Santé : une sexualité active mais des fragilités persistantes en matière de prévention
Trois femmes sur dix âgées de 18 à 29 ans déclarent ne recourir à aucune méthode contraceptive
En Guyane, la sexualité reste très présente dans la population. Selon les résultats de l'enquête "Contexte de la Sexualité en France" 2023-2024, menée par l'institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) dans les départements d'Outre-mer et l'Hexagone, présentés le 14 avril, près de 9 hommes sur 10 déclarent avoir une activité sexuelle, contre environ 7 femmes sur 10.
Chez les jeunes, les pratiques changent rapidement. Le numérique prend une place importante : 4 jeunes hommes sur 10 et 3 jeunes femmes sur 10 ont déjà rencontré un partenaire en ligne. Et jusqu'à 1 jeune sur 3 affirme avoir déjà envoyé une image intime.
Mais ces transformations s'accompagnent aussi de différences marquées avec les autres territoires. Par exemple, l'entrée dans la sexualité reste plus précoce et l'acceptation de l'homosexualité y apparaît plus faible.
"On voit que la Guyane se distingue sur plusieurs indicateurs. Pour l'instant, nous avons surtout mis en évidence des tendances, qui devront être approfondies pour mieux comprendre les différences entre territoires ", explique Astrid van Melle, ingénieure de recherche au Centre hospitalier de Cayenne.
Préservatif, contraception : des fragilités qui persistent
C'est sur la prévention que les chiffres sont les plus marquants. Près d'une personne sur deux déclare utiliser un préservatif lors d'un rapport avec un nouveau partenaire et 1 jeune sur 3 déclare ne pas s'être protégé lors de son premier rapport sexuel, un niveau jugé insuffisant au regard de la circulation des infections sexuellement transmissibles sur le territoire.
Le recours à la contraception reste aussi limité. Trois femmes sur dix âgées de 18 à 29 ans déclarent ne recourir à aucune méthode contraceptive. Le préservatif et les méthodes naturelles figurent parmi les plus utilisées, tandis que la pilule n'est citée que par 11 % des femmes, la proportion la plus faible parmi les territoires étudiés.
Ces constats rejoignent d'autres indicateurs sanitaires. " Les données vont dans le même sens que celles de la surveillance menée par Santé publique France sur le VIH et les IST. Si on met ces éléments en parallèle avec nos résultats, qui montrent que le préservatif reste insuffisamment utilisé et que la vaccination contre certaines infections, notamment le HPV, est encore trop faible, on observe une cohérence dans les difficultés identifiées ", souligne Astrid van Melle.
1 femme sur 3 déclare avoir subi des violences sexuelles
Ces difficultés se reflètent aussi dans les grossesses non souhaitées : plus d'un tiers des femmes indiquent que leur dernière grossesse n'était pas prévue au moment où elle est survenue.
L'étude confirme aussi un niveau élevé de violences sexuelles : près d'une femme sur trois en Guyane déclare en avoir subi au cours de sa vie.
Pour les chercheurs, ces résultats prolongent des tendances déjà observées. " On constate une persistance de difficultés importantes en matière de santé sexuelle. "
Cette étude, la première depuis plus de dix ans, doit désormais permettre aux institutions et aux acteurs de terrain d'actualiser les données et d'orienter les politiques de santé sexuelle, dans un territoire marqué par une population très jeune et des inégalités sociales importantes.

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