UAG : Les grévistes déçus par les réponses de la ministre
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UAG : Les grévistes déçus par les réponses de la ministre

A. S.-M. / F.X.G
L'assemblée générale d'hier a débuté par une diffusion de l'intervention radiophonique de la ministre (ASM)
L'assemblée générale d'hier a débuté par une diffusion de l'intervention radiophonique de la ministre (ASM)

L'intersyndicale et le collectif étudiant ont décidé de poursuivre la grève au pôle universitaire guyanais après l'intervention de la ministre de l'Enseignement supérieur.

Il était un peu plus de 8 heures hier matin lorsque la ministre de l'Enseignement supérieur s'est exprimée en radio sur Guyane 1ère. Geneviève Fioraso annonçait la nomination d'un administrateur provisoire, synonyme de mise à l'écart de la gouvernance actuelle, incarnée par René Dorville et Jean-Marie Fotsing, ainsi qu'une série de décisions, dont l'autonomie des licences dès 2014 et la promesse d'une université de plein exercice à l'horizon 2017. « Nous étions une quinzaine sur le piquet de grève à ce moment-là. Il y a eu des cris de joie, une exaltation » , raconte William, étudiant en droit. Mais l'exaltation n'aura été que de courte durée.
Examinées dans le détail, les annonces de la ministre sont jugées décevantes par les grévistes, voire carrément insultantes pour certains. « Nous sommes aux limites de la colère » , lance Cécile Lony, membre active du collectif étudiant. « La ministre ne nous donne que des miettes pour qu'on se calme. » Le collectif déplore que l'autonomie des licences soit la seule concédée et le manque de réponses concrètes aux revendications sur la vie étudiante. À l'unisson de l'intersyndicale, il se dit aussi déçu de l'annonce concernant l'université de plein exercice. « Ce genre de proposition ne mène à rien, poursuit Cécile Lony. Pourquoi ne pas sortir un décret si elle est d'accord. Autant faire un décret et tout s'arrête. »
POUR L'INTERSYNDICALE, « TOUT CELA RESTE FLOU »
Seule avancée reconnue par l'intersyndicale, la mise à l'écart de la gouvernance actuelle du pôle était jusqu'alors considérée comme « un préalable à toute négociation » . L'arrivée d'un administrateur provisoire est donc une étape importante de franchie, elle devrait ouvrir la porte à des négociations plus sereines. L'intersyndicale se dit d'ailleurs prête à travailler avec ce dernier pour élaborer le projet d'université de plein exercice mais réclame d'abord elle aussi un décret. « On nous parle d'université de plein exercice, mais quand ? De quelle façon ? Avec quel cadre juridique ? Tout cela reste flou » , regrette Didier Béreau, membre de l'intersyndicale.
Les grévistes réclament la venue de la ministre en Guyane afin de négocier directement avec elle sur ce point et bien d'autres, comme les créations de postes. Elle est annoncée pour décembre avec le président de la République. Réunis en assemblée générale hier midi, les grévistes ont donc décidé, après des débats parfois âpres, de poursuivre le mouvement.
Geneviève Fioraso : « L'objectif est à terme une université de plein exercice »


Comment avez-vous réagi aux propos de la ministre Fioraso ce matin en direct à la radio ?
On avait déjà des échos depuis hier (ndlr : mardi), ça commençait à se dessiner, mais encore une fois c'est la déception. En tant qu'étudiants, nous sommes aux limites de la colère, qu'on ne nous entende pas, qu'on nous propose quelque chose qu'on ne veut pas. Aujourd'hui, on ne peut pas se contenter du minimum au niveau des licences pour un programme pédagogique qui serait peut-être adapté à la Guyane alors qu'on sait quel est l'enjeu au niveau des masters et de la recherche à travers le monde. Aujourd'hui on se bat pour la Guyane et pas seulement pour les 2 400 étudiants qui sont sur le pôle universitaire.
Vous avez l'impression que la ministre a juste voulu calmer les esprits ?
Elle donne des miettes pour qu'on puisse se calmer, pour nous apaiser, mais je crois qu'aujourd'hui elle a compris que cela ne marche pas avec les Guyanais. Cette politique du minimum, on en a assez. On comprend aujourd'hui qu'elle peut nous donner cette université de plein exercice mais qu'il y a une réticence. Il faut demander pour avoir donc on continuera de demander pour obtenir ce qu'on veut.
Concernant les revendications sur la vie étudiante, des propositions concrètes ont été faites. Sur ce point êtes-vous satisfaite de la manière dont les choses évoluent ?
Nous avons eu une réunion en préfecture la semaine dernière, le jour de la chaîne humaine. Cette réunion a tourné au cinéma, c'était de la dramaturgie, tout le monde a haussé le ton. Encore une fois les étudiants n'étaient pas entendus, on nous a fait comprendre que nos problèmes ne sont que des petits soucis qui se règlent mais jusqu'à présent nous n'avons rien d'acté. Les bâtiments de la vie étudiante et le restaurant universitaire ont été accélérés mais concrètement, pour la reprise des cours, rien n'a été acté. On a remis un courrier à la préfecture mais on attend toujours une réponse. Il ne faudra pas dire que les étudiants sont de mauvaise volonté, on voit bien que les services de l'État, aujourd'hui, ils bloquent.
Donc là, vous êtes décidés à poursuivre le mouvement ?
Oui, jusqu'à ce que nos revendications soient entendues, concernant la vie étudiante et concernant cette université de plein exercice. On ne lâchera pas, la colère commence même à monter parce que, au bout de quatre semaines, on se dit que ce n'est pas possible qu'on ne nous comprenne pas. La sourde oreille, on en est fatigués.
Dans sa réponse, la ministre évoque l'université de plein exercice pour 2017. Cela ne vous convient pas ?
Il manque du concret. Nous avons demandé que ce soit acté par décret. Les propositions, on les connaît très bien, on sait ce que ça donne. L'université devait déjà être une université de plein exercice depuis 2010, ce n'est toujours pas le cas en 2013. On sait que ce genre de propositions ne mène à rien alors pourquoi ne pas sortir un décret si elle est d'accord avec nos propositions. Autant faire un décret et tout s'arrête.
Durant l'assemblée générale d'aujourd'hui, beaucoup d'intervenants réclament la venue de la ministre en Guyane, c'est aussi votre souhait ?
Oui, il faut qu'elle vienne, c'est important. Cela montrera que le gouvernement s'intéresse au département et qu'il est sensible à cette question de l'éducation en Guyane qui est un des problèmes majeurs souvent relayé dans les médias.
 
 
 
Didier Béreau, membre de l'intersyndicale enseignante


Dans quelles circonstances avez-vous entendu l'intervention de la ministre de l'enseignement supérieur à la radio ?
Je me préparais à venir sur le piquet de grève, j'ai allumé la radio pour voir s'il n'y avait pas eu une annonce durant la nuit. En fait j'attendais plutôt une intervention de la ministre au parlement et j'ai été surpris de savoir qu'il y avait une interview de la ministre en radio. Ca m'a déconcerté, même énervé car, vu les bons rapports que nous avons toujours eus avec la ministre, passer par les médias pour faire état de ses décisions, c'était un peu nous squizer, nous mépriser ou considérer que nous n'étions pas des éléments importants.
Sur le fond, que retenez-vous de cette intervention ?
J'ai écouté avec une grande vigilance tout ce qu'elle avait à dire en guettant le mot "université de plein exercice" ou "décret d'application de l'université de plein exercice", malheureusement ces mots ne sont pas venus. On a entendu "administration provisoire", on nous a enfermés dans une chasse à l'homme, comme si tout ce que nous voulions c'est que des personnes démissionnent. C'est une avancée, c'est vrai, cela va permettre de nous conforter dans ce qu'on revendiquait. Il y avait des dysfonctionnements opérés par ces deux personnes-là, maintenant elles ne sont plus là. Mais il y a d'autres choses maintenant. La population a envie d'une université de plein exercice et je crois que la mobilisation désormais va porter sur cette question-là.
La nomination d'un administrateur provisoire peut aussi aller dans ce sens. Comptez-vous travailler avec cet administrateur dans le but de construire cette université de plein exercice ?
C'est un élément qui est important, oui. Lorsqu'on dit "université de plein exercice immédiatement", on entend bien qu'il y a un délai. Il faut que ce délai apparaisse clairement et il faut évidemment qu'on travaille avec cet administrateur provisoire. De toute façon il faut que les choses reprennent leur cours, mais de toute façon, même si les cours reprennent demain, étant donné qu'il n'y a plus de direction et une administration provisoire qui n'est pas encore en Guyane, il faudra le temps que la machine se remette en marche. Il faudra savoir sous quel cadre et avec qui. On nous parle d'aller vers une université de plein exercice mais quand ? De quelle façon ? Avec quel cadre juridique ? Tout cela est flou. Donc nous demandons des précisions au ministre de l'enseignement supérieur, qu'elle nous amène des précisions sur ces points-là.
Vous-même, avez-vous des propositions concrètes pour répondre à ces questions ?
Je crois que c'est tout une grande assise qu'on doit faire en interne, à l'université et même avec la population. On nous a reproché de travailler en monde clos à l'université mais avec ce mouvement, tout le monde a pu s'accaparer ce qu'il se passe à l'université. Donc maintenant, l'université doit vraiment être un lieu universel où tout le monde a le droit à la parole. Donc, créer notre université de plein exercice en Guyane, ce sera fait avec tout le monde, tous ceux qui veulent apporter leur pierre. Mais il faut déjà garantir que cette université sera créée, donc il faut vraiment un décret d'application.
Donc vous maintenez la pression…
Tout à fait, on continue notre travail de sensibilisation de la population car nous ne sommes que des messagers, des facilitateurs mais nous avons besoin de la population car c'est elle qui va faire en sorte que nous ayons cette université de plein exercice.
 
 

(Arnaud Saint-Maxent)
(Arnaud Saint-Maxent)

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