Chirurgie robotique en France : les Outre-mer, grands oubliés de la révolution technologique
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Chirurgie robotique en France : les Outre-mer, grands oubliés de la révolution technologique

Par Christophe VERGER c.verger@agmedias.fr
La chirurgie robotique est devenue une composante essentielle de la chirurgie, elle reste minoritaire et est plus utilisée dans certaines régions que dans d'autres, notamment celles d'Outre-mer.
La chirurgie robotique est devenue une composante essentielle de la chirurgie, elle reste minoritaire et est plus utilisée dans certaines régions que dans d'autres, notamment celles d'Outre-mer. • SHUTTERSTOCK

Une étude nationale menée par l'Académie nationale de chirurgie, publiée dans le Journal of Robotic Surgery, dresse pour la première fois un état des lieux exhaustif de la chirurgie assistée par robot en France. Les Outre-mer, eux, restent sur le bas-côté de cette révolution médicale.

Entre janvier 2021 et décembre 2022, pas moins de 58 232 interventions chirurgicales assistées par robot ont été recensées dans l'Hexagone, selon les données du Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI). Une progression de 15,6 % en un an, portée principalement par l'urologie, qui concentre à elle seule 61 % des actes. Loin derrière, la chirurgie digestive (17 %), gynécologique (15 %) et thoracique (7 %) peine à décoller. Sur l'ensemble des interventions minimalement invasives, la robotique ne représente encore que 15,6 % des actes, signe que la laparoscopie conventionnelle reste, pour l'heure, la reine des blocs opératoires. Mais le véritable enseignement de cette étude réside dans la cartographie des disparités. L'Île-de-France concentre à elle seule plus de 27 % de l'activité robotique nationale, loin devant Auvergne-Rhône-Alpes (13 %), Provence-Alpes-Côte d'Azur (10 %) et Occitanie (9 %). Rapporté au nombre d'habitants, le constat est sans appel : la région parisienne affiche un taux de 12,5 interventions pour 100 000 habitants, quand la moyenne nationale plafonne à 3,5. Un déséquilibre qui interroge sur la répartition des moyens et des plateaux techniques les plus innovants.

Outre-mer : le désert robotique

Le constat est encore plus cruel pour les territoires ultramarins. Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte affichent toutes un taux d'interventions robotisées inférieur à 2 pour 100 000 habitants. Pire, plusieurs de ces régions n'ont enregistré "aucune activité robotique traçable" sur la période étudiée, selon les auteurs de l'étude. Dans certains cas, "les départements d'outre-mer (DROM-COM) ont montré une activité robotique limitée ou nulle", écrivent les chercheurs. Une absence qui contraste violemment avec les standards de soins proposés dans l'Hexagone et qui pose la question de l'équité territoriale d'accès à l'innovation chirurgicale.

Conséquence directe de ce retard technologique : le recours à la chirurgie ouverte, plus invasive et associée à des durées d'hospitalisation plus longues, reste élevé dans les territoires les moins équipés. L'étude souligne que "les régions ayant un accès limité ou nul aux plateformes robotiques ont également tendance à présenter des proportions plus élevées de procédures ouvertes". Là où l'Île-de-France peut proposer une alternative robotique pour plus de la moitié des actes urologiques, les patients ultramarins, eux, doivent bien souvent se contenter de techniques conventionnelles, avec des séjours hospitaliers allongés et des taux de complications supérieurs.

Des bénéfices cliniques démontrés

Car les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'étude comparant les approches chirurgicales montre sans ambiguïté les bénéfices de l'assistance robotique. La durée moyenne de séjour pour une intervention robotisée est de 4,2 jours, contre 5,7 jours pour la laparoscopie et 7,9 jours pour la chirurgie ouverte. Le taux d'admission en réanimation chute à 6,3 % contre 9,7 % et 14,1 % respectivement. Quant aux réhospitalisations à 30 jours, elles concernent 4,8 % des patients opérés par robot, contre 5,6 % pour la laparoscopie et 6,9 % pour la chirurgie ouverte. Autant d'indicateurs qui plaident en faveur d'un déploiement plus homogène des équipements.

Un lien avec la richesse des territoires

Les auteurs de l'étude pointent un autre facteur explicatif : la corrélation entre produit intérieur brut régional et taux de pénétration de la robotique. Avec un coefficient de 0,52, statistiquement significatif, l'analyse montre que "la composante économique de la diffusion technologique" joue un rôle clé. Autrement dit, les régions les plus riches sont aussi les mieux dotées en robots chirurgicaux, creusant un peu plus l'écart avec les territoires les plus fragiles économiquement. Face à ce constat, les auteurs de l'étude appellent à une prise de conscience et à une action coordonnée. "Une stratégie programmée et pilotée par les données, similaire à ce qui a été mis en place pour certaines filières de cancérologie gynécologique et colorectale au Danemark et dans d'autres pays européens, pourrait aider à surmonter le plafond de verre de la laparoscopie et à réduire le recours injustifié à la chirurgie ouverte", écrivent-ils. Pour les Outre-mer, l'enjeu est double : rattraper le retard d'équipement et former les équipes locales pour que les patients ultramarins puissent enfin bénéficier, eux aussi, des promesses de la chirurgie 4.0.

Un appel à la planification régionale

Les chercheurs recommandent notamment une "planification régionale des plateformes robotiques pour garantir une couverture minimale des indications à fort volume", la "désignation de centres de référence avec un volume d'activité suffisant pour maintenir l'expertise", et l'"intégration des résultats de la chirurgie robotique dans les indicateurs nationaux de qualité". Autant de pistes qui, si elles étaient suivies d'effets, pourraient enfin sortir les Outre-mer de ce qui ressemble aujourd'hui à un angle mort de l'innovation chirurgicale à la française.

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