Aéroport de Martinique : la Cour des comptes passe au crible la gestion de l'infrastructure
La crise sanitaire de 2020 et 2021 a fortement affecté les résultats de la Société aéroport Martinique Aimé Césaire (Samac). Le retour du trafic en 2022 et les effets de la nouvelle mise en concurrence des commerces de la galerie commerciale ont permis le retour des bénéfices. Cependant, la Cour des comptes note que ce redressement ne pourrait être qu’un "trompe l’œil".
Le rapport a été rendu public le 11 avril dernier. Dans un document de 91 pages, la Cour des comptes dresse le bilan sur plusieurs années de la Société aéroport Martinique Aimé Césaire (Samac) qui gère, avec l'Etat (actionnaire majoritaire), la Chambre de commerce et d'industrie et des collectivités locales, l'aéroport international de la Martinique.
La Cour des comptes s'est penchée sur les exercices de l'entreprise publique, entre 2017 et 2022. Le chantier d'extension de l'infrastructure, démarré en 2018, est avant tout pointé du doigt. Retardé en raison de la crise sanitaire lié au Covid-19, il a également essuyé quelques plâtres. "Un peu plus d’un an après le début du chantier d’extension de l’aérogare, celui-ci a été brutalement interrompu à la suite de la défaillance du principal mandataire du groupement de conception-réalisation chargé des travaux, observe la Cour des comptes. Cette défaillance révèle un manque de vigilance dans l’appréciation de la situation financière des entreprises candidates. Cette situation de crise a été aggravée par les effets de la pandémie de Covid".
La gouvernance de la Samac a donc été confrontée à la gestion de plusieurs crises. La juridiction financière va même plus loin : "C’est pourtant dans ces conditions que la décision de relancer le chantier a été prise, suscitant des inquiétudes du conseil de surveillance que le directoire n’est pas complètement parvenu à dissiper. La situation a révélé la faiblesse du pilotage financier et des capacités des équipes. En particulier, aucun plan d’affaires permettant de s’assurer de la rentabilité de l’investissement sur le long terme n’a jamais été établi. Pour autant, si le cahier des charges de la concession avait été strictement respecté, la Samac aurait pu s’appuyer sur une procédure et une documentation solides pour sécuriser et formaliser sa maîtrise des risques".
En bref, l’augmentation de la dette et la hausse prévisible des charges de fonctionnement liée à l’extension de la plateforme et aux amortissements devraient peser sur les résultats de la Samac dès la mise en service de la nouvelle aérogare, prévue pour augmenter le nombre de passagers d'ici 2025.
C'est en ce sens que la Cour des comptes a opté pour six recommandations :
- Tout d'abord, la mise en place une procédure formelle de préparation des conseils de surveillance, réunissant l’ensemble des services de l’État (Direction générale de l'aviation civile (DGAC), l'APE, le préfet délégué à la sécurité et les douanes).
- Puis, un encadrement par des seuils et des obligations de double signature les pouvoirs bancaires délégués aux membres du directoire.
- Mais aussi, concernant les procédures de la commande publique, une fixation de la liste des documents que les candidats doivent impérativement fournir pour l’évaluation de leur situation financière et limiter le rôle d’un éventuel ATMO à l’appréciation de leurs compétences techniques.
- Établir sans attendre une trajectoire financière à long terme, en documentant les différents scénarios et les priorités en matière d’investissement, en concertation avec la DGAC.
- Mettre en place une procédure et des outils de pilotage financier pour les projets d’investissement engageant la Samac à hauteur de plus de 10 % de son chiffre d'affaires (actuellement de 53,84 M€).
- Réaliser périodiquement un inventaire physique des immobilisations pour le réconcilier avec l’inventaire comptable et spécifier en annexe aux comptes la répartition de l’actif immobilisé par statut (biens de retour, de reprise et biens propres).
Afin de maîtriser sa trajectoire et l’évolution de ses charges d’exploitation, la Cour des comptes encourage aussi la Samac à "poursuivre le renforcement de ses outils de pilotage encore embryonnaires" ou encore que la société élabore et partage avec son conseil de surveillance un plan d’affaires à long terme et qu’elle "clarifie à cette occasion l’incidence sur ses comptes de la fin de la concession en 2049 afin de sécuriser ses futures décisions de gestion".
La juridiction termine son rapport en expliquant que le maintien des marges pourra difficilement être obtenu "sans un accroissement du trafic et donc sans stratégie commerciale offensive dans un contexte rendu complexe par la baisse de la démographie de l’île, le renchérissement prévisible des billets d’avion et la contestation croissante de l’empreinte carbone du transport aérien."
Vous pouvez retrouver le rapport en intégralité en cliquant ici.
Pour rappel, l'aéroport de Martinique est le troisième de l’Outre-mer, derrière celui de la Guadeloupe et celui de la Réunion. Il est le douzième aéroport régional français. Ses effectifs évoluent autour de 140 salariés. Avec un peu moins de deux millions de passagers par an en moyenne il est, de loin, la première porte d’entrée de l’île. . Environ deux tiers des vols relient l’Europe (tourisme et trafic affinitaire), et un quart concerne le trafic antillais.

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