Grève des médecins libéraux : une mobilisation sous fond de désert médical
Les médecins libéraux sont en grève en Guyane du 5 au 15 janvier
Le mouvement de grève qui commence aujourd'hui pour dix jours concerne principalement les médecins généralistes. Il est relativement bien suivi, d'après deux médecins, dont un syndicaliste, vent debout contre les projets gouvernementaux concernant son secteur.
"Certains praticiens n'ont toutefois pas pu cesser leur activité sur toute la période, pour des raisons financières ou parce qu'ils étaient en congés en décembre. Plusieurs d'entre eux participent au mouvement du 10 au 14 janvier," précise le Dr Christian Rohrbacher, président du Syndicat des Médecins de Guyane.
La mobilisation s'inscrit dans un contexte de contestation de plusieurs mesures gouvernementales, jugées contraignantes pour l'exercice de la médecine libérale.
Des mesures contestées
Les médecins dénoncent la volonté du gouvernement et de l'Assemblée nationale d'instaurer de nouvelles sanctions financières à leur encontre. Si certains amendements ont été censurés par le Conseil constitutionnel et d'autres retirés par l'exécutif, les praticiens estiment que ces dispositions pourraient être réintroduites sous une autre forme.
Parmi les points de vigilance figure la possibilité, pour le directeur de la Sécurité sociale, de réduire, "de manière unilatérale, le remboursement de certains actes médicaux dits techniques, une pratique déjà appliquée en radiologie et en biologie", dénonce le syndicaliste.
Le dossier médical partagé au cœur des critiques
Le Conseil constitutionnel a retoqué l'amende prévue en cas de non-consultation du dossier médical partagé (DMP) avant une prescription. "Cette censure repose toutefois sur un problème de rédaction, laissant envisager une nouvelle version du texte", remarque le médecin. La sanction initialement prévue pouvait atteindre 2 500 euros par manquement.
Selon le Dr Christian Rohrbacher l'application de cette mesure est difficilement compatible avec la réalité du terrain : " Sur près de 2 000 patients que je suis, seuls trois avaient un dossier médical partagé ouvert. L'ouverture du dossier relève du patient, pas du médecin. "
Une démographie médicale fragile
En Guyane, environ 40 % des médecins libéraux avoisinent l'âge de la retraite. Selon les représentants de la profession, le départ d'un praticien nécessite désormais trois jeunes médecins pour maintenir un volume d'activité équivalent.
" Les conditions d'exercice ont évolué et la charge de travail n'est plus la même ", explique le Dr Rohrbacher.
Les médecins alertent sur le risque d'une dégradation de l'accès aux soins, si les praticiens expérimentés quittent l'activité sans transition, dans un contexte de difficultés persistantes de recrutement.
Les règles qui encadrent le cumul emploi-retraite constituent un autre point de tension. Les actes réalisés après un départ à la retraite pourraient être déduits de la pension jusqu'à 67 ans, tandis que la poursuite d'activité avant cet âge est plafonnée à 42 000 euros par an pour un médecin n'ayant pas tous ses trimestres. "C'est une discrimination envers les femmes médecins qui ont des enfants puisque ce sont les seules à pouvoir partir à 62 ans avec tous les trimestres. Pour les autres, le début dans le monde professionnel est trop tardif", déplore le président du syndicat des médecins.
Une fiscalité injuste
Sur le plan fiscal, les médecins rappellent que le décret du 1er juillet 2024 qui prévoit une défiscalisation en zone prioritaire (ZIP) pour les nouveaux arrivés pendant cinq ans, ne s'applique pas à la Guyane car ils bénéficient déjà du régime avantageux de la zone franche d'activités de nouvelle génération, qui permet une défiscalisation de 50 à 80 % pour tous et sans limite de temps. Problème, celle-ci exclut les professionnels de santé de Guyane au contraire de ceux qui exercent dans les ZIP hexagonales. L'attrait pour notre territoire s'en retrouve amoindri. Les praticiens attendent une réunion interministérielle sur le sujet, la dernière avait été annulée à cause de la chute du gouvernement Bayrou. L'objectif pour les libéraux est d'accéder à la zone franche d'activité.
Pour les médecins mobilisés, l'accumulation de ces mesures fragilise l'attractivité de la médecine libérale en Guyane.
" L'objectif est de maintenir une offre de soins de proximité et de permettre l'installation de nouveaux médecins, tout en conservant les praticiens en activité ", résume le Dr Christian Rohrbacher "car en Guyane, nous sommes déjà au taquet. On augmentera les consultations que par l'apport de nouveaux professionnels".

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