" Stealthing " : plus d'un homme sur dix cautionne le retrait du préservatif sans consentement
Une enquête OpinionWay pour Sidaction dévoile des chiffres alarmants : 10 % des hommes affirment " comprendre " qu'on retire le préservatif en pleine relation sans prévenir. Cette pratique sexuelle non consentie, baptisée " stealthing ", reste un angle mort du droit pénal français.
Le terme " stealthing ", qui signifie " furtivement " ou " discrètement ", désigne le fait de retirer son préservatif pendant un rapport sexuel sans en informer son ou sa partenaire. L'étude OpinionWay révèle qu'un homme sur dix justifie ce geste s'il estime que la protection lui a été imposée. Plus inquiétant encore : parmi ceux qui adhèrent aux discours masculinistes, cette proportion grimpe à 34 %. Du côté des victimes, essentiellement des femmes, les données sont tout aussi préoccupantes. Selon une enquête du collectif Nous Toutes réalisée en 2020, une femme sur dix aurait déjà subi cette violence sexuelle.
Un vide juridique français persistant
Contrairement à d'autres pays, la France ne dispose d'aucun texte spécifique sanctionnant le " stealthing ". Aucune jurisprudence claire ne permet actuellement de le reconnaître systématiquement comme un viol ou une agression sexuelle. Sans cadre légal précis, impossible de condamner explicitement cette pratique. En mars 2025, un amendement avait pourtant été déposé à l'Assemblée nationale pour inscrire cette infraction dans le Code pénal. Son objectif : préciser que le consentement sexuel doit porter non seulement sur la pénétration, mais également sur ses conditions, dont le port du préservatif. L'amendement a été rejeté.
La donne pourrait toutefois évoluer grâce à la loi du 6 novembre 2025 qui redéfinit le viol et les agressions sexuelles. Le texte stipule désormais que le consentement doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable. Cette précision ouvre potentiellement la voie à une reconnaissance du " stealthing " comme viol, puisque le retrait furtif du préservatif viole clairement ces critères de consentement. Reste à voir comment la justice française interprétera et appliquera ces nouvelles dispositions dans les affaires à venir.
À l'étranger, des condamnations qui font jurisprudence
Plusieurs pays ont déjà franchi le cap en sanctionnant fermement ces actes. En 2021, la Nouvelle-Zélande a condamné un homme à 3 ans et 9 mois de prison pour viol après avoir retiré son préservatif lors d'un rapport trois ans plus tôt. La juge a considéré que le consentement initial, accordé sous condition du port de la protection, avait été trahi.
Aux Pays-Bas, en mars 2023, un tribunal a reconnu un homme coupable de " coercition " pour des faits similaires. Il a écopé de trois mois de prison avec sursis et d'une amende de 1 000 euros, le tribunal estimant que ce geste violait la liberté et l'autonomie corporelle de la victime. Outre-Atlantique, la Californie est devenue en 2021 le premier État américain à interdire explicitement le " stealthing ". Le Canada a emboîté le pas à l'été 2022 en le qualifiant de crime sexuel. Des avancées législatives qui contrastent avec l'immobilisme français et soulignent l'urgence d'une prise de conscience collective sur cette forme de violence sexuelle.

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