Baisse des prix sur les 7000 produits : les consommateurs mitigés
Le protocole d'accord signé mercredi soir vise en premier lieu à améliorer les conditions de pouvoir d'achat des consommateurs. Ces derniers expriment des avis partagés sur les résultats des négociations, après un mois de mouvement social.
L'accord signé ce mercredi soir par l'ensemble des acteurs économiques et décideurs politiques clôt une période de tables rondes fleuves, de concertations et de négociations complexes. En résulte un protocole signé, dans lequel est stipulée une baisse des prix significative sur 7000 produits du quotidien, effective dès le 1er janvier 2025. Des négociations qui ne se seraient pas déroulées sans les soulèvements populaires qui ont permis de remettre la population au cœur des décisions politiques. Dans ce cadre, nous sommes allés à la rencontre des premiers concernés, les consommateurs, pour avoir leurs avis quant à cette évolution.
"On espère que ça va changer la vie, c'est une bonne chose," s'exclamaient deux sœurs retraitées, entre deux emplettes dans le centre-ville de Fort-de-France. "On n'a pas une bonne retraite, on ne peut pas acheter de viande, par exemple. Même si on prend des choses bon marché, ça reste cher quand même." Elles le voient d'un bon œil, avec un impact positif sur leur quotidien : "Il y a une époque où on pouvait se faire plaisir et maintenant non. On va voir ce que ça va donner."
Une réaction similaire de la part de A.A, salariée dans l'administratif, à la mine soulagée. Elle invite dans un premier temps à savourer cette première avancée : "Il faut se satisfaire de ce qu'on a pu gagner. Pour faire simple, dans mon quotidien, je ne fais pas de courses dans les grandes surfaces, pas en hypermarché. Je vais vers les grossistes. C'est trop cher. Maintenant, je pourrai recommencer à y aller. Un caddie de courses en hypermarché, c'est seulement pour l'eau et les papiers en promos. Ça aura un impact significatif". La jeune femme indique un second temps qu'il faut toutefois garder le cap initial : 'Il faut continuer à négocier. Si ça se poursuit pour qu'on gagne davantage, c'est encore mieux.'"
Même son de cloche du côté de M. Vaudran, retraitée : "C'est un bon début, il fallait faire quelque chose de toute façon. Souvent, j'ai très peu de choses dans mon caddie et ça me coûte 100 à 200 euros pour le peu que j'ai. Je pense qu'il faut qu'on continue à travailler là-dessus."
Certains, attendent de constater comment les choses vont orienter leur pouvoir d'achat avant de se prononcer, comme Takumi, jeune actif, qui s'interroge : "Je ne suis pas vraiment sûr que ça aura un impact, parce que les produits qui vont baisser, est-ce que ce sont ceux que je mange ? Que j'achète ? Il faudrait que je vois sur mes achats du quotidien."
Cependant, beaucoup ne se réjouissent pas de cette avancée et prennent de la distance avec la baisse des prix prévue. Méfiance, insatisfaction, déception, toutes les raisons sont évoquées pour ne pas faire confiance à ce protocole. C'est le cas par exemple de S.C., salarié dans le domaine du transport et père de famille nombreuse : "Ma femme et moi avons de très bons salaires. Nous gagnons bien notre vie. Et pourtant, nous sommes obligés de faire des restrictions sur le plan alimentaire, quand même," indique-t-il avant de continuer : "Pourtant, cette baisse des prix, je pense qu'elle n'aura aucun impact. Est-ce qu'il y aura des produits de qualité aussi ? Et 7000 produits sur 40 000, c'est mince. C'est une avancée, mais il faut qu'on arrête de s'estimer heureux pour si peu. C'est à des années-lumière de ce qui devait être fait selon moi."
Avis partagé par Chou et Léna, deux consommateurs qui ne cachent pas leur soutien au mouvement contre la vie chère et leur méfiance vis-à-vis de la grande distribution. Une question qui, d'ailleurs, est indissociable de l'association RPPRAC selon eux : "Moi, je suis à 1000 pour cent avec eux," déclare Chou. "Regardez qui a signé ? C'est la grande distribution. Et ceux qui sont à l'initiative du mouvement n'ont pas signé. Pour moi, il fallait baisser sur tout, tout, tout."
Des propos appuyés par Léna, qui interroge le monopole des grossistes en Martinique, en ajoutant : "Effectivement, ils auraient pu faire une baisse des prix sur tous les produits. Ça va peut-être changer des choses pour certaines personnes, mais comme dit le R, ce n'est pas tout le monde qui mange la même chose. Et puis, quand tu vois la qualité de certains produits, tu te dis non. Pour moi, ce protocole, c'est un coup d'épée dans l'eau."
En somme, cette baisse des prix génère des avis clivants et ne semblent pas encore répondre aux revendications des consommateurs. Si certains accueillent cette baisse avec optimisme et soulagement, un grand nombre restent méfiants et interrogent la portée réelle de ces mesures, en attendant des résultats concrets. L'avenir dira si cet engagement saura véritablement améliorer le pouvoir d'achat de la population et, plus largement, les conditions de vie.

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