« Nous ne sommes pas des mendiants ! » : Manuel Valls au contact des producteurs
Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, a profité de sa visite pour découvrir le marché couvert du Lamentin. Une plongée dans l'économie locale. Entre produits frais, kombucha et caméras.
Costume sombre, démarche rapide, Manuel Valls fait son entrée sous les halles du marché du Lamentin. Entouré de vigiles et suivi de près par une nuée de téléphones brandis, il salue brièvement l'attroupement avant d'être accueilli par Alex Brighton, premier adjoint au maire. Remplaçant David Zobda, absent pour raisons de santé, il livre un discours chargé d'attentes : « Ici, au marché, nous sommes au plus près des réalités du quotidien. Nos agriculteurs, nos marchands, nos consommateurs sont les premiers témoins et acteurs d'une économie qui cherche à s'adapter avec courage. » Dans un murmure, une conseillère glisse au ministre : « Peut-être pouvons-nous faire un tour du marché avant de prendre la parole ? » Le ministre opine et s'enfonce dans les allées.
Claudie Vetro, vice-présidente de la Cacem*, joue les guides. Elle rappelle l'histoire du marché, lieu d'échanges et d'animations, notamment lors des fêtes de Noël et de Pâques. Sur les étals, les produits du terroir foisonnent. Manioc, épices, fruits tropicaux, tandis que les effluves de piment et de gingembre s'entremêlent dans l'air moite.
Le ministre s'arrête devant un artisan-fabricant de kombucha. Il goûte, s'amuse : « Je vais devenir un bon ministre avec ça ? » Rires dans l'assemblée.
Il enchaîne avec l'association Bio Plant, l'une des rares filières bio de Martinique. Face aux maraîchers, le discours est rodé : « Il faut vraiment qu'on arrive à faire baisser les prix, notamment en agriculture, et développer le circuit court. »
Un vendeur de piments végétariens lui tend un sachet en cadeau : « Ça ne brûle pas, j'espère ? Sinon, je vais le donner aux journalistes. » Humour et discussions plus sérieuses s'entremêlent et les échanges reviennent rapidement sur les difficultés d'approvisionnement et les coûts de production.
Dégustations et échanges francs
Après quelques échanges au stand boucherie, l'ambiance se durcit. Jessy Ravier, une productrice, interpelle Manuel Valls : « Aujourd'hui, nous demandons plus de moyens et plus d'actions. Ça traîne au niveau des dossiers et des aides. Nous ne sommes pas des mendiants, nous sommes des chefs d'entreprise. »
S'ensuit une prise de parole de Jean-Rémi Duprat, directeur de la DAAF*. Accompagné de deux inspectrices vétérinaires et phytosanitaires, il détaille les contrôles rigoureux mis en place : « Grâce à des inspections régulières, nous maintenons un taux de non-conformité très bas, entre 2 et 3 %. » Un débat s'installe sur la traçabilité des produits et la nécessité de renforcer les contrôles pour garantir la sécurité alimentaire.
L'heure tourne. L'agenda du ministre est millimétré. Claudie Vetro note : « On sent que vous prenez plaisir à déambuler dans notre marché. » Un sourire en guise de réponse, et Manuel Valls se dirige vers la sortie, emmenant avec lui une panoplie de cadeaux. Dans la foule, une voix lâche, fataliste : « C'est bien... Même si ce ne sont que des mots... » Dans le marché couvert, la vie a déjà repris son cours.
*Communauté d'agglomération du Centre de la Martinique **Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt
Patrick, agro-transformateur
« C'était la première fois que je m'adressais à un ministre, et il m'a semblé intéressé et sincère dans sa démarche d'aide à l'agriculture locale. J'espère que nos doléances seront bien relayées en métropole et que le gouvernement nous donnera les moyens de développer notre activité. Nos produits locaux sont riches en vitamines et méritent d'être mieux valorisés. »
Philippe, client régulier au marché du Lamentin
« Ce qui me préoccupe, ce sont les prix, bien trop élevés. L'alimentation est devenue inabordable, que ce soit en supermarché ou ailleurs. J'espère que quelque chose sera fait si c'est possible. Concernant
les produits locaux, j'achète régulièrement ici, le vendredi et le samedi. J'ai mes vendeurs habituels, ce qui me permet de négocier. »
Manuel Valls, ministre des outre-mer
« Les Martiniquais attendent aussi une baisse des prix sur les produits agricoles de qualité, notamment bio. L'éducation à une bonne alimentation et la formation des jeunes à des métiers d'avenir sont aussi des enjeux majeurs. Tout un travail doit être mené. Les collectivités ont besoin de soutien, et l'État sera un partenaire actif, notamment avec la ville du Lamentin. »
Libna, agricultrice spécialisée dans le bio
« Obtenir des graines et du terreau bio est un véritable parcours du combattant. Les certifications exigent un cahier des charges long et complexe, et l'absence de distribution locale complique encore les choses. Le coût est aussi un enjeu : les prix sont fixés à l'année mais la production reste fortement impactée par les saisons. L'installation des jeunes agriculteurs est un autre obstacle majeur, en raison d'une lourdeur administrative décourageante. J'ai déposé mon dossier en 2019 et, six ans plus tard, je commence seulement à m'installer. Les démarches auprès des institutions comme la CTM ou la DAAF sont interminables. Quant à Manuel Valls, je pense qu'il est conscient des difficultés des territoires ultramarins et qu'il souhaite agir en notre faveur. Reste à voir si la politique suivra. »

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