Trois associations contre un projet agricole
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KOUROU

Trois associations contre un projet agricole

Rosane FAYET
Vue satellitaire de la zone (entourée en rouge). Les 700 hectares concernés par le projet d'Agir.D sont actuellement à l'état primaire, parfois traversés par des sentiers entretenus par des associations sportives (DR)
Vue satellitaire de la zone (entourée en rouge). Les 700 hectares concernés par le projet d'Agir.D sont actuellement à l'état primaire, parfois traversés par des sentiers entretenus par des associations sportives (DR)

Jungle adventures, Kourou vélo vert et le Toucan athlétic club ont saisi le préfet. Les trois associations s'opposent à l'aménagement agricole de l'association foncière Agir.D, en phase de concrétisation : le projet Chawari. Explications.

C'est associations contre association. L'objet de la discorde : 700 hectares sur la zone sud de la RN1, à 15 km du bourg de Kourou en direction de Sinnamary. Alors que l'Association guyanaise d'insertion rurale et de développement (Agir.D) a déjà cadastré toute la zone, trois associations kourouciennes de sport en nature - Jungle adventures, Kourou vélo vert et le Toucan athlétic club - manifestent leur opposition. Elles ont adressé le 15 octobre dernier un courrier (voir ci-dessous) au préfet - le terrain est propriété de l'Etat - exprimant leur inquiétude pour l'environnement et pour le devenir de leur activité. A ce jour, les trois associations n'ont pas reçu de réponse. Sollicités par nos soins, les services de la préfecture n'ont pas pu nous renseigner sur la réception et le traitement de ce courrier.
321 PARCELLES DE 2 HECTARES
Tirant son nom d'un grand arbre amazonien, le projet Chawari se traduit par le découpage en 321 parcelles, de près de 2 hectares chacune, destinées à de l'exploitation agricole individuelle par des personnes physiques ou morales. Le but, explique Franck Bergena, président de Agir.D, est de « permettre l'insertion des personnes sans emploi, défavorisées, des chômeurs de longue durée, Rmistes, etc. Que l'on fasse de la culture d'appoint pour la famille, pour la vente, ou que l'on soit employé. »
Patrick Hoyau, président de Jungle adventures, fait partie des tout premiers opposants au projet. « Nous entretenons les chemins de la zone depuis des années. Lorsque j'ai vu l'hélicoptère, les géomètres venir, le bornage... je me suis inquiété. » Sa crainte, que ce terrain devienne « une nouvelle route du Dégrad Saramaca » , avec une floraison d'habitat spontané. Autre point d'inquiétude, « l'impact sur le biotope (qui) serait désastreux » . De plus, Patrick Hoyau, ainsi que José Gaillou (Guyane Ecologie), soulignent le risque de pollution sur le « périmètre du point de captage d'eau » , la dite zone se trouvant sur « le bassin versant de la crique Couy, qui se jette dans le Kourou, en amont de la station de pompage » .
Une possible pollution n'est en effet pas écartée, bien que l'ensemble des pistes tracées sur les plans du géomètre évite tous les écoulements naturels et criques de la zone. Aussi, le cahier des charges (2) stipule « qu'aucune occupation ni exploitation ne sera autorisée » sur ces espaces. La vigilance se porte néanmoins sur les parcelles (assez nombreuses) qui jouxtant des cours d'eau et autres zones protégées. Ces zones représentent 15% du projet.
UN PROJET VIEUX DE DIX ANS
Sur ce point précis, le président de Agir.D ne voit pas de danger. Son argument : « Il est prévu que l'association mette en place une procédure d'entretien, de protection et de surveillance de ces zones » . Franck Bergena évoque une « bande de petits bourgeois qui sentent leur sport du week-end menacé » . Sa logique est claire : « Pour développer la Guyane il faut occuper l'espace. » L'homme se dit abasourdi que le foncier guyanais ne soit pas exploité. « Comme quand on empile les gens les uns sur les autres en HLM et qu'on s'étonne après de la criminalité. »
Pour l'initiateur de ce projet agricole, les associations se « réveillent trop tard, maintenant qu'elles ont vu du mouvement » . Le projet ne date pourtant pas d'hier. Né en 2002, il a eu l'aval de la municipalité en 2005 et de la préfecture en 2008. D'ici deux semaines, les quasi 400 adhérents de l'association connaîtront le prix au mètre carré, fixé par France Domaine, pour la poursuite de leurs investissements.
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José Gaillou déplore surtout un manque d'information
« Je connais bien les différents partis. J'ai été alerté et j'ai relayé. » Kouroucien et secrétaire général de Guyane Ecologie, José Gaillou a écrit* à Denis Girou, directeur de la Deal, au sujet du projet. L'écologiste se dit vigilant quant aux risques de pollution par l'eau. Mais il « comprend aussi le besoin d'utilisation du foncier » . Pour lui, le souci principal est le manque d'information, les associations ne connaissant pas le détail du projet. Il insiste pour que les différents acteurs se « réunissent autour d'une table » et qu'un « vrai travail sur l'écotourisme » soit mené sur la commune.
Cahier des charges du projet agricole Chawari
1. Les parcelles sont à usage agricole
2. Seul sera autorisé un carbet en bois à usage d'abri de jardin
3. Aucune occupation ne sera autorisée en dehors des parcelles bornées
4. Le déforestage mécanique (bull ou pelle) est interdit
5. Une occupation à usage collectif peut être autorisée par l'association
6. Les dépôts et autres déchets sont strictement interdits
7. L'entretien et la surveillance des zones protégées est assuré par l'association
8. Chaque adhérent doit veiller à la protection et conservation des bornes
9. Les clôtures en tôle sont formellement interdites, piquets wapa conseillé
10. Les entrées de parcelles sont aménagées par les adhérents après approbation par l'association des busages, portail et clôtures éventuels
11. L'entretien de l'emprise commune est assuré par les riverains au droit de leur parcelle, y compris les fossés de la voirie s'il y en a
12. Les fossés, limites entre parcelles, constitueront des servitudes d'écoulement des eaux pluviales et devront être entretenus par les riverains
 
 
La lettre de José Gaillou au directeur de la Deal
(Mail datant du 2 novembre 2013)

Bonjour Denis,

Je me permets de transmettre une lettre que j’ai reçu de l’association Jungle-Adventures.

Celle-ci s’inquiète, avec raison, du découpage parcellaire agricole en cours par France domaine sur une zone de forêt primaire traversé par des sentiers de randonnée.

Cette zone est également sur le bassin versant de la crique COUI qui se jette dans le Kourou, en amant de la station de pompage de Kourou. On imagine mal le risque de pollution sur le périmètre du point de captage d’eau et de ses conséquences, en plus d’une déforestation massive avec l’impact environnemental sur la faune et la flore.

On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec ce qui se passe actuellement sur la route des PK, Dégrad Saramaca, qui devient une véritable zone urbaine, avec des construction illégales et une plus value gigantesque par certains propriétaires sans scrupules.

Si je comprends la démarche de vouloir créer du foncier agricole, je m’insurge  contre cette démarche de toujours imposer aux citoyens des décisions prises sans concertation et en dépit de tout bon sens écologique, en plus par des personnes basées à 8000km. 

J’espère , en tant que directeur de la DEAL, que tu pourras intervenir  sur ce dossier et nous faire connaitre la position de tes services.

Je reste à ta disposition pour toutes informations complémentaires.

Cordialement,
José GAILLOU
Chevalier de l'ordre national du mérite
 


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