Olivier Taoumi, avocat et magistrat administratif, propose de nouvelles mobilités et une modification d'envergure du plan local d'urbanisme de Cayenne. Voici son programme pour la prochaine campagne électorale dans la capitale.
Pourquoi avoir choisi la ville capitale pour les municipales de 2026 ?
La Guyane sans sa ville capitale n'est pas la Guyane. C'est à Cayenne que se concentre le plus de travail à faire. Nous avons donc décidé de présenter une liste ici.
Allez-vous vous allier au Rassemblement National, comme lors des législatives ?
Non, nous nous présenterons sous les couleurs de « La Guyane à Droite », notre mouvement qui s'est structuré après les législatives. Cette fois-ci, nous avons le temps de nous organiser et de porter nos propres valeurs. Notre cœur de cible est l'économie, et nous voulons remettre cette question au centre de l'action politique.
Comment ? En redynamisant le centre-ville ?
Exactement. Le principal problème de Cayenne, c'est son enclavement : elle est bordée par l'océan d'un côté, par le fleuve de l'autre, et par d'autres communes qui la restreignent. Il n'y a presque plus de foncier disponible. Cependant, la loi ZAN (Zéro artificialisation nette) de 2023 nous permet de densifier le centre-ville pour limiter l'artificialisation des sols et réduire les étendues urbaines incohérentes. Notre première action sera donc de modifier le Plan Local d'Urbanisme (PLU), voté en 2019, qui est aujourd'hui obsolète. L'objectif est d'encourager la densification pour offrir plus de logements et renforcer l'activité économique.
Actuellement, le PLU limite la hauteur des bâtiments à R+3. Souhaitez-vous aller au-delà ?
Oui. En Guyane, nous devons tirer parti de la verticalité, comme à Macapa ou Belém, qui font face à des contraintes similaires et construisent des immeubles de 22 à 24 étages. Certains quartiers de Cayenne, comme le Tigre ou Trou-Biran, sont délaissés et occupés par de l'habitat illicite. Notre priorité est de récupérer ces terrains, de reloger dignement les habitants et de permettre des constructions plus hautes.
Pour moi, construire des immeubles de 15 à 20 étages à Cayenne ne pose aucun problème.
Ces tours ne seront-elles réservées qu'aux logements sociaux ?
Non, il faut de la mixité. Un même ensemble immobilier peut inclure différents niveaux de logements, de l'accession à la propriété aux logements intermédiaires et sociaux. Nous voulons aussi remettre de l'humain dans ces bâtiments avec des services de conciergerie pour garantir un meilleur entretien et un meilleur cadre de vie. C'est l'économie au cœur de l'action politique. Le social vient après. Si vous n'avez pas l'argent, vous ne pouvez pas faire de social. Faire que du social, ça tue le social. Il faut de l'économie. Il faut donc remettre le commerce au centre-ville. Il faut sans doute piétonnier une partie de la ville pour remettre du restaurant.
« Il faut un tram-train vers Kourou »
Construire en hauteur à Cayenne pourrait également résoudre les problèmes de mobilité...
Absolument. Toutes les grandes institutions sont à Cayenne : la préfecture, la Chambre de commerce, les tribunaux, les lycées. Pourtant, il faut souvent plus de deux heures pour entrer dans la ville aux heures de pointe. Nous devons repenser la mobilité. Le TCSP (Transport en commun en site prioritaire) est une bonne idée, mais je propose un tram-train reliant Cayenne à Kourou, avec des arrêts intermédiaires à Soula, Matoury et Macouria. Il permettrait aux habitants de voyager avec leur vélo et de décongestionner les routes.
Et concernant les infrastructures routières ?
Le principal problème vient de l'État, qui n'a jamais anticipé le développement de Cayenne. La RN1 et la RN2 sont sous-dimensionnées, et les travaux avancent à un rythme inacceptable. Nous devons améliorer la circulation en optimisant les voies existantes : transformer certaines routes en sens unique et créer des transversales pour fluidifier le trafic.
Il faut un pont qui relie directement la pointe Liberté au centre de Cayenne. Notre ambition est de repenser l'urbanisme et la mobilité de Cayenne pour en faire une ville plus moderne et accessible. Nous apporterons des solutions concrètes pour transformer la capitale de la Guyane.
Est-ce que Cayenne a les ressources suffisantes pour aménager tous les projets que vous souhaitez mettre en place, ou bien certaines parties devraient-elles être confiées à la Communauté des Communes (CSC) ? Existe-t-il également des possibilités de subventions ?
Il est crucial d'identifier où se trouvent les ressources financières. À l'heure actuelle, l'argent provient principalement des intercommunalités et de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG). Nous savons que cette ressource provient en partie de l'octroi de mer, une taxe que j'ai longuement contestée lors de ma campagne des législatives. Il est donc nécessaire de veiller à ce que la part communale de l'octroi de mer augmente. Actuellement, je le répète, la CTG n'a jamais été aussi riche, et ce, pour une raison simple : l'inflation. Si vous allez faire vos courses, vous pourrez constater par vous-même la hausse des prix. En conséquence, la CTG bénéficie mécaniquement d'une plus grande collecte de fonds grâce à cet effet inflationniste. Cependant, cet argent n'a pas été redistribué aux communes. Il a simplement été retenu par la CTG sans qu'il ne bénéficie à d'autres secteurs. On verra bien ce qu'ils en feront, mais pour l'instant, cela se traduit principalement par des voyages et des foires, sans impact visible sur le secteur du BTP. En conséquence, il est essentiel de revoir la répartition des fonds.
D'autre part, il est nécessaire de chercher de nouvelles sources de financement. Lors de ma campagne des législatives, j'ai été le premier à proposer de sortir de la loi Hulot. Aujourd'hui, le sénateur Patient a repris cette idée, et je trouve cela très positif. Il y a aussi la question de l'or. Je suis fermement convaincu qu'il est nécessaire que la région et la CTG créent une société régionale minière et aurifère pour gérer directement l'exploitation de l'or.
J'entends beaucoup de CTG dans votre analyse ? Est-ce que les municipales, ne représente qu'un ballon d'essai pour vous pour 2028 ?
On ne peut pas gérer la Guyane sans gérer la ville capitale et on ne peut pas gérer la ville capitale en faisant fi de ce qui se passe à la CTG. Les deux entités sont liées fondamentalement. Cayenne, c'est une marque. Porsche Cayenne. Vous croyez que Porsche aurait associé son nom à un nom ? Sauf que les Guyanais n'ont pas conscience de la valeur de cette marque. Donc je voudrais redonner à Cayenne son lustre d'antan. Moi, je vais travailler avec tous les gens qui sont là. Je ne suis pas un doctrinaire, je ne fais pas de la théologie politique. Moi, je fais de la gestion. Si la CTG a une équipe, je travaillerai avec elle jusqu'à la prochaine équipe évidemment. Et si la même équipe est reconduite, je travaillerai avec elle de bonne foi et loyalement. Mais je serai obligé de leur demander des comptes. On ne peut pas ignorer Cayenne comme aujourd'hui, la CTG l'ignore.
Olivier Taoumi, avocat se présente avec le parti qu'il a fondé, La Guyane à droite, aux élections municipales à Cayenne, en 2026, après avoir été aux législatives avec le parti d'Éric Ciotti et le Rassemblement national.
• GG
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