Policiers, racisme et pressions : l'affaire Auguste-Dédé prend une tournure politique
L'affaire des propos racistes présumés d'un collégien enflamme l'actualité du pays. Nos dernières informations sur le dossier.
L'affaire du collège Auguste-Dédé a dépassé le cadre scolaire. De nombreux élus locaux, partis politiques, associations et citoyens affirment leur position sur le sujet depuis mercredi 1er octobre. Des sanctions sont demandées à l'encontre du couple de policiers qui aurait fait pression contre la direction de l'établissement et défendu leur enfant, en classe de 5e, qui aurait tenu des propos racistes.
Gabriel Serville, président de la Collectivité territoriale (CTG) demande que "des mesures claires soient prises. Affirmer que "les Noirs doivent retourner dans les champs de coton" est d'une gravité inacceptable. Ces paroles offensent notre mémoire collective, heurtent la dignité des élèves et bafouent les valeurs qui fondent notre société."
Selon une source interne, c'est l'enfant des policiers qui se serait d'abord fait traiter de "sale blanc" par plusieurs de ses camarades. Il y aurait eu une médiation avec tous les élèves concernés. Ces derniers auraient tous reçu la même punition. Le parent policier aurait alors refusé que son fils soit puni, considérant qu'il était victime.
Selon des messages sur les réseaux sociaux, les parents de l'élève auraient mentionné "avoir les bras longs" à la direction du collège.
Vol bleu demandé
L'application d'une punition à l'enfant, sous la forme d'une lettre de réflexion, jugée légitime par beaucoup, a donné lieu à deux plaintes des parents pour harcèlement et injures publiques. "Un parent d'élève peut-il user de sa position pour obtenir un traitement judiciaire disproportionné ? Si tel est le cas, nous sommes face à un abus de pouvoir", estime le Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES). Le parti politique avance que "ceux qui méprisent notre pays, notre histoire, n'ont rien à faire ici. Nous exigeons des sanctions pénales contre les parents dont des travaux d'intérêt général, l'abandon des poursuites contre la principale et une enquête sur les conditions de sa convocation."
Le parti demande aussi une éventuelle enquête pour abus de pouvoir.
Le syndicat enseignant Steg-UTG demande de son côté "la révocation immédiate du policier impliqué dans ces agissements et son départ du territoire guyanais. Une mesure indispensable pour rétablir la confiance dans les institutions." Le groupe d'opposition de la CTG, Unis & Engagés, "invite cet élève et sa famille à s'interroger sur la pertinence de leur présence en Guyane, eu égard à leurs convictions idéologiques, à l'évidence incompatibles avec le cosmopolitisme local."
L'un des parents n'en serait pas à son premier coup
D'après nos informations, les deux parents travaillent à la police aux frontières. La mère aurait déjà eu des problèmes pour des propos déplacés dans un précédent service et serait arrivée en Guyane par un vol bleu (nom donné à une mutation anticipée d'un agent à la suite d'une faute grave, NDLR), nous affirment deux sources proches du dossier.
La procureure de la République, Aline Clérot, affirme : "Un premier incident avait été signalé par la direction du collège en avril 2025 relatif au comportement de l’un des deux parents, policier, à l’égard d’un membre des services administratifs de l’établissement. L’enquête sur ces faits demeure en cours."
Plusieurs commentaires, comme celui du député Jean-Victor Castor, qui a écrit au Premier ministre, déplorent "l'inversion des responsabilités" et une "procédure indigne." "La principale a été contrainte de donner ses empreintes et de subir une prise de photos [...] c'est elle, victime d'intimidation par deux fonctionnaires d'Hexagone, qui s'est retrouvée traitée comme une délinquante."
Pour tenter de calmer le jeu, la gendarmerie assure : "la prise de photographie et d'empreinte est strictement encadrée par la loi. C'est un processus organisé jusqu'à la suppression des données en cas de classement sans suite, notamment sur sollicitation du mis en cause non poursuivi auprès du Parquet."
Un syndicat de police défend la cheffe d'établissement
Le Rectorat affirme que : "Si les faits parentaux sont avérés, l'enquête étant en cours, l'autorité académique prendra ses responsabilités, y compris par le dépôt d'une plainte."
Même le syndicat de police Un1té 973 défend la principale Roseline Salpétrier : "Un1té apporte son plein soutien à la communauté éducative du collège Auguste-Dédé ainsi qu'aux élèves pour une situation qu'ils n'auraient jamais dû connaitre ou subir", écrit le secrétaire de l'organisation Willy Ranguin.
Nous avons tenté de joindre la cheffe d'établissement, actuellement en arrêt, qui ne se dit pas prête à s'exprimer pour l'instant sur le sujet.
La direction territoriale de la police nationale ne donne pas beaucoup de détails, mais affirme qu'une "enquête administrative et judiciaire est en cours."
Beaucoup de Guyanais attendent qu'une décision ferme soit prise dans ce dossier. Une personne reconnue coupable d'injure ou de diffamation publique à caractère raciste encourt jusqu'à un an de prison et 45 000 euros d'amende. Un jugement dans ce cadre ou pour abus de pouvoir pourrait paraître plus approprié qu'un simple vol retour en Hexagone. Les protagonistes restent présumés innocents.
Les parents d'élèves du collège Auguste Dédé se mobilisent vendredi devant l'établissement à partir de sept heures.

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