Des varroas sur des larves d'un couvain mâle. Ce parasite fait chuter la production de miel (BG)
La Martinique connait la pire récolte de son histoire, en Guyane la tendance est moins négative. Toutefois, le miel guyanais accuse un coup dur : alors que les ruches ont doublé en vingt ans, la production décroît progressivement, victime d'un parasite coriace.
Il est de plus en plus connu des salons et des amateurs. Le miel de Guyane a la côte, notamment le miel de mangrove, star jusqu'en Belgique. Mais le miel péyi voit peser sur lui une menace : le varroa. Bruno Gaucher, apiculteur en Guyane depuis 1990 raconte son expérience. « Le grand tournant c'était en 2002. J'ai été le premier à découvrir la présence de ce parasite chez nous. Je peux dire que le varroa est responsable à 80% de la chute de production. » Grand comme une tête d'épingle, cet acarien parasite les abeilles en se logeant dans les alvéoles, où il se fait enfermer, pond des ?oeufs et suce le sang (l'hémolymphe) des abeilles au stade larvaire. Quand elle ne meurt pas, « l'abeille se retrouve avec une patte ou une aile atrophiée » , déplore Bruno Gaucher.
126 KG DE MIEL PAR RUCHE EN 1994 ; 51 EN 2002
« La population d'abeille chute et donc la récolte aussi. » En témoigne le registre de production de l'apiculteur. En 1994, il battait des records avec 126 kg de miel par ruche. En 2002, il déclinait à 51 kilos (sur ses 74 ruches, il en a perdu 16). Dans les années quatre-vingt-dix, avec une quarantaine de ruches, Bruno Gaucher récoltait 60 à 90 kg de miel par ruche. Et avec plus de 80 ruches, depuis 2003, il stagne dans une moyenne de 50 kg (1).
RUPTURE DE STOCK
Effet pervers, en douze ans le prix du miel a doublé. Compter 3 euros les 250 g au début des années 2000, contre 6 euros aujourd'hui en vente directe. « L'offre diminue » , reconnaît l'apiculteur. « J'ai récemment répondu à une livraison de 200 pots pour une grande surface de Matoury. Je les ai prévenus que ça serait la dernière. On va tomber en rupture. »
Cela a contraint Bruno Gaucher à passer d'une agriculture biologique à une agriculture dite conventionnelle, pour avoir accès à des traitements plus performants. Si cela résorbe en partie l'infestation, il ne la résout pas. L'autre méthode de lutte contre le varroa c'est leur piégeage sur le couvain mâle, que l'apiculteur retire. Problème : il y a moins de mâles dans la nature pour féconder les reines. Il n'empêche, affirment les apiculteurs, que le secteur est très porteur : 58 tonnes de miel sont importées chaque année en Guyane. Seulement 4 sont produites localement.
(1) L'abeille guyanaise (dite « abeille tueuse » ) reste tout de même la plus productive (la moyenne antillaise n'est que d'une vingtaine de kilos par ruche).
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