SARA : Les députés Castor et Rimane dénoncent « un système de rente »
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SARA : Les députés Castor et Rimane dénoncent " un système de rente "

Marion LECAS
Davy Rimane, Jean-Victor Castor et Joëlle Prévot-Madère lors de la conférence de presse du 10 septembre.
Davy Rimane, Jean-Victor Castor et Joëlle Prévot-Madère lors de la conférence de presse du 10 septembre. • M.L.

Lors d'une conférence de presse, ce lundi 9 septembre, les parlementaires ont longuement réagi au rapport accablant de l'Inspection des finances sur l'activité de la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles (SARA). Ils réclament la fin d'un système qui pèse injustement sur les consommateurs guyanais. 

Si l'on doit bien l'accès public au rapport de l'Inspection des finances sur l'activité de la SARA à quelqu'un, c'est aux députés guyanais Jean-Victor Castor et Davy Rimane.

" Nos incessantes relances ont payé ", s'est ainsi félicité le premier, lors d'une conférence de presse aux côtés de son confrère et de Joëlle Prévot-Madère, présidente de la Confédération des petites et moyennes entreprises de (CGPME) Guyane. Depuis janvier 2022 et la commande dudit rapport par le ministère des Outre-mer, achevé en mars de la même année, le binôme a réclamé la divulgation de son contenu, à d'innombrables reprises et à d'innombrables interlocuteurs, jusqu'à saisir la commission d'accès aux documents administratifs (CADA).

 

 

Désormais public, le rapport " dit des choses très graves, parfois même scandaleuses " d'après les mots de Jean-Victor Castor. Le document, de fait, impute le prix des carburants et du gaz dans les départements français d'Amérique à l'activité de raffinage de la société. Y mettre fin, pourrait permettre de gagner à minima 14 centimes d'euros par litre, d'après l'IGF. Un montant toutefois considéré avec précaution par les députés : " Nous n'avons aucun chiffre, que ça soit d'un côté ou de l'autre ! " regrette ainsi Davy Rimane.

" Une complicité " entre l'État et la SARA

Outre le contenu du rapport, c'est l'opacité sciemment entretenue, sous couvert du secret des affaires, qui choque grandement les élus. Elle serait la preuve d'une " complicité très claire entre l'État et la SARA ", accuse Jean-Victor Castor. " Les prix des carburants sont administrés, il n'y a pas de concurrence, pourquoi donc le secret des affaires s'appliquerait-il ? " interroge de son côté Davy Rimane.

 

 

Ils dénoncent à l'unisson un " système mécaniquement organisé " qui garantit des dividendes aux deux principaux actionnaires de la SARA, sur le dos des consommateurs guyanais.

De fait, le rapport met en lumière que la SARA, bien qu'en situation de monopole, bénéficie d'une rémunération stable de 23 millions d'euros par an, redistribuée aux actionnaires, indépendamment des performances de l'entreprise. " Cela représente 9% des capitaux propres, c'est supérieur à la moyenne du secteur. Bon nombre d'entreprises aimeraient avoir cette rentabilité assurée ", rappelle Joëlle Prévôt-Madère. Rente organisée et prix administrés dans une situation de monopole : " C'est une double illégalité ", poursuit la présidente de la CGPME Guyane. Les députés en appellent à une régulation plus stricte des marges pratiquées par la Commission de régulation de l'Énergie (CRE).

La situation paraît d'autant plus injuste pour les Guyanais qu'ils paient les coûts du raffinage, alors même qu'ils sont fournis en carburants importés dont au moins 50% serait d'ores et déjà raffiné. " Quand la Guyane est entrée dans le système, en 2007, la SARA n'était pas en capacité de raffiner plus de carburant qu'elle ne le faisait déjà pour la Martinique et la Guadeloupe. Pour notre territoire, elle est donc obligée d'importer les produits ", explique ainsi Joëlle Prévôt-Madère. Par conséquent, dans le prix de leur carburant, les Guyanais supportent la mutualisation d'un raffinage dont ils ne profitent pas. " Les coûts sont divisés par deux, au lieu d'être divisés par trois ", résume Joëlle Prévôt-Madère.

Sortir du système ?

Il est donc indispensable, selon Joëlle Prévot-Madère et les parlementaires, que la Guyane sorte de ce système de mutualisation des coûts, qui pèse injustement sur notre région, " économiquement plus défavorisée que la Martinique ou la Guadeloupe ". Ils relativisent par ailleurs la "casse sociale" que l'arrêt de l'activité de raffinage engendrerait en Guyane, estimant que 33 emplois seulement seraient touchés, sur les 700 avancés par la SARA. 

 

 

Qu'adviendra-t-il alors ? Davy Rimane penche pour le dialogue et les négociations. La SARA pourrait s'adapter et proposer des prix plus justes. Le député entend profiter des discussions autour du budget de l'État 2025 pour porter ce sujet dans les plus hautes sphères de l'État.

Jean-Victor Castor, lui, semble plus radical. Il souhaiterait que la Guyane sorte complètement du " système " et s'approvisionne sur son plateau, les activités pétrolières étant nombreuses au Brésil et au Suriname, ce dernier pays étant paradoxalement exploité par TotalEnergies, grande entreprise française un temps actionnaire majoritaire de la SARA.

Pour le monde économique, représenté ici par Joëlle Prévôt-Madère, la priorité est de réclamer une nouvelle étude, financée par la Collectivité territoriale de Guyane, sur les modalités d'approvisionnement en dehors de la SARA. " Nous devons être prêts et réactifs si la SARA nous menace de cesser d'importer. Ils doivent comprendre que ce ne sont pas les seuls fournisseurs présents ", insiste la présidente de la CGPME Guyane, faisait là aussi référence au voisin surinamais.

Se fournir dans les pays limitrophes nécessiterait alors de déroger aux normes européennes en matière de carburant. Ce qui n'est pas impossible : la collectivité d'outre-mer de Saint-Martin l'a réclamé et obtenu il y a des années. Reste à la Collectivité territoriale de Guyane, qui possède les prérogatives nécessaires, de s'emparer du sujet.

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