Après un été brûlant, von der Leyen veut reparler du climat
L'Europe va-t-elle relancer son agenda vert? Ursula von der Leyen entend axer sa rentrée sur le climat après les canicules historiques de l'été, mais les organisations environnementales gardent en travers de la gorge les reculs écologiques depuis deux ans dans l'Union européenne.
Devant les eurodéputés, le 16 septembre à Strasbourg, le climat devrait occuper une bonne place dans le discours sur l'état de l'Union de la présidente de la Commission, un exercice rituel qui fixe ses priorités politiques pour les douze mois à venir.
Accablée par les records de chaleur, l'Europe a brûlé cet été. Et Ursula von der Leyen pouvait difficilement ne pas s'emparer du sujet.
Selon des sources internes, la cheffe de l'exécutif européen insistera sur la "résilience climatique" : une loi était déjà en préparation pour la fin de l'année et pourrait être renforcée.
Elle pourrait aussi souligner, comme elle le fait souvent, le potentiel économique des industries vertes.
En guise d'apéritif, les commissaires européens ont reçu le climatologue suédois Johan Rockström lors de leur séminaire de rentrée vendredi à Tervuren, près de Bruxelles.
L'exécutif européen semble envoyer le signal d'un rééquilibrage après deux ans où les enjeux de compétitivité et de défense ont relégué les ambitions climatiques européennes au second plan.
Quelque 200 organisations environnementales ont saisi la balle au bond dès la fin août dans une lettre ouverte.
Ursula von der Leyen doit profiter de son discours de rentrée pour lancer un "plan de sortie des énergies fossiles", réclame Caroline François Marsal, du Réseau Action Climat, un collectif d'ONG.
Au sein même de la Commission européenne, un second souffle est espéré par les tenants d'une politique climatique plus ambitieuse.
Des tensions ont eu lieu ces derniers mois entre les commissaires européens, notamment sur la réforme du marché du carbone, avec la volonté chez certains responsables de ne pas trop bousculer les secteurs de l'aviation et du transport maritime.
Mais au-delà de la communication, Ursula von der Leyen annoncera-t-elle des mesures d'ampleur, comme celles du Pacte vert de son précédent mandat?
Pas sûr, car elle risque de se heurter aux équilibres politiques du Parlement européen, où la droite est en position de force depuis les élections de juin 2024.
La droite n'hésite plus à s'associer à l'extrême droite pour détricoter des lois environnementales qu'elles jugent trop bureaucratiques et contraires aux intérêts des entreprises européennes.
Concessions au secteur automobile
La priorité n'est pas "de repeindre en vert des textes que les Européens ont demandé de corriger", martèle l'eurodéputée de droite Céline Imart.
Dans l'autre camp, la cheffe des Verts Terry Reintke pousse Ursula von der Leyen à mener ce "combat difficile" pour le climat, car "nous parlons de situations existentielles", à l'image des 540.000 hectares partis en fumée cet été dans l'UE à cause des incendies hors normes.
L'élue allemande demande des mesures "d'atténuation et d'adaptation" au changement climatique, face à des vagues de chaleur qui vont "se reproduire et devenir de plus en plus intenses".
L'Union européenne bute toutefois sur ses moyens limités.
Les Vingt-Sept mènent actuellement des négociations délicates sur le futur budget européen 2028-2034, avec la traditionnelle bataille entre les Etats les plus économes comme les Pays-Bas et l'Allemagne et ceux, comme la France, qui réclament davantage d'investissements et de dette européenne.
Et les enjeux climatiques s'articulent difficilement avec le virage pro-business opéré par l'Europe depuis deux ans pour tenter de résister à la concurrence chinoise tous azimuts et aux droits de douane des Etats-Unis.
En juillet, les ONG ont ainsi recensé une "vague de reculs environnementaux" ces derniers mois.
L'UE a par exemple nettement assoupli une loi emblématique sur le devoir de vigilance environnementale des grandes entreprises, en réduisant le nombre de compagnies concernées et leurs obligations, dont celle de fournir des plans de transition climatique.
Bruxelles a aussi proposé de renoncer à l'interdiction à la vente de voitures thermiques neuves en 2035 - une mesure emblématique du précédent mandat, en ouvrant la voie à des flexibilités pour les constructeurs.
Sur ce sujet, un bras de fer est en cours entre la France et l'Allemagne, qui réclame des concessions supplémentaires pour son industrie automobile.
adc/dth

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