production évité est quasiment égal aux charges de SPE associées à ce contrat, il apparait que ce projet de centrale hydroélectrique à Saut-Sonelle a un impact quasiment nul sur les charges du service public de l'électricité", complètent les membres de la CRE.

Il faut donc comprendre que la centrale hydroélectrique ne coûte rien à l'Etat, mieux EDF sera rémunéré de 10% de son capital immobilisé.

Des projets qui rapportent... à l'Etat
Plus fort, la centrale photovoltaïque : "Le surcoût d’achat de l’électricité produite par la centrale photovoltaïque, supporté par EDF SEI et imputable aux charges de service public de l’énergie (SPE), devrait représenter un montant total de l’ordre de 15 millions d'euros sur 25 ans, soit en moyenne 580 k€/an. Toutefois, en considérant que la production photovoltaïque se substituera à la production thermique sur une durée de 25 ans à partir de la mise en service, le surcoût de production évité total est estimé à 26 millions d'euros, sur la base d’un prix du pétrole de 70 $/baril (prix moyen observé en 2021) et du prix actuel des quotas de CO2 de 90 €/t, inflatés à 2%. Ainsi, étant donné que le surcoût de production évité est supérieur aux charges de SPE associées à ce contrat, il apparait que ce projet de centrale photovoltaïque induit une baisse des charges de SPE qui s’élève, avec les hypothèses adoptées, à – 11 millions d'euros."

Le projet est donc censé rapporté à l'Etat 11 millions d'euros avec un baril à 70 dollars... il coûte 95 dollars aujourd'hui. Des sous qui pourraient être reversés au développement de la plus grande commune de France ou permettre l'achat de ... quatre moteurs neufs.