Élie Castor et l'immigration en Guyane : visionnaire ou incompris ?
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes

Élie Castor et l'immigration en Guyane : visionnaire ou incompris ?

Boris LAMA Docteur en histoire
Élie Castor développa une grande amitié avec Raymond Abchée qui construisit à Sinnamary l'hôtel du fleuve.
Élie Castor développa une grande amitié avec Raymond Abchée qui construisit à Sinnamary l'hôtel du fleuve. • DR

Élie Castor est souvent considéré comme un visionnaire pour ses positions sur la question de l'immigration. Il a mis en garde contre les risques d'un accueil non maîtrisé pour la société guyanaise. Plus de 40 ans plus tard, les faits semblent lui donner raison.

Il est courant de considérer Élie Castor comme un visionnaire, qui a pensé la société guyanaise sur le long terme. Il percevait ses atouts et ses potentialités, mais il anticipait aussi les éventuelles catastrophes qui risquaient de la déstabiliser. Castor possédait ce don, notamment en ce qui concerne la question de l'immigration.

Dans une interview accordée au magazine Antilla en 1983, le député souligne les conséquences négatives de l'immigration massive qui prenait son essor depuis le début des années 80.

Son positionnement est équilibré, évitant à la fois l'idéalisme « gauchiste » et la froideur égoïste des «  droitards ». En effet, Élie Castor met en lumière la capacité d'accueil de la Guyane et les opportunités à saisir pour le développement du pays. Il met toutefois en garde contre les excès et les risques de disparition de la population locale :

« Nous ne voulons pas, répond-il à l'intervieweur, que cette population immigrée atteigne un effectif tel qu'elle arrive à dominer la population guyanaise. Nous avons cette volonté de sauvegarde de notre population créole. La France n'aurait jamais accepté, avec ses 50 millions d'habitants, d'avoir sur son sol 20 millions d'étrangers [...] Nous voulons stopper ! Nous attendons des mesures législatives et réglementaires dans ce sens. Nous disons donc, attention !  »

Élie Castor entendait par « stop », l'arrêt immédiat de toute immigration pendant cinq ans. Pour lui, la qualité devait primer sur la quantité. Il considérait comme une erreur funeste de penser que l'on pouvait « développer » un territoire uniquement en s'appuyant sur la force de travail des nouveaux arrivants. Ceux-ci devaient répondre à des exigences prédéfinies. La présence massive de migrants sous-qualifiés ne pouvait qu'engendrer la misère, insiste-t-il trois ans plus tard dans le compte-rendu de son mandat :

« Il n'est nul besoin de souligner les conséquences d'une surabondance de main-d'œuvre non qualifiée, qui contribue à engendrer la misère et à faciliter la création de nouveaux bidonvilles, au moment même où l'État engage une opération de résorption des plus anciens et des plus importants d'entre eux.  »

Cinq ans plus tard, il dépose une proposition de loi relative à la « Création d'un office régional de l'immigration en Guyane ».

Parmi les motifs de ce projet, il insiste sur le fait que « la Guyane est une région en plein développement dont la carence en population ne doit pas être la porte ouverte à une immigration sauvage et massive. »

Les particularismes de la Guyane, département français situé en Amérique du Sud, justifiaient à ses yeux la création de cet organisme. Les quatre articles constitutifs de cette proposition de loi témoignent de la volonté d'associer le personnel politique guyanais à la gestion de l'immigration. Limiter les flux migratoires, déterminer des zones d'accueil, évaluer s'il convient d'intégrer ou non ces migrants à la société guyanaise : telles auraient été les missions de cet organisme, qui ne vit jamais le jour.

En 2024, à l'ère du politiquement correct poussé à l'extrême et d'une idéologie woke imposant une hiérarchie des opprimés, Élie Castor aurait probablement été qualifié de « fasciste », de «  raciste » ou de « xénophobe » pour sa vision de la gestion de l'immigration.

Pourtant, il avait compris que ce n'était pas un phénomène à prendre à la légère. L'immigration modifie durablement une société, affectant tous les aspects de la vie de la cité. Le positionnement d'Élie Castor fut éminemment nationaliste, au sens de la volonté de préserver la population autochtone. Sa conception de la nation n'était pas matérialiste ; il ne voyait pas la Guyane uniquement comme un espace géographique pouvant accueillir «  plein de monde » parce qu'elle est vaste et faiblement peuplée. Une telle vision mésestime la dimension géoculturelle d'un pays.

Oui, Élie Castor était un visionnaire, car le temps lui a donné raison. L'immigration incontrôlée et massive ne s'est jamais arrêtée et engendre un appauvrissement généralisé sur tous les plans.

54 % des victimes d'homicide sont d'origine étrangère

Les données suivantes ne peuvent être contestées :

Selon un rapport de l'INSEE de 2022, 53 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et les deux tiers de cette population sont des étrangers.

Le même institut établit que 64 % des personnes ayant pour langue maternelle le Sranan tongo ont des difficultés à l'écrit. Ce chiffre est de 63 % pour les locuteurs du créole haïtien et de 61 % pour ceux qui parlent le portugais brésilien. En comparaison, il est de 13 % pour les personnes dont la langue maternelle est le français. (Les performances sont également très faibles en compréhension orale et en calcul.)

Dans un article publié en 2023 dans l'organe officiel de l'Association Internationale des Criminologues de Langue Française, Aurélien Langlade et Keltoume Larchet montrent qu'en Guyane, 54 % des victimes d'homicide sont d'origine étrangère.

Parmi les homicides, 33 % sont dus à des altercations, 27 % à des conflits familiaux et 17 % à des activités illégales.

L'Institut National d'Études Démographiques (Ined) estime que les natifs ne représentent que 40 % des personnes vivant en Guyane. De plus, 41 % des personnes nées en Guyane ont au moins un parent étranger.

Il est illusoire de penser qu'un pays puisse se développer économiquement et intellectuellement avec une population affichant un taux d'illettrisme aussi élevé.

Le « castorisme » n'a pas fait d'adeptes

Élie Castor l'avait bien compris. Il estimait que la Guyane ne pouvait s'engager sur la voie du progrès sans la formation d'élites. La Cité des sciences de l'Amazonie, un projet remarquable élaboré par le « taureau » de Sinnamary, témoigne de l'importance qu'il accordait à la formation des hommes.

C'est aussi une preuve de sa qualité de visionnaire, Élie Castor ayant anticipé l'importance croissante de la haute technologie dans le quotidien et l'inévitabilité de la question écologique.

On parle aujourd'hui, dans le cadre de l'évolution statutaire de la Guyane, d'un statut sui generis. Mais qu'en est-il des idées et idéologies sui generis guyanaises ? Élie Castor avait peut-être, à son insu, adapté le socialisme à la réalité guyanaise, à l'instar de l'Aprisme d'Haya de la Torre au Pérou, de la pensée d'Hô Chi Minh au Vietnam ou encore de l'Ujamaa de Julius Nyerere en Tanzanie. Il a montré qu'un homme de gauche pouvait aborder la question identitaire sans tomber dans le racisme ni l'exclusion de l'autre.

Force est de constater que le « castorisme » n'a pas fait d'adeptes...

Nous vous proposons, ici, de renouer avec nos « pages Débats », en nous envoyant vos tribunes, vos prises de position, vos avis à l'adresse france.guyane@agmedias.fr.

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger