Une casse illégale zone Galmot, à Cayenne. La majorité des épaves de voiture ne sont pas traitées et pourrissent, malgré les problèmes sanitaires que cela pose (HG)
On estime à 30 000 le nombre de véhicules hors d'usage (VHU) en Guyane. Alors que la lutte contre le chikungunya et la dengue est une priorité, à qui incombent le ramassage et le traitement de ces épaves ?
En 2009, on estimait leur nombre à 15 000. Aujourd'hui, on se rapprocherait plus des 30 000 épaves de véhicule, entreposées dans des casses sauvages ou abandonnées dans la nature. Face au risque sanitaire qu'elles représentent - les épaves constituent des gîtes larvaires et favorisent donc le développement du chikungunya et de la dengue - le préfet a pris un arrêté début juillet pour « procéder d'urgence à (leur) élimination » . Mais la route est longue pour mettre fin aux casses illégales, tenues par des garages indépendants ou des sociétés de location de voitures.
1 000 VÉHICULES TRAITÉS PAR AN
Les véhicules en fin de vie, ou accidentés, sont considérés comme des déchets dangereux et doivent donc être dépollués avant d'être détruits et recyclés au maximum. En Guyane, seule une entreprise a obtenu l'agrément pour le faire : il s'agit de Caribbean Steel Recycling, située sur la RN3 à Rémire-Montjoly.
Chez elle, les épaves ne s'entassent pas par centaines : les véhicules sont démontés, dépollués, compactés et expédiés en Europe. Mais cette société ne traite que 1 000 véhicules par an, alors que le nombre de véhicules mis hors d'usage est estimé à 4 000 chaque année. Les trois-quarts des véhicules en fin de vie finissent donc dans des casses illégales.
DÉMOUSTICATION OBLIGATOIRE
Face à la menace du chikungunya, la pression est montée d'un cran. Notamment pour les casses situées à proximité des quartiers résidentiels. Les exploitants ont reçu une mise en demeure de l'État de procéder à la démoustication de leur site sous cinq jours. « Nous sommes très vigilants par rapport à ça » , assure Guy Faoucher, chef du service Risques, énergie, mines et déchets à la Deal.
Mais bien avant l'urgence du chikungunya, les services de l'État ont commencé à mener des inspections auprès des casses illégales. Avec un principe simple : soit l'exploitant se met aux normes et devient un centre VHU agréé, soit il évacue ses épaves (lireci-dessous). Bilan : deux sociétés, une à Kourou, l'autre à Cayenne, sont en passe de se mettre aux normes. Un constat encourageant pour l'Ardag (*), l'association pour le recyclage des déchets automobiles en Guyane. « La mise aux normes est une démarche positive. Il faut accompagner les porteurs de projet » , explique le responsable environnement de l'Ardag, Ghislain Halter.
Les casses qui ne sont pas dans les clous n'auront, elles, bientôt plus le choix : elles devront se séparer de leurs véhicules sous peine d'encourir une grosse amende.
(*) L'Ardag représente les importateurs de véhicules, de batteries et de pneus.
« 75% des volumes nous échappent »
En Guyane, seule Caribbean Steel Recycling a l'agrément pour traiter et recycler les épaves de voiture. Elle dénonce une concurrence déloyale des illégaux.
Caribbean Steel Recycling, située sur la RN 3, a obtenu fin 2009 l'agrément pour traiter les véhicules hors d'usage.
« La réglementation est complexe, explique le gérant, Armand Larcher. Nous avons un important cahier des charges à respecter. » Cette société s'occupe de 1 000 véhicules par an, soit seulement un quart du nombre de VHU annuels. « 75% des volumes nous échappent. Nous faisons face à la concurrence déloyale des illégaux. » Une situation pénalisante pour l'entreprise : « Nous avons perdu 100 000 euros sur l'activité VHU en 2013 » , indique Armand Larcher.
Les véhicules qui arrivent chez Caribbean Steel Recycling proviennent en majorité des services publics : ceux qui ont été mis à la fourrière et qui n'ont jamais été récupérés, ceux qui ont été collectés par la CACL (agissant pour le compte des communes), ou encore ceux collectés par la mairie de Cayenne. Les particuliers, les garages et les concessionnaires sont peu nombreux.
Caribbean Steel Recycling assure la dépollution des véhicules et les démonte. Les pièces qui peuvent être réutilisées sont mises en vente sur le marché de l'occasion. Les carcasses des véhicules sont ensuite compactées et expédiées par conteneur vers un broyeur, en Europe.
Mais cela va bientôt changer : fin octobre, Caribbean Steel Recycling va acquérir un broyeur. Toutes les épaves emmenées seront broyées gratuitement. Les matériaux seront ensuite vendus sur le marché des matières premières secondaires. Une démarche qui devrait réduire significativement le stock de véhicules hors d'usage en Guyane.
Seule entreprise à assurer le traitement des véhicules hors d'usage, Caribbean Steel Recycling démonte, dépollue et compacte les voitures avant de les expédier en Europe où elles seront recyclées (SB)
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Casses illégales, gîtes à moustiques
Selon la préfecture, ils représentent « un danger imminent pour la santé publique » dans les zones de foyer épidémique du chikungunya. Les véhicules hors d'usage - les épaves - constituent des gîtes pour les larves de moustique et favorisent le développement du chikungunya et de la dengue. On en compterait 30 000 dans le département, entreposés dans des casses illégales.
REPÈRES
Mairie ou État ?
Les sites contenant des VHU de moins de 100 m2 relèvent du pouvoir de police du maire. Ceux de plus de 100 m2 relèvent des services de l'État.
Qui peut les prendre en charge ?
Pour le moment, seule la société Caribbean Steel Recycling a l'agrément. Les particuliers qui remettent leur véhicule complet n'ont rien à payer. Sinon, il leur en coûte 80 euros. Les garages qui apportent les véhicules doivent eux s'acquitter de 140 euros (car la plupart des pièces réutilisables ont déjà été récupérées).
Qui en est responsable ?
Ce sont les derniers détenteurs des véhicules : particulier, garage ou concession automobile, compagnie d'assurance, fourrière. Tout détenteur d'un VHU a l'obligation de remettre son véhicule à une entreprise agréée pour en assurer l'élimination sous peine d'encourir une sanction maximum de deux ans de prison et 75 000 euros d'amende.
Les casses illégales inspectées
Depuis 2013, l'État, via la Deal, mène des actions auprès des casses. Une trentaine de sites (sur une quarantaine) ont été inspectés. « Lors de la première inspection, nous dressons un procès-verbal avec une mise en demeure de l'exploitant : soit il se met aux normes pour devenir un centre VHU agréé, soit il évacue les véhicules » , explique Guy Faoucher, chef du service Risques, énergie, mines et déchets à la Deal. Lors de la deuxième inspection, la pression est plus importante. Une somme correspondant au nombre de véhicules à évacuer (1 500 euros par véhicule) est consignée. L'État peut également mener des travaux d'office. « Nous en sommes à cette phase-là. La résorption des VHU va progressivement se faire. On ne lâchera pas » , prévient Guy Faoucher.
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