Dans le sud-ouest en feu, des évacuations en cascade face aux "deux ogres de l'été"
Environ 67.000 vacanciers et résidents fuyaient vendredi les violents incendies dans les départements voisins des Landes et de la Gironde, où sévissent les "deux ogres de l'été", selon la préfète girondine.
L'incendie parti mercredi de Saumos (Gironde), progressant dans une forêt de pins dense, a déjà parcouru 12.500 hectares, soit plus que la surface de Paris. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a parlé à l'AFP du "plus gros feu de la saison". Un incendie "XXL, imprévisible et vorace", a renchéri Sophie Brocas, préfète de Gironde.
Malgré une "lutte acharnée" du millier de sapeurs-pompiers engagés, la nuit de jeudi à vendredi a ressemblé à un enfer, dans une situation "pire" que lors des mégafeux de 2022: "Pendant plusieurs heures", la vitesse de propagation du feu était de "800 à 1.000 hectares à l'heure", a décrit Marc Vermeulen, patron du service départemental d'incendies et de secours de la Gironde (Sdis 33).
L'ordre a alors été donné d'évacuer en totalité la très touristique presqu'île du Cap-Ferret et ses 40.000 habitants estivaux. Cela se fait par l'unique route et par une noria de bateaux, selon un scénario prévu et répété l'an passé par les autorités.
"Ma priorité c'est de protéger les vies et les populations, j'ai décidé (...) d'évacuer Le Porge et Lège-Cap-Ferret", a relaté Mme Brocas, annonçant aussi les évacuations préventives des communes du Temple et de Saumos dans les terres, ainsi qu'Arès et Andernos autour du bassin d'Arcachon.
Dans l'après-midi, la préfecture a annoncé que "44.000 personnes ont été évacuées en deux jours".
Dans le gymnase d'Andernos, des évacués de la nuit vont devoir repartir. Maria Lalanne, une habitante de Lège-Cap-Ferret, 90 ans et sans famille, a laissé derrière elle son appareil auditif et ses lunettes. "Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Je ne sais pas comment est ma maison, si ma maison a brûlé..."
Dans le camping Le Spot au Cap-Ferret, on n'entend plus que le bruit des cigales. Sur des tables trônent des bouteilles de sirop et des paquets de chips entamés, une porte de caravane est restée ouverte...
Pour le moment, il n'y a aucun décès à déplorer mais 53 maisons détruites, ainsi qu'un camping, mais aussi "2.000 maisons sauvées", selon les autorités.
Les prévisions météorologiques inquiètent les pompiers: "Le vent risque de basculer à l'ouest avec des rafales de 80 km/h et des orages secs", a relevé Marc Vermeulen, qui compte 27 pompiers pris en charge dont 6 transportés à l'hôpital.
Pour David Lafforgue, commerçant du Cap Ferret et élu de la commune, qui s'y trouvait encore en milieu de journée après avoir évacué sa famille de nuit, "tout a été géré de façon fluide (...) les valises étaient prêtes, les gens étaient calmes".
A l'embarcadère du Cap-Ferret, Cécile Maumy se retourne vers la ville et lâche: ""il n'y a pas un chat, on dirait le Covid, c'est fou".
"Très soudain"
Des moyens importants sont déployés: 4 Canadair et 3 hélicoptères bombardiers d'eau, des renforts humains venus de toute la France. Mais il va falloir, selon les secours, un nécessaire "partage des ressources" avec l'autre feu, celui des Landes.
Celui-ci a été déclenché par l'incendie accidentel d'un véhicule jeudi après-midi près de Biscarrosse et s'est rapidement propagé, parcourant plus de 2.600 hectares, selon le Sdis des Landes.
"Très soudain, très violent, très rapide", il a déjà causé d'importants dégâts, avec 105 habitations et bâtiments "touchés par les flammes", "voire détruits", a déclaré le préfet Gilles Clavreul à la mi-journée.
À ce stade, 18.000 personnes ont été évacuées de la commune balnéaire et 5.000 d'un camping voisin à Parentis.
Quelque 500 sapeurs-pompiers luttent contre les flammes. Des travaux de terrassement et des contre-feux tactiques ont été lancés pour tenter d'endiguer la progression du feu, avant le changement de direction du vent, redouté là aussi.
Une des entrées de la ville est déserte, fermée à la circulation et enveloppée dans un brouillard de fumée et une odeur étouffante de brûlé, selon une journaliste de l'AFP. Seuls circulent des camions citernes de pompiers.
Seuil des 50.000 ha dépassé
Selon le ministre de l'Intérieur, "actuellement on a 32 feux en cours, qui n'ont évidemment pas tous la même importance".
"On a dépassé le seuil des 50.000 hectares qui ont été brûlés depuis le 1er janvier de cette année. Par rapport à l'an passé, c'est quasiment fois trois".
Laurent Nuñez a également annoncé un transfert d'une partie des moyens déployés jusqu'à présent dans le Sud-Est, "où les choses s'améliorent un peu", vers la Gironde et les Landes.
Dans le Var, les 800 sapeurs-pompiers engagés comptent sur une météo plus favorable pour "contrôler et noyer" l'incendie en cours depuis quatre jours qui a parcouru 3.700 ha, mais estiment encore "prématuré" de le "fixer".
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, un phénomène accentué par les récentes canicules exceptionnelles. Selon une étude publiée jeudi par des climatologues du groupe World Weather Attribution, le changement climatique provoqué par les activités humaines rend la sécheresse actuelle plus sévère.
Les incendies surviennent après que deux sapeurs-pompiers sont morts, mardi, lors d'un feu près de l'aéroport de Bordeaux, après un précédent décès en Savoie début juillet. Les syndicats de la profession dénoncent un manque de moyens et "l'épuisement" des troupes.
"L'inquiétude, s'il doit y en avoir une, évidemment elle porte sur l'état de fatigue des hommes et des femmes qui s'engagent", a assuré M. Nuñez, car "il faut évidemment tenir toute la saison".
al-cas-lcr-jed/sla/swi

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