Jeunes actifs : le grand malaise des compétences sous-utilisées
Une étude de l'Insee révèle un sentiment de déclassement qui touche particulièrement les jeunes actifs français. 15 % des jeunes en emploi se jugent surqualifiés, ce phénomène, qui frappe davantage les emplois précaires et les niveaux de diplôme intermédiaires, dessine les contours d'un malaise générationnel sur le marché du travail.
La perception des jeunes actifs concernant leur niveau de diplôme présente un premier niveau de décalage : 71 % le jugent adapté à leur emploi, mais 18 % se considèrent trop diplômés. Le problème s'accentue lorsqu'on aborde la spécialisation de la formation : seulement 58 % estiment que leur spécialité de formation est adaptée à leur poste, tandis que 22 % la jugent peu ou pas du tout adaptée. Ce décalage est particulièrement marqué chez les jeunes qui se considèrent déjà trop diplômés, parmi lesquels 44 % déclarent que leur spécialité de formation est inadaptée.
Le sentiment de déclassement frappe particulièrement certaines catégories professionnelles. Alors que seulement 10 % des cadres et des chefs d'entreprise s'estiment surqualifiés, ce pourcentage monte à 26 % chez les employés peu qualifiés et 22 % chez les ouvriers peu qualifiés. À caractéristiques équivalentes (âge, sexe, secteur), les employés et ouvriers peu qualifiés ont plus de deux fois plus de risques de s'estimer déclassés que les professions intermédiaires.
La précarité de l'emploi, facteur aggravant du malaise
Le statut professionnel joue un rôle déterminant dans ce sentiment de déclassement. Les jeunes en CDD ou intérim sont 23 % à s'estimer surqualifiés, contre seulement 14 % des titulaires d'un CDI ou de la fonction publique. Cette différence persiste même lorsqu'on compare des profils par ailleurs similaires, suggérant que la précarité contractuelle amplifie le sentiment de ne pas être à sa place professionnelle. Curieusement, le sentiment de déclassement est moins fréquent aux deux extrémités de l'échelle des diplômes : 12 % des bac+5 et 11 % des titulaires d'un CAP s'estiment surqualifiés, contre 18-19 % pour les niveaux intermédiaires (bac à bac+4). Les diplômés de niveau bac sont particulièrement touchés lorsqu'ils occupent des postes peu qualifiés : 31 % d'entre eux se sentent déclassés, un taux qui monte à 45 % pour les bacheliers généraux.
L'expérience professionnelle : un remède progressif au déclassement
L'ancienneté dans l'emploi semble atténuer le sentiment de déclassement. Seulement 11 % des jeunes en poste depuis cinq ans ou plus s'estiment surqualifiés, contre 19 % de ceux en poste depuis moins d'un an. Cette évolution pourrait s'expliquer par une adaptation progressive du poste aux compétences du salarié, ou par une mobilité professionnelle plus importante chez les jeunes se sentant initialement déclassés. Parmi les chômeurs et inactifs ayant déjà travaillé, 21 % estiment qu'ils étaient déclassés dans leur emploi précédent, soit 6 points de plus que les actifs en poste. Cette différence s'explique en partie par la surreprésentation d'emplois peu qualifiés (44 % contre 17 % chez les actifs) et précaires (59 % en CDD ou intérim contre 15 %) dans leurs parcours antérieurs.
Cette étude de l'Insee révèle une fracture générationnelle sur le marché du travail français, où près d'un jeune actif sur six estime que ses compétences ne sont pas pleinement utilisées. Ce phénomène, qui touche particulièrement les emplois précaires et les niveaux de diplôme intermédiaires, interroge sur l'adéquation entre le système éducatif et le marché du travail, ainsi que sur la capacité des entreprises à valoriser le potentiel de la jeune génération.

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