René Bélénus : "L'abolition arrive dans une Guadeloupe encore traumatisée par les événements de 1802"
Le 27 mai 1848, les décrets écrits par la commission d'abolition menée par Victor Schoelcher sous l'ordre du gouvernement provisoire d'alors arrivent en Guadeloupe. L'esclavage est officiellement aboli. Mais la Guadeloupe reste une profondément meurtrie par les événements de 1802, et l'industrie du sucre doit, quant à elle, faire face aux bouleversements de la révolution industrielle. Entretien avec René Bélénus, historien, chercheur et écrivain.
Quelle est la situation de la Guadeloupe entre 1802 et 1848 ?
La Guadeloupe est un pays traumatisé. Après la guerre, la répression a été féroce. Les morts, les pendaisons, les déportations, cela fait beaucoup pour un petit pays qui n’était pas habitué à la guerre. Un fait le démontre d’ailleurs, il n’y aura aucune révolte d’esclaves entre 1802 et 1848.
Pour ce qui est des maîtres, ils sont profondément marqués par le syndrome Haïtien. Cela signifie qu'ils craignent une révolte de type Haïtien avec un soulèvement général. Pour s'en prémunir, ils mettent une énorme pression sur les esclaves.
Or, s'il reste une traite clandestine entre 1802 et 1832 avec quelques arrivées de bateaux négriers. En 1832, il n'y aura plus aucune arrivée d'esclaves d'Afrique. Les maîtres doivent faire attention à la main d'œuvre mais en même temps pour maintenir la peur, on les torture, on les frappe et les punit durement. Les comportements excessifs sont tels, que le gouvernement déclenche une inspection en 1840 pour obliger les maîtres à arrêter ces brimades. Mais ses résultats sont anecdotiques.
Comment les maîtres appréhendent-ils la montée du courant abolitionniste en France ?
Les maîtres redoutent l’abolition, ils lisent la presse française, et se préparent à affronter ce choc, ils sont inquiets de ce qui va se passer après. Abolir oui, mais que deviennent-ils ? Ils n'ont pas d’influence à Paris, car ils ont été ébranlés par la guerre des deux sucres (sucre de canne et sucre de betterave). Ils sont en difficulté économique et leur situation est aggravée par le tremblement de terre de 1843 qui va coucher toutes les sucreries.
D'autre part, il faut comprendre que nous sommes dans un contexte de révolution industrielle, et cela change tout. La production du sucre de canne fait l'objet d'une transition du modèle de l'habitation-sucreries vers l'usine-centrale avec ses machines. C'est une évolution que les Anglais anticipent et c'est pour cela qu'ils abolissent l'esclavage en 1833.
S’agissant des esclaves, ils subissent. Si on lui parle de liberté, pourquoi pas ? Mais sans savoir vers quoi cela va les mener.
Quel est le rôle exact de Victor Schoelcher dans l’abolition ?
Schoelcher propose à François Arago, chef du gouvernement provisoire d'alors, de faire un geste en faveur des esclaves de colonie. Arago l'entend et le met à la tête de la commission d’abolition qui est chargée de préparer les décrets. Après deux mois de travail, elle produit donc le 27 avril 1848 lesdits décrets sauf que ceux-ci sont signés des membres du gouvernement provisoire et non de Schoelcher lui-même. Toujours, comme il est candidat aux législatives en Guadeloupe et Martinique et on fait croire aux noirs qu’il les a libérés.
Une fois libérés, quel est le statut des esclaves, sont-ils citoyens français ?
Les décrets de 1848 promulguent que tous les hommes noirs deviennent citoyens français à ce titre, ont le droit de vote. Les esclaves des anciennes colonies bénéficieront de ces droits civiques trois ans, et participeront à des élections. Puis, il y a un coup d'État en 1851, pendant 20 ans, c'est le Second Empire qui supprime le droit des Noirs à la citoyenneté. Il faut attendre 1871 pour que les Noirs aient de nouveau le droit de votre soit le retour de la République.

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