Un banquier, cerveau présumé de son propre braquage, jugé à Paris
Cerveau du braquage ou complice « dépassé » ? Jugé à Paris avec trois autres hommes pour le casse de son agence près des Champs-Elysées en 2019, un directeur de banque a assuré mardi avoir été « embarqué », malgré lui, dans une « folie ».
Costume bleu marine, chaussures de cuir, cheveux courts, Kamal J. a gardé l’allure du directeur de banque privée d’un quartier huppé.
Seul prévenu dont le casier soit encore vierge, il se présente comme un homme « tétanisé » devant le tribunal correctionnel qui le juge pendant trois jours pour vol en réunion, séquestration, association de malfaiteurs et blanchiment.
Le 22 janvier 2019 au matin, Kamal J. vient d’arriver à son agence de la banque Milleis. Il fume une cigarette sur le trottoir, quand un homme lui intime d’entrer dans la banque avec lui. Trois complices les rejoignent.
Lorsque le guichetier arrive, une dizaine de minutes plus tard, il se retrouve face à un des voleurs, le visage dissimulé derrière un masque en silicone.
Le malfrat lui plaque une arme contre la joue, selon sa déposition, et l’avertit: le directeur porte une ceinture d’explosifs. L’employé, effrayé, se laisse ligoter. L’arme et les explosifs sont en fait factices.
« Délicats » avec le guichetier, selon sa déposition, agressifs avec le directeur, les malfaiteurs filent au sous-sol et demandent à Kamal J. d’ouvrir la chambre forte. 68 coffres seront alors forcés et vidés.
Le casse aura duré trois heures, sans rien pour perturber les malfaiteurs.
Pas d’alarme déclenchée, et sur la devanture, une affichette apportée par les voleurs: fermeture exceptionnelle. Elle indique un numéro de téléphone... censé n’être connu que des employés. Tous ces éléments intriguent les policiers: le directeur serait-il le cerveau du casse ?
A l’audience, Kamal J. déroule le récit d’un homme certes impliqué mais surtout dépassé, « embarqué dans ce projet complètement fantaisiste » accepté sous la contrainte.
Pour expliquer comment il est passé des clients « haut de gamme » à l’implication dans un braquage, il raconte avoir eu besoin d’argent pour investir avec un ami. Le projet: lancer une compagnie aérienne au Tchad, avec l’appui d’une riche et mystérieuse héritière libyenne.
Selon son récit, c’est Hicham E., une connaissance « qui se présente comme un chef d’entreprise », qui lui propose un prêt: « Il m’a dit "si tu es d’accord pour que je braque la banque, je vais le financer" ».
Lui aussi poursuivi, Hicham E. est en fuite et fait l’objet d’un mandat d’arrêt.
« Vous êtes banquier et personne d’autre ne peut vous prêter ces 40.000 euros ? », s’étonne la présidente du tribunal.
« Je n’étais plus moi-même », avance le directeur. « Je suis un idiot d’avoir accepté de rentrer dans cette folie ». Il dit avoir tenté de tout arrêter, sans succès.
Pourquoi alors n’a-t-il pas actionné l’alarme lors du braquage, demande la présidente.
« J’avais peur de mourir », se justifie-t-il. « J’étais impliqué, je me suis dit: autant que ça se passe bien et qu’ils s’en aillent ».
Dans le box, Alexandre A., 41 ans, fait doucement non de la tête quand le directeur dit avoir été menacé. « Musclor » - son surnom - assure que le rôle du directeur est plus important que ce qu’il prétend, et minimise le sien: « J’ai dit oui parce que j’étais dans une situation de précarité, compliquée émotionnellement ».
Dans la banque, il a eu beau prendre le temps d’éparpiller un peu partout des cheveux récupérés dans un salon de coiffure, pour brouiller les pistes et la recherche d’ADN, c’est son profil génétique trouvé sur place qui l’a trahi.
Il a été arrêté en Espagne en 2020, après six ans de cavale à la suite d’une précédente condamnation pour vol aggravé et association de malfaiteurs.
Un quatrième prévenu comparaît pour association de malfaiteurs, accusé notamment d’avoir aidé Alexandre A. à obtenir un faux passeport.
Un cinquième homme, Abd el Basset Z., 60 ans, devait être jugé. Opéré il y a un an d’un « traumatisme crânien et d’une hémorragie cérébrale », il est « inapte » à comparaître, a estimé son avocate, Me Marie Violleau, qui a demandé qu’il soit jugé séparément. Le tribunal a renvoyé son procès au 10 janvier 2025.

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