Christiane Taubira : « L'Université populaire va bouillonner comme bouillonne la société guyanaise "»
Christiane Taubira relance l'université populaire. Cette dernière se déroulera à partir de ce mardi jusqu'au 14 décembre.
Vous relancez votre Université populaire. Sous quelles intentions ?
Il s'agit bien d'une relance en effet. Je reprends mon Université populaire avec la même interpellation : Atò koté to ? Je reste également fidèle à l'esprit et à l'empreinte : offrir de la connaissance et des réflexions critiques qui soient aussi solides que le savoir académique, en les rendant aussi compréhensibles et clairs que les informations transmises dans le langage courant. Mon public, c'est le grand public. Même si les étudiants, enseignants et autres restent bienvenus.
Le grand public, c'est-à-dire ?
Le grand public, ce sont toutes ces personnes qui ont leurs propres compétences, dans leur domaine, et qui, en plus, s'intéressent à des sujets d'ordre général. Vous savez, je circule à vélo, ce qui me permet de croiser toutes sortes de personnes ; je participe ou j'assiste à toutes sortes d'évènements. Je connais le grand appétit des Guyanaises et des Guyanais pour des sujets qui portent sur nous-mêmes, notre Histoire, nos modes de vie, notre rapport aux autres, nos succès, notre vitalité culturelle et artistique, la créativité qui palpite ici dans tous les domaines, les réussites à l'étranger... mais aussi nos difficultés : le chômage, l'enclavement, l'impuissance... une société étrangement administrée... certaines dérives de la jeunesse... nos silences, nos frustrations, les détresses et... cette formidable résilience collective. Les gens n'ont pas tellement d'espace pour s'exprimer sur le fond. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'analysent pas les choses.
Et l'Université populaire a vocation à aider à ces analyses ?
Oui, mais pas seulement. Il y a les conférences. Elles ont vocation à mettre en commun du savoir, des analyses, du raisonnement. Il y a, par ailleurs, les débats, qui permettent de partager des expériences, ainsi que la circulation d'autres savoirs. Et il y a ces ponctuations artistiques, culturelles, poétiques. Avec un maillage de générations : Tanbouyens expérimentés et enfants tanbouyens ; poésie accomplie, poésie en florescence ; solo instrumentiste, chant a capella, chant accompagné... nou gen tout, isi a ! L'Université populaire va bouillonner, comme bouillonne la société guyanaise.
Vous avez trois marraines de prestige. Louise Mushikiwabo, présidente de l'Organisation internationale de la Francophonie, Barbara Hendricks, la cantatrice et Leila Shahid, ancienne ambassadrice de la Palestine à Paris. Une, ce n'était pas assez ? Il fallait tout cela pour la relance ?
Ce sont surtout de très fortes et très belles personnalités. Et des amies très chères. Elles sont aussi très généreuses. Elles ont toutes aussitôt accepté d'être trois. C'est une vraie attitude de sororité, car elles ont des parcours et des profils très différents. Deux d'entre elles m'ont d'ailleurs proposé de voir selon leur agenda si elles pouvaient venir. Je leur ai dit que, s'agissant d'une édition de relance, je préférais voir d'abord comment j'allais reprendre les choses en main. Et que nous verrions pour la prochaine édition.
J'aurais pu être moins prudente, parce qu'en réalité, les choses se présentent vraiment très bien. Et j'ai retrouvé intacts dans le pays, cette curiosité, ce goût du partage, cette gourmandise artistique et culturelle. Ceci étant, je connais les vies de mes trois amies. Il n'aurait pas été raisonnable de ma part de prendre le risque de leur venue avant d'avoir sérieusement lancé les choses. C'est juste partie remise. Et Barbara est une fidèle. En 1999, déjà, elle avait envoyé une vidéo pour mon colloque Paroles de femmes à cœur ouvert, Palò fanm tchò dèrò. À la même date, elle était en concert en Norvège.
Quelques mots sur les conférencières et le conférencier ?
La session sera ouverte en effet par Marvin Yamb, directeur artistique de l'Abattis. Il parlera mardi 10 à la CCIG, à 19 heures, de ce Tiers-lieu qu'il a créé à Zéphir avec des amis. Il expliquera le sens de cette démarche et les perspectives qui deviennent possibles quand on pense et qu'on agit en commun. La deuxième conférence sera donnée jeudi 12 à 19 heures à la CCIG par Lydie Ho-Fong-Choy Choucoutou, historienne bien connue par le nombre de conférences publiques qu'elle a déjà données, en plus d'émissions radio et télé. Elle présentera un « Petit abécédaire pour exister au monde ».
Je sais qu'un certain nombre de mots choisis vont beaucoup interpeller. Et samedi 14, au Jardin botanique, la conférencière est Audrey Célestine, docteure en histoire et politiste, actuellement professeure à l'Université de New York. Elle a travaillé sur la « fabrique des identités » et nous parlera de nous, chez nous, sur nos territoires, nos départs, nos retours. Par périodes, nous nous posons des questions sur nous-mêmes et sur ces Guyanaises et Guyanais qui réussissent à l'extérieur, tout en restant très attachés au pays. C'est un sujet passionnant.
Et les artistes ?
Nou plen ké chans ! Nous aurons Prof A, Ann'Klod Daniel. En poésie, des textes d'Elie Stephenson, d'Eugénie Rézaire, d'Ariane Appolinaire. Sur les voix de Sandra Ho Choung Ten, d'Edith Cochet, et d'Ariane elle-même. Et bien sûr Tanbou lévé. Et Anncy Clet. Vanessa Cesto sera la modératrice. Et nous commencerons à l'heure pile, les 3 soirs : mardi 10 à la CCIG à 19h pile ; jeudi 12 à la CCIG à 19 h pile ; samedi 14 au Jardin botanique à 18h pile !
Vous êtes titulaire de la chaire José Bonifacio de l'Université de Sao Paulo, au Brésil, pour l'année académique 2024-2025. Vous viendrez nous en parler ?
Très volontiers, et très prochainement si vous le souhaitez.

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