Harpie : « Il va falloir réfléchir à un autre dispositif »
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Harpie : « Il va falloir réfléchir à un autre dispositif »

Sébastien ROSELÉ
François Hollande ne s'est pas éternisé chez les soldats. Une demi-heure. Mais il tenait absolument à leur rendre visite en premier pour saluer leur engagement (SR)
François Hollande ne s'est pas éternisé chez les soldats. Une demi-heure. Mais il tenait absolument à leur rendre visite en premier pour saluer leur engagement (SR)

À peine avait-il atterri en Guyane le président de la République François Hollande a tenu à rendre visite aux militaires. Ambiance studieuse mais zéro annonce.

« Merci de cette présentation. C'était très pédagogique. » Il était 17 h 05 hier, sur la base aérienne tout près de l'aéroport Félix-Éboué. François Hollande remerciait ainsi les officiers de la présentation de leur action en Guyane. Rien ne lui a été épargné. La sécurisation du centre spatial, la lutte contre l'orpaillage illégal et le combat contre la pêche clandestine. Les militaires lui ont montré des chiffres, des tableaux, des photos. Le président a écouté attentivement, a posé quelques questions. Et soudain, alors qu'il continue sa visite et serre des mains, le directeur du parc amazonien, Frédéric Mortier, interpelle François Hollande au sujet de l'orpaillage clandestin. « La situation est très grave » , dit le premier. Le président répond : « Il va falloir réfléchir à un autre dispositif que celui que nous connaissons actuellement. » Il serait temps, en effet. Mais on n'en saura pas plus.
LE BRÉSIL ET L'ORPAILLAGE
François Hollande est arrivé sur la base aérienne à 16 h 30. Son avion avait du retard. Accueilli par toute une série d'officiels, il s'est excusé. Après le passage en revue des effectifs militaires, il a conclu sa visite par un très court discours. Il s'est réjoui que le Brésil, alors qu'il s'y trouvait, ait ratifié l'accord de lutte contre l'orpaillage. Un accord pourtant signé en 2008. « Cela va permettre d'agir 150 km en profondeur des deux côtés de la frontière. » François Hollande a reconnu le travail difficile que constituent les missions Harpie. Il a rappelé que début décembre, deux légionnaires ont été « gravement brûlés. Pour l'un d'eux, l'état est préoccupant » . Et le chef de l'État de terminer par la lutte contre la pêche clandestine. « Je souhaitais, dès mes premiers pas en Guyane, venir vers vous (les militaires) [...]. Si ma présence ici permet que chacun en métropole sache le travail que vous faites ici, alors rien que pour cela, ma visite aura été utile! »
Les élus attendent des actes
François Hollande a prononcé un long discours face aux élus de Guyane dans l'auditorium de la mairie de Rémire-Montjoly. Des élus qui, au-delà des mots, attendent des actes.
Lorsqu'il pénètre dans l'auditorium de la mairie de Rémire-Montjoly, les élus se lèvent comme un seul homme pour l'applaudir. Difficile, pour le président, d'espérer un accueil plus chaleureux. Toutefois, la présence à ses côtés de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a sans doute bien contribué à intensifier la qualité de la réception. Quelques minutes plus tard, François Hollande a toutefois pu mesurer, dans les discours qui ont suivi cette agréable entrée en matière, l'insistance et l'exigence des élus guyanais envers l'État.
Avant de prendre la parole, le président a été précédé au micro par Jean Ganty, maire de Rémire, et Jean-Pierre Roumillac, président de l'association des maires et premier magistrat de Matoury. Mais ce sont les interventions d'Alain Tien-Liong puis de Rodolphe Alexandre qui ont davantage interpellé François Hollande.
Le président du conseil général a notamment souligné l'importance d'établir « un inventaire de tout le dispositif normatif » afin de répondre aux « particularismes » du département. Quant au président de Région, il a évoqué de nombreuses difficultés rencontrées par la Guyane en terme de développement. « Nous souhaitons un pacte de confiance et de solidarité, a-t-il déclaré. Nous voulons un plan Marshall pour la Guyane, pour qu'elle sorte de cette situation. » Une situation que, manifestement, le chef de l'État connaît parfaitement.
Dans son allocution, François Hollande a évoqué, pêle-mêle, les mesures contre la vie chère, la loi de régulation économique pour l'Outre-mer, l'orpaillage clandestin, la pêche illégale, la défiscalisation, l'insécurité et bien d'autres sujets « brûlants » . De cette énumération, deux propositions concrètes ont émergé. La loi d'orientation agricole, qui comporte un volet Outre-mer et qui sera présentée dans quelques jours. Et l'annonce de l'arrivée d'un hélicoptère pour améliorer la rapidité d'intervention des pompiers. En réalité, le président de la République a décliné des orientations. « Maintenant, à nous de nous mettre au travail » , a conclu le député Gabriel Serville.
T.F.
Avant d'être ovationnée par les élus, Christiane Taubira a pris un bain de foule devant la mairie de Rémire-Montjoly (HG)
Avant d'être ovationnée par les élus, Christiane Taubira a pris un bain de foule devant la mairie de Rémire-Montjoly (HG)
REPÈRES
- Valérie Trierweiler aussi en visite
Il n'y a pas de raison. Tandis que son président de mari passait en revue les troupes militaires hier après-midi, Valérie Trierweiler, la compagne de François Hollande, a elle aussi fait une visite. Elle s'est rendue à l'institut médico-éducatif (IME) de Rémire-Montjoly. Et ce n'est pas fini. Aujourd'hui, elle a prévu de visiter le futur musée qui doit s'installer dans l'ancien hôpital Jean-Martial, au bout de la place des Palmistes.
- « Pas de gros plan »
Un des attachés de presse de l'Élysée, tout de noir vêtu, a lancé comme ça au cameraman de Guyane 1ère : « Pas de gros plan. » Sous-entendu du président. C'était juste avant l'arrivée du président sur la base aérienne et ça sonnait (presque) comme un ordre. Reste à savoir la raison de cette préconisation. Pour qu'on ne voie pas les rides présidentielles ? Pour qu'on se rende bien compte qu'il y avait du monde autour de lui ? On ne sait.
- « Pause pipi »
C'est un fonctionnaire qui qualifie ainsi la visite du président de la République en Guyane. « Il est allé au Brésil et il vient faire sa pause pipi ici. » Un peu comme si le président était sur une autoroute et s'arrêtait à la station-service, en somme. On décode : le fonctionnaire en question considère que François Hollande ne va rien annoncer de décisif ici et comme il était dans le coin (au Brésil), ça ne coûtait pas grand-chose pour lui de passer par la Guyane avant de repartir pour l'Hexagone. Pas totalement faux, comme analyse.
- Serville/Roumillac : la tactique du larsen
Alors que Jean-Pierre Roumillac, en sa qualité de président de l'association des maires de Guyane, s'exprime sur la tribune qui fait face aux élus, son discours est soudainement perturbé par un désagréable larsen. Son micro lui joue des tours. Enfin, son micro... En réalité, celui qui se trouve devant le député Gabriel Serville s'est subitement allumé. Ce qui provoque l'interférence. Un malheureux hasard ? Possible. À moins que le député, qui souhaite déloger Jean-Pierre Roumillac de son fauteuil de maire de Matoury, ait choisi ce moment privilégié pour lancer les hostilités. Première salve.
- Elle est longue, la pirogue
Lors de sa visite chez les militaires, hier après-midi, François Hollande a eu l'air particulièrement intéressé par la pirogue des marsouins du 9e Régiment d'infanterie de marine. « Elle est très longue! » s'est-il écrié. « Elle mesure 11 mètres » , a expliqué timidement un soldat. Il a ajouté que c'était « une fileuse » . « Ah, a répondu le président, ça permet de... » et il a prolongé sa phrase d'un signe qui voulait dire qu'elle continuait sa course longtemps sur l'eau.
Son programme du jour (lire aussi en pages 6 & 7)
Cayenne : rencontre avec les acteurs économiques en mairie (8 h 15).
Kourou : rencontre avec les acteurs du spatial (10h à 11 h 30). Inauguration de la maison d'accueil spécialisée pour handica pés (11 h 30).
Mana : rencontre avec la population devant la mairie (15h). Visite de la piscine (16h).
Rencontre avec le monde agricole à la maison familiale et rurale (16 h 20).
800 hurleurs sur les Palmistes
Les Hurleurs de Guyane ont réussi leur premier pari, hier soir sur les Palmistes, en mobilisant une foule de citoyens autour d'une revendication commune : l'éradication de l'orpaillage illégal.
Jeunes, vieux, familles, écologistes, orpailleurs légaux, ils étaient 800 hier à répondre aux Hurleurs de Guyane, en criant leur colère contre l'insécurité, le mercure, le pillage des ressources, l'exploitation humaine... Autant de périls liés à l'orpaillage illégal dénoncés au cri de « Nou pa lé sa! » et repris par le groupe Kalawang chantant « Peyi en danger » au plus grand plaisir de la foule où les sourires cachaient mal le ras-le-bol. « Je souffre de voir ce département à qui on refuse de pouvoir vivre de ses ressources, l'or et le poisson » , confie Jean-Louis. Il dit attendre une réaction du président de la République : « C'est lui qui décide, c'est lui qui donne les ordres au gouvernement. Dans le pays des droits de l'Homme, on doit respecter nos droits. »
Venue en famille, Annette aussi espère « que la venue de François Hollande changera quelque chose » . Pour elle, ce rassemblement est aussi l'occasion d'exprimer un ras-le-bol général : « En Guyane, on a trop d'insécurité, on ne peut plus marcher tranquillement dans la rue. On a besoin que quelqu'un fasse le nécessaire. » Et contre l'orpaillage illégal ? « Il faut que l'armée soit plus présente en forêt. »
Une foule de citoyens s'était rassemblée aux Palmistes, hier. (HG)
Une foule de citoyens s'était rassemblée aux Palmistes, hier. (HG)
PLUS DE PRÉSENCE MILITAIRE DEMANDÉE EN FORÊT
Une présence militaire plus importante, c'est justement ce que demandent les Hurleurs de Guyane. « On réclame un renforcement du dispositif sur le terrain » , explique Marc Barrat, un des porte-parole du collectif. « On veut des barrages fixes et mobiles, il faut agir sur tous les fronts. »
Le discours fait mouche dans le public où une majorité de personnes ne peut s'empêcher de comparer la situation à celle que connaît la Centrafrique. « On dépense des centaines de millions ailleurs et on ne fait pas ce qu'il faut pour assurer la sécurité en Guyane, ça fait mal, peste Guy. La Guyane est une terre qu'on devrait respecter. »
Comme beaucoup, lui ne croit pas que la venue du président de la République changera vraiment la situation. « La venue de Hollande, c'est politique. Il a été défendre ses avions au Brésil. Son passage ici, pour moi ça ne signifie rien! »
Les Hurleurs, eux, espèrent bien profiter du passage du président. Ils comptent se faire entendre de nouveau ce matin en appelant à un rassemblement dès 8 heures devant la mairie de Cayenne où le chef de l'État rencontrera les socioprofessionnels.
A. S.-M.
ET AUSSI...
Rencontre avec un conseiller à l'enseignement
Une délégation des Hurleurs de Guyane a été reçue en préfecture hier en fin d'après-midi. Le réalisateur Marc Barrat, Laurent Kelle de WWF et Stéphane Lambert du Médef ont défendu leur point de vue face à un représentant du président de la République, conseiller à l'enseignement supérieur. « Il a pris des notes » , a juste commenté Marc Barrat.
L'accord franco-brésilien ratifié
Hier, François Hollande a annoncé la ratification de l'accord transfrontalier entre la France et le Brésil destiné à combattre l'orpaillage illégal. Avant-hier, à Brasilia, la chambre des députés avait voté en faveur de cet accord, elle a été suivie hier par le Sénat brésilien. « Il faut maintenant s'assurer que cet accord sera respecté et mis en application » , lançait hier soir Pierre-Olivier Pradinaud, porte-parole des Hurleurs de Guyane. Si c'est le cas, le transport de matériel destiné à l'orpaillage devrait être interdit sur une bande de 150 km de chaque côté de l'Oyapock.
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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