Un fonds de capital-investissement de 20 millions d'euros pour les entreprises ultramarines
Les caisses régionales du Crédit Agricole de Martinique-Guyane et de La Réunion-Mayotte ont uni leurs forces avec une société parisienne de gestion d'actifs pour créer le fonds de capital-investissement Caomie. Doté de 20 millions d'euros, ce fonds est destiné à être investi dans le capital d'une quinzaine d'entreprises implantées dans ces quatre territoires ultramarins pour une durée de cinq à sept ans.
Une nouvelle source de liquidités s'offre désormais aux entreprises martiniquaises à la recherche de trésorerie pour financer leur activité : un fonds professionnel de capital-investissement (FPCI), baptisé Caomie, vient d'être lancé par le Crédit Agricole en partenariat avec une société de gestion d'actifs spécialisée dans les investissements dans les territoires ultramarins. Plus précisément, ce sont les caisses régionales du Crédit Agricole de Martinique-Guyane et de La Réunion-Mayotte qui se sont associées avec la société Elevation Capital Partners pour créer cet outil dont le nom est un acronyme qui signifie Crédit Agricole Outre-Mer Investissement Élévation.
Pour les chefs d'entreprises, ce fonds d'investissement constitue une alternative à leurs sources de financement habituelles. « On a un tissu d'entreprises dynamiques qui ont l'habitude de se financer par de la dette bancaire classique, mais au bout d'un moment, c'est un peu lourd, surtout que les taux d'intérêt augmentent », explique, en préambule, France Villette, la directrice Générale du Crédit Agricole Martinique Guyane, au cours d'une conférence de presse organisée le 24 janvier dernier au siège foyalais de la banque.
Le fonds Caomie est doté d'une enveloppe de 20 millions d'euros, dont 9 millions souscrits par la caisse régionale martinico-guyanaise, le reste étant apporté par les deux autres partenaires. Son mode de fonctionnement est simple : entrer au capital des entreprises locales pour les accompagner financièrement ainsi que dans leur gestion, et ce pendant quelques années, afin de les aider à développer leur activité. Cet outil est réservé aux sociétés basées sur ces quatre territoires d'Amérique et de l'Océan indien.
Ce critère exclut mécaniquement les filiales d'entreprises basées ailleurs, voire de groupes étrangers. « On est une entreprise 100% locale », fait valoir Alex Rosette, le président du conseil d'administration de l'organisme bancaire. D'ailleurs, la caisse régionale « ne peut faire de la banque qu'en Martinique et en Guyane », souligne le dirigeant. Par ailleurs, dans le cas de filiales locales d'entreprises basées hors de notre territoire, « une partie de la valeur créée est remontée ailleurs », renchérit Mme Villette, pour qui le Crédit Agricole « a tout intérêt à favoriser l'installation et le maintien de sièges sociaux en Martinique ».
Une quarantaine de participations
Les deux caisses régionales ont créé cet outil en s'associant avec un expert en la matière : Elevation Capital Partners, filiale de la société de financement et d'investissement Inter Invest. Basé à Paris, Elevation Capital Partners peut se targuer d'une indéniable expérience en matière de gestion d'actifs dans les DROM-COM depuis ses débuts en 2015. La société parisienne détient 450 millions d'actifs sous gestion, dont plus de 100 millions dans les outre-mer. Ces actifs ultramarins se déclinent dans un portefeuille d'une quarantaine de participations au capital d'entreprises locales, dont près de la moitié aux Antilles (onze en Guadeloupe, neuf en Martinique, deux à Saint-Martin et Saint-Barthélemy), auxquelles s'ajoutent des actifs en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie et dans les îles de l'Océan indien.
Dans le détail, le Crédit Agricole vise une entrée au capital de douze à vingt entreprises avec ce fonds dédié, l'idée étant d'équilibrer les participations entre les quatre territoires visés. Les 20 millions d'euros de Caomie devraient être alloués en totalité dans les deux ans à venir. « Ce n'est pas réservé aux clients du Crédit Agricole », précise France Villette. « Par contre, c'est en exclusivité pour les territoires », ajoute la directrice générale. Une implication de la caisse régionale de Guadeloupe à un stade ultérieur du projet est envisagée, mais pour l'instant, les dirigeants guadeloupéens tablent sur « une autre stratégie », disent leurs confrères martiniquais.
Trois types d'entreprises ciblées
La quinzaine d'entreprises martiniquaises, guyanaises, mahoraises ou réunionnaises sélectionnées pourront bénéficier d'un investissement allant de 300 000 à 2 millions d'euros, voire 3 millions d'euros dans des cas exceptionnels, sur accord du comité stratégique de Caomie. De tels outils existent depuis longtemps dans l'Hexagone, mais « les entreprises ultramarines sont souvent exclues des ces fonds car on a un "ticket d'entrée" trop élevé, généralement supérieur à un million d'euros », regrette Mme Villette. L'éloignement géographique et la méconnaissance de notre tissu économique local sont d'autres facteurs dissuasifs pour certains gestionnaires d'actifs hexagonaux. Avec son dimensionnement, Caomie est en quelque sorte « un fonds d'investissement dédié à l'accompagnement des TPE et des PME », poursuit la directrice générale.
Trois types d'entreprises sont ciblées par ce FPCI ultramarin : les sociétés en phase d'amorçage - en phase de commercialisation de leur nouveau produit ou service -, les entreprises en croissance et les entreprises en transmission. Au moins la moitié du fonds Caomie devrait aller vers les entreprises de la deuxième catégorie. « C'est en amorçage que les risques sont les plus élevés », assure Valentin Feuillet, consultant senior à Elevation Capital Partners.
D'autres critères importants sont pris en compte pour bénéficier de cet outil : les projets entrepreneuriaux doivent contribuer au développement économique des territoires, avec une attention particulière portée aux « critères ESG » (environnementaux, sociaux et de gouvernance) de ces entreprises. Des critères d'exclusion sont également précisés d'emblée : les entreprises en difficulté au sens de la réglementation, les entreprises à l'activité non conforme à la charte de déontologie du Crédit Agricole, mais aussi... les sociétés de promotion immobilière, activité assimilée à de la spéculation et « sans création de valeur économique », expliquent les dirigeants de la caisse régionale
« S'approprier ce nouvel outil »
Les entreprises sélectionnées bénéficieront d'une entrée de Caomie à leur capital, la participation du FPCI ne dépassant jamais les 49% afin d'éviter toute prise de contrôle. « Historiquement, on tourne autour de 30 à 35% de participation », illustre Valentin Feuillet. « On ne va pas piquer aux dirigeant la gestion de leur entreprise. On reste un fonds minoritaire », assure Mme Villette. Mais, ajoute-t-elle, « certains dirigeants se sentent seuls : on est ravi de les conseiller, de les aider ». Le chef d'entreprise sera tenu de réaliser un reporting financier trimestriel ou semestriel auprès du FPCI. « Sur la phase start-up, les échanges seront plus fins », précise M. Feuillet.
Le gestionnaire d'actifs se donne l'objectif de rester au capital des entreprises pendant une période allant de cinq à sept ans. « On n'a pas vocation à rester actionnaire : à un moment, on se retire », déclare le « senior associate » d'Elevation Capital Partners. Historiquement, durant cette période de participation, le gestionnaire d'actifs parisien obtient un rendement moyen de 9 à 12%. Mais ce taux historique n'est pas une cible affichée par la direction de la caisse régionale. « Ce qui est intéressant pour nous, c'est le développement du territoire. La rentabilité, il nous la faut de toutes les manières », se contente de dire Axel Rosette à ce sujet.
Aux dires des dirigeants de l'organisme bancaire, Caomie pourrait faire des émules aux Antilles si l'expérience s'avère concluante. « La question est de voir comment les chefs d'entreprises vont s'approprier ce nouvel outil », indique Mme Villette. « On va faire notre expérience avec Elevation. Si on voit qu'il y a une adhésion du tissu économique, on pourrait très bien imaginer de créer un fonds plus ouvert dans deux ou trois ans », confie la directrice générale.

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