Quatre interpellations au village Prospérité en marge des dégradations à la Ceog
Après des dégradations et menaces la semaine dernière sur le site de la Ceog, une opération de gendarmerie a abouti au placement en garde à vue de quatre manifestants du village Prospérité, dont celle du Yopoto Roland Sjabere. Depuis, les représentants amérindiens manifestent devant la gendarmerie de Saint-Laurent-du-Maroni.
MAJ : A 19 h 15, les quatre manifestants du village Prospérité sont sortis de leur garde à vue. Au contraire des trois autres, la journée du yopoto Roland Sjabere s'est déroulée au sein de la gendarmerie de Sinnamary. Une enquête sur les dégradations et menaces perpétrées sur le site de la Ceog est en cours.
Opération de gendarmerie de grande ampleur tôt ce matin au village Prospérité, à Saint-Laurent-du-Maroni. La Fédération des organisations autochtones de Guyane témoigne en ce sens d'une "irruption au sein du village amérindien avec 15 fourgons afin d'arrêter et de menotter le chef coutumier du village Roland Sjabere." Le yopoto a d'ailleurs été arrêté et placé en garde à vue aux côtés de Philippe Lamboley (militant écologiste) et de deux autres habitants du village.
En réaction à ces interpellations, les Kali'na de Prospérité manifestent depuis devant la gendarmerie de Saint-Laurent-du-Maroni. Une trentaine d'entre eux étaient encore présents sur les coups de 14 heures ce 24 octobre. La gendarmerie précise que l'opération fait suite à une demande du parquet et que la garde à vue devrait durer 24 heures, le temps que les personnes interpellées répondent des dégradations et menaces perpétrées sur le site de la Centrale électrique de l'Ouest-guyanais (Ceog) la semaine dernière.
Suivez nos tweets en direct de ces événements ci-dessous :
#CEOG #Prospérité
— France-Guyane (@franceguyane) October 24, 2022
16h : Pas de nouvelles pour le moment, les esprits commencent à s'échauffer devant la gendarmerie pic.twitter.com/XVMAyzzsM8
Henry Hausermann, directeur général de la Ceog tient avant tout à rappeler "Cette centrale est complètement autorisée. Les opposants sont des groupes d'activistes minoritaires qui pénalisent l'ensemble de l'Ouest-guyanais. C'est un projet indispensable pour le développement de la Guyane, car le besoin en électricité est immense." Les dernières coupures à répétition à Maripasoula et sur le Maroni le montre.
Le directeur général du projet confirme ensuite avoir porté plainte en réponse aux actes subis sur le site de la future centrale électrique à hydrogène la semaine dernière. Il explique : "On a d'abord été encerclé sur le chantier, puis on a eu des barrages physiques qui nous ont empêché l'accès... des gens sont entrés avec des fusils et des sabres." Henry Hausermann dénonce également des "destructions d'équipement tels que des groupes électrogènes et des bungalows." Des images de vidéo surveillance illustreraient les infractions des manifestant interpellées, nous indique-t-on.
Charlène Sjabere, porte-parole des habitants, a prévenu : "Si le yopoto (Roland Sjabere ndlr) n'est pas libéré avant 16 h, on va mettre le feu au chantier de la Ceog. Les gendarmes disent qu'ils ont des questions à leur poser."
De son côté, Jean-Victor Castor, député de la 1ere circonscription de Guyane a "exigé leur libération immédiate."
Négation des autorités coutumières et Criminalisation du militantisme: 24 octobre en Guyane, le Yopoto Sjabere et des habitants du village Prospérité arrêtés juste parce qu’ils défendent leur lieu de vie. J’exige leur libération immédiate @yanuwana https://t.co/wYqMzleHma
— Jean-Victor Castor Député de la Guyane (@JVCastorGuyane) October 24, 2022
Lors de l'opération matinale au village, les gendarmes, obligé de reculer, ont envoyé une bombe lacrymogène. Ramero, un jeune de 19 ans, qui dit l'avoir reçu dans la tête, témoigne : "Les gendarmes sont venus, ont vu qu'il y avait plus de militants. On voulait déplacer les poubelles, ils nous ont lancé lacrymogènes. Je m'en suis pris une dans le visage, à dix mètres environ. Ça m'a brûlé, mais je n'ai pas de marque. C'était choquant ! Le matin, quand tout le monde dort, d'un coup, les chiens commencent à aboyer. Ils ont brusqué mon grand-père. Ils nous ont pas laissé approcher le yopoto quand ils l'ont embarqué."
De son côté, Henry Hausermann indique être "embêté par cette situation et espère une amélioration". Il prône la "tranquillité" et confie avoir une nouvelle fois proposé des rencontres avec les représentants du village le week-end dernier... sans retour positif.
La livraison de la centrale est attendue pour la fin de l'année 2024. Elle doit permettre d'approvisionner près de 10 000 foyers. Ces événements surviennent par ailleurs quelques semaines après la reprise des travaux sur le site.
À 18 heures, le Grand conseil coutumier s'est exprimé devant l'Université de Guyane pour réagir à ces interpellations. La déclaration de Sylvio Van Der Pijl, vice-président du GCC à retrouver en vidéo ci-dessous :
Christophe Pierre, candidat aux dernières élections législatives, a ensuite fait part de ses pensées : "Ils nous ont piétiné, ils ont insulté nos autorités coutumières et l'ensemble des peuples autochtones… Ils ont volé nos terres et aujourd'hui, nous sommes considérés comme des délinquants, arrêtés comme des terroristes. C'est pour cela que ce soir, je n'ai pas envie de lancer un appel au calme parce que ce qu'il s'est passé est inacceptable, c'est une démonstration de mépris, une insulte."
En réponse aux accusations de dégradations, celui qui est également le président des Jeunesses autochtones de Guyane a rétorqué : "Ce n'est pas le sujet. Ce qui est important, c'est que des personnes tentent de se faire respecter, de faire valoir leur droit millénaire, mais sont considérés comme des criminels. Nous jouons le jeu de l'État depuis un moment, mais s'ils veulent faire face à une résistance, on va se lever. On est prêt à se battre."

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