Haïti : la rentrée scolaire reportée au 1er octobre fait polémique dans un pays en crise
Le ministère haïtien de l'Éducation a fixé la prochaine rentrée des classes au 1er octobre 2025, un report qui suscite une vive controverse. Des associations d'écoles et de parents dénoncent une décision "déconnectée de la réalité" qui priverait des milliers d'enfants d'un refuge essentiel face à la violence des gangs.
Alors qu'Haïti est en proie à une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent, l'annonce de la date de la rentrée scolaire 2025-2026 fait l'effet d'une bombe. Le ministère de l'Éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp) a dévoilé un calendrier fixant la reprise des cours au mercredi 1er octobre 2025, prévoyant 168 jours de classe. Une décision administrative qui, dans le contexte actuel, est perçue comme une mesure dangereuse par les acteurs de terrain.
La réaction n'a pas tardé. La Plateforme des écoles privées d'Haïti (PEP) a exprimé sa "vive inquiétude" dans un communiqué relayé par l'agence AlterPresse. L'association estime que cette décision est "déconnectée de la réalité" et "aggrave la souffrance des familles". Le ministère a pourtant averti que les établissements ne respectant pas cette date officielle s'exposeraient à des sanctions, une menace qui a renforcé la colère des dirigeants d'écoles. Pour eux, chaque jour de retard est un jour de trop où les enfants sont livrés à l'insécurité de la rue.
L'école, un refuge vital menacé par les gangs
Le cœur de la polémique réside dans le rôle crucial que joue l'école en Haïti. Dans un pays où la violence des gangs paralyse des régions entières, l'école est bien plus qu'un lieu d'apprentissage : c'est un havre de paix. Les chiffres sont alarmants. Selon l'Union de parents d'élèves progressistes haïtiens (Upeph), plus de 1 500 écoles ont fermé leurs portes depuis 2023 dans l'ouest du pays. Rien qu'à Port-au-Prince, 347 écoles privées et 51 écoles publiques ont dû suspendre leurs activités l'année dernière.
"Si l'on ne sauve pas l'école haïtienne, demain sera un cauchemar", a mis en garde le ministre de l'Éducation, Augustin Antoine. Un avertissement qui résonne alors que l'Unicef alerte sur le recrutement des mineurs par les gangs armés, soulignant qu'un enfant sur deux enrôlé est mineur.
Un système éucatif au bord de l'effrondement
Au-delà de l'insécurité, le report de la rentrée intervient dans un contexte de crise profonde du système éducatif. Le ministre Augustin Antoine lui-même rappelle qu'environ 90 % des candidats au baccalauréat échouent. Face à ce constat, le Menfp promet des mesures : cantines scolaires, gratuité du cycle fondamental, récupération des écoles occupées par les déplacés et lutte contre les frais illégaux.
Mais pour les associations sur le terrain, ces promesses peinent à masquer l'urgence immédiate. Elles estiment que retarder la rentrée, c'est sacrifier une génération entière. "Retarder la rentrée, c'est laisser des milliers d'enfants livrés à la rue, alors que chaque jour, la violence détruit des vies et des avenirs", martèlent-elles. Alors que la crise sécuritaire ne faiblit pas, le débat sur la date de la rentrée scolaire symbolise un combat bien plus large : celui pour la survie de l'avenir d'Haïti.

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