Le Code noir officiellement abrogé à l'Assemblée nationale
Deux siècles après son abolition, le texte qui organisait juridiquement l'esclavage dans les colonies françaises a été officiellement abrogé jeudi 28 mai par les députés à l'Assemblée nationale.
Portée par le Guadeloupéen Max Mathiasin, la proposition de loi marque une étape symbolique majeure dans les revendications mémorielles et les demandes de réparations portées par les Outre-mer.
C'est un vote historique que l'Assemblée nationale a adopté jeudi 28 mai. À l'unanimité, les députés ont validé l'article premier de la proposition de loi portée par le député guadeloupéen Max Mathiasin, abrogeant officiellement le Code noir, édit royal promulgué en 1685 sous Louis XIV pour organiser juridiquement l'esclavage dans les colonies françaises.
À la tribune, l'émotion a traversé l'hémicycle. " L'asservissement et la déshumanisation d'êtres humains pour en tirer le maximum de profits " : c'est ainsi que Max Mathiasin a résumé ce texte fondateur du système esclavagiste colonial.
Des prises de parole chargées d'histoire
Plusieurs députés ultramarins ont livré des interventions marquées par l'histoire familiale et la mémoire de l'esclavage. En larmes, le député martiniquais de l'Essonne Steevy Gustave a évoqué son arrière-grand-mère et son ancêtre " réduit en esclavage sous le matricule 336 ".
" Aujourd'hui, son arrière-petit-fils se tient debout devant vous, député de la République ", a-t-il déclaré devant une Assemblée silencieuse.
Le gouvernement a soutenu la proposition, conformément à l'engagement pris par Emmanuel Macron lors de la commémoration des 25 ans de la loi Taubira, le 21 mai dernier. À la tribune, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a estimé que " certains textes, même relégués dans les marges de la République, ne peuvent plus être conservés ".
Le débat des réparations relancé
Au-delà de la portée symbolique du vote, les débats ont rapidement ravivé la question des réparations et des héritages coloniaux encore présents dans les Outre-mer.
L'article 2 du texte, adopté par 159 voix contre 51, prévoit la remise d'un rapport parlementaire recensant les dispositions issues du droit colonial toujours en vigueur dans les territoires ultramarins. Une mesure combattue par le Rassemblement national, dont le député Julien Odoul a dénoncé une lecture " divisant les Français ".
Pour les élus ultramarins de gauche, cette reconnaissance ne peut rester un simple geste mémoriel.
Près de 180 ans après l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, l'abrogation officielle du Code noir vient refermer une anomalie juridique longtemps dénoncée par les élus et associations ultramarines. Un geste hautement symbolique, mais qui ouvre désormais un nouveau débat sur les conséquences contemporaines de l'histoire coloniale française.

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