El Niño : l'essentiel de la semaine
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El Niño : l'essentiel de la semaine

La secrétaire générale de l'OMM Celeste Saulo, à gauche, et le sous-secrétaire général des Nations unies Tom Fletcher, à Genève, le 21 octobre 2026, en Suisse
La secrétaire générale de l'OMM Celeste Saulo, à gauche, et le sous-secrétaire général des Nations unies Tom Fletcher, à Genève, le 21 octobre 2026, en Suisse • FABRICE COFFRINI

Inondations en Argentine, incendies meurtriers au Pérou, sécheresse en Guyane... Les effets d'El Niño continuent à se faire sentir à travers le monde, menant à un appel de l'ONU pour une "action anticipée" face à ce phénomène climatique qui cette année représente "une véritable force destructrice".

 

Un phénomène "sans précédent"

L'épisode actuel d'El Niño "pourrait être d'une intensité sans précédent, dépassant littéralement les échelles de suivi" utilisées "depuis quatre décennies", a alerté mercredi la secrétaire générale de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) de l'ONU, Celeste Saulo, lors d'une conférence de presse.

Elle a appelé à "une action anticipée urgente et coordonnée" face aux chocs à attendre de ce phénomène qui "atteindra son intensité maximale vers la fin de 2026", mais dont les "répercussions se feront sentir bien après cette échéance", a-t-elle mis en garde.

"Cela engendrera des chocs économiques pour l'économie mondiale et alimentera davantage les conflits, les déplacements de populations et les migrations", a prédit au cours du même événement le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Tom Fletcher.

"Cet épisode El Niño est un phénomène colossal. C'est une véritable force destructrice (...). Il va frapper de plein fouet l'Amérique latine, l'Afrique orientale et australe, l'Asie ainsi que la région du Pacifique", a-t-il dit.

 

"Un mètre d'eau chez moi"

 

"D'un jour à l'autre, un mètre d'eau s'est engouffré chez moi", a témoigné auprès de l'AFP Juan Pablo Gómez, un habitant de la ville argentine touristique de Paso de la Patria au nord-est du pays, en raison d'inondations liées à El Niño qui ont coûté la vie à deux personnes ces derniers jours.

Dans certaines parties de la ville, seuls les toits des maisons sont hors de l'eau. Sur un terrain de football, seule la barre transversale d'un but est encore visible.

La semaine dernière, plus de 2.000 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile dans le nord-est du pays, face à des précipitations qui ont accru le débit des fleuves Paraná, Uruguay et Iguazú, qui bordent distinctement l'Argentine, le Brésil, le Paraguay ou encore l'Uruguay.

 

Des incendies meurtriers au Pérou

 

"Nous avons une énorme masse d'air chaud et sec sur l'ensemble du Pérou. C'est un produit d'El Niño", a dit à l'AFP le biologiste forestier Daniel Valle, enseignant à l'Universidad Científica del Sur, pour expliquer des incendies meurtrier au Pérou.

Au moins 12 personnes sont décédées depuis juin dans le pays dans des incendies de forêt attisés par El Niño qui ont laissé des centaines de sinistrés, ont indiqué en milieu de semaine dernière les autorités. 

La plupart des morts sont des paysans qui ont subi de graves brûlures et des asphyxies alors qu'ils tentaient de maîtriser les flammes par leurs propres moyens.

 

Sécheresse inquiétante en Guyane

 

La Guyane subit depuis plusieurs mois un important déficit pluviométrique sous l'effet d'El Niño. Le trafic fluvial s'est progressivement interrompu en raison d'une forte baisse du niveau des cours d'eau du territoire.

Les autorités ont mis en place un pont aérien pour ravitailler 40.000 habitants de communes isolées, dépourvues d'accès routier. 

L'objectif est d'assurer l'acheminement de biens de première nécessité à un prix raisonnable, le maintien du service public de l'éducation pour la rentrée des vacances de la Toussaint et le bon fonctionnement des moyens de production d'eau potable, y compris sur le littoral.

 

El Niño en chiffres

 

874.000 : le nombre de personnes qui pourraient être contraintes de quitter leurs foyers en Somalie au cours des trois prochains mois en raison d'inondations, a alerté l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

La saison des pluies devrait, selon les prévisions, être marquée par des précipitations supérieures à la normale dans le pays avec le renforcement d'El Niño, a souligné l'OIM mercredi.

L'organisme affirme n'avoir obtenu qu'environ 14,4 % des 16,62 millions de dollars nécessaires pour préparer la réponse aux inondations.

Quatre : le nombre de mois consécutifs de records mensuels de températures en Colombie, pays où le thermomètre a dépassé d'environ 1,5°c les normales en juillet, août et septembre, selon une analyse de l'AFP des données du centre européen Copernicus.

 

El Niño responsable, mais quand ?

 

Face aux événements extrêmes qui se multiplient, pourquoi est-il difficile d'attribuer formellement un événement à El Niño ? 

"On peut comparer El Niño à une autoroute, les phénomènes météorologiques étant les véhicules qui y circulent. El Niño ne permet pas de prédire la vitesse d'un véhicule en particulier, ni la voie sur laquelle il se trouve, et il arrive parfois que des véhicules quittent ou rejoignent soudainement l'autoroute", relève auprès de l'AFP Michelle L'Heureux, physicienne à l'agence américaine de météo, la NOAA.

"De la même manière, les caractéristiques spécifiques des phénomènes météorologiques seront influencées par des facteurs autres qu'El Niño", poursuit-elle.

"Cependant, El Niño peut rendre certains phénomènes météorologiques plus ou moins probables au cours d'une saison, on ne peut simplement pas attribuer l'intégralité d'un phénomène météorologique ou d'un événement extrême associé uniquement à El Niño, car d'autres facteurs jouent également un rôle important", affirme la physicienne.

Pour Davide Faranda, directeur de recherche au CNRS, "il ne suffit pas de constater qu'un événement survient pendant un épisode El Niño pour conclure qu'il en est la cause. Il faut comparer les conditions observées à ce que l'on aurait attendu en l'absence de ce phénomène, tout en tenant compte du changement climatique et de la variabilité naturelle."

bur-alb/jum/lpt

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