Braquage violent à la Chaumière : “Le lit était plein de sang !”
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TEMOIGNAGE

Braquage violent à la Chaumière : “Le lit était plein de sang !”

Marie ODRY, m.odry@agmedias.fr

Dans la nuit du 1er au 2 septembre dernier, vers 1h15, un couple se fait réveiller dans son sommeil avec un revolver pointé sur eux. Braqués, frappés et ligotés dans leur maison de la Chaumière, alors que leurs trois enfants dormaient dans leur chambre à quelques mètres. Témoignage d’une mère de famille aujourd'hui traumatisée.

 “ Je ne dors plus. Je fixe la porte toute la nuit même si nous avons tout sécurisé depuis ". Cette mère de famille, victime d’un cambriolage violent il y a une semaine, est aujourd'hui traumatisée. Cette nuit-là, deux voleurs, âgés entre 20 et 30 ans, ont pénétré dans leur maison de la Chaumière, à Matoury, en passant par la fenêtre de la cuisine. Les deux hommes, en short, tee-shirt et claquettes étaient encagoulés. Un de leur complice, le chauffeur, les attendait, dans une voiture garée sur le bas-côté de la route en face de chez eux. Quelques heures avant le crime, la famille s’était réunie autour d’un repas comme habituellement.

"Ils ont tout pris, même mon alliance et mon piercing !"

Il est 01h15 quand le couple se fait réveiller par la lumière de sa chambre qui s’allume. Deux hommes, dont un avec un revolver, les menacent. “Directement, ils ont pointé l’arme vers nous. Ils nous ont dit de fermer nos yeux et de ne pas bouger.” raconte la mère de famille, qui souhaite conserver l’anonymat.

Le couple donne tout ce qu’il a de valeur. “ On veut de l’argent et des bijoux ! “, crient les voleurs. Ils démarrent alors leur pillage et n’hésitent pas à retirer de force les bijoux de la femme. “Ils ont tout pris, même mon alliance et mon piercing au nez !”, poursuit la mère de famille. “Les ravisseurs nous en demandaient davantage, mais nous n’avions pas plus ! “. La femme est allongée sur le ventre durant tout le temps que dure le vol.

Pendant ce temps, son mari est ligoté avec un câble de chargeur sur le lit et se fait frapper au niveau du dos, des côtes, de la tête et de l’œil avec la crosse du revolver. “ Le lit était plein de sang ! ” nous confie la femme qui a également reçu un coup violent. “Je n’ai pas ouvert les yeux, car dès que j’ai essayé, je me suis pris un coup de poing. C’était de l’acharnement gratuit.” ajoute-t-elle.

Les ravisseurs ont mis la couette sur la tête du couple pour éviter qu’ils ne les voient. “On s'exécute et on se sent vraiment impuissants à ce moment-là, car on a tellement peur qu'ils tirent”, confesse, encore sous le choc, la mère de famille.

"Notre maison c’est l’endroit où on doit se sentir le plus en sécurité, malheureusement, ce n’est plus le cas aujourd’hui ”, déplore-t-elle, ajoutant « ils ont nui à mon intimité. »

Leur fils de 12 ans, leur sauveur

L'expérience traumatisante aura duré une vingtaine de minutes. Durant ce temps, l'un des ravisseurs sort de la chambre parentale et fait le tour de la maison. En allumant la lumière, il aperçoit l'un des fils du couple, âgé de neuf ans. Le ravisseur ordonne alors à l’enfant d'aller dans sa chambre et referme la porte. “ Mon fils a alors directement rouvert la porte et lui a demandé qui il était ; le ravisseur l'a poussé et lui a hurlé “va dormir !” .

Il reste encore deux chambres. Leur fils de 12 ans, pendant ce temps, est sorti par la fenêtre de la chambre pour prévenir les voisins. “C’est pourtant le plus timide des trois, il n’a pas réfléchi, c’est le héros”, commente sa mère.

Les voisins réagissent dans la seconde en prenant leur véhicule pour se garer au niveau de la maison et klaxonnent de façon continue. Les voleurs prennent alors la fuite. “Quand j’ai entendu le klaxon, je me suis dit, c'est la délivrance."

Les deux hommes, pris de panique, n’ont pas emporté le coffre à bijoux ni la tablette tactile. “Seuls quelques bijoux ont été volés.”

Leur troisième fils, âgé de 15 ans, ayant entr'aperçu sa maman avec un revolver sur la tête, à quant à lui préférer s’enfermer dans sa chambre de peur de se faire ligoter et frapper comme son père, vu son physique. “ Je suis très fière de la réaction de mes enfants. Ils sont restés calmes. Dans des situations comme celles-ci, on ne pense qu’à eux et on espère que les ravisseurs ne leur fassent pas de mal.
Interpellation de l’un des braqueurs

Les gendarmes sont arrivés à la Chaumière dix minutes après l’appel des voisins. La voiture des ravisseurs a vite été retrouvée mais les trois délinquants l'ont abandonné et pris la fuite dans la forêt dès qu’ils ont aperçu les forces de l’ordre.

La brigade de gendarmerie de Matoury a effectué une recherche opérationnelle jusqu'à neuf heures du matin afin de retrouver les trois fugitifs.

L'un d'eux a finalement été retrouvé près de Family Plaza. Intercepté, il a tout avoué et a reconnu les faits.

Au début, ils nous ont dit qu’ils étaient là pour nous tuer et que nous allions mourir », explique la mère de famille. " Sans l’intervention de mon fils et des voisins, cela aurait pu être dramatique."

Le braqueur aurait également précisé que c’était une maison choisie au hasard mais d’après différents voisins, leur véhicule aurait été aperçu le matin même dans les alentours. Un procès à la fin du mois devrait avoir lieu. En attendant, l'homme dort au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.
“On se dit souvent que cela arrive aux autres jusqu'au jour où c'est nous”

La famille se remet doucement de cette soirée et a commencé un suivi psychologique, notamment pour les enfants. “ Depuis ce jour, j’ai toujours peur de me faire de nouveau agresser et mes enfants eux ne veulent plus dormir dans leur chambre ” nous confie t-elle.

"Aujourd'hui en Guyane, il faut se protéger ! Toute cette insécurité quotidienne ce n'est plus possible on ne vit plus tranquille“.

Les gendarmes ne savent pas encore si ces ravisseurs font partie du groupe de braqueurs qui sévit depuis ces derniers mois sur l’île de Cayenne. En tout cas, “ceux de ce braquage parlaient bien français, mais je pense qu’ils étaient d'origine brésilienne”, informe la mère de famille.
 
 
Maître Stanislas : « L’impression d’une justice au rabais »

L’avocat des victimes revient sur la procédure dans cette affaire :

« Ce qui est choquant dans cette affaire, c’est que les faits relèvent de toute évidence d’une qualification criminelle, que deux autres individus sont encore à rechercher et à appréhender, que le mode opératoire démontre qu’ils n’en sont pas à leur premier agissement. De sorte que le choix de faire passer cette affaire en comparution immédiate est extrêmement surprenant voire choquant.

Et laisse une impression désagréable d’une justice au rabais.

Il conviendrait de saisir un juge d’instruction comme on le ferait dans n’importe quelle autre juridiction.
»