Elle n'a pas remporté le concours de Miss France, mais Tineffa Naïsso garde de bons souvenirs de sa participation. La tête encore dans les étoiles, Miss Guyane garde toutefois les pieds sur Terre. Après des vacances dans l'Hexagone, elle raconte son aventure.
On sait combien vous étiez motivée par l'élection de Miss France. Vous n'êtes pas un peu déçue aujourd'hui ?
J'ai été parmi les douze dernières candidates. Mais même si ça n'avait pas été le cas, je pense que ça valait le coup. Depuis, j'ai eu pas mal de contacts pour des photos et je vais peut-être participer en juillet au Congrès créole de Monaco.
On dit que les contacts qu'on peut avoir lors de ce type de concours servent toujours, même en dehors du monde de la mode. Alors ?
Je fais des études pour être professeur d'anglais... Alors franchement, je ne suis pas sûre que les contacts que j'ai pu avoir là-bas vont m'aider dans ce domaine-là... C'est vrai peut-être pour les filles qui veulent travailler dans la mode ou même la communication.
La préparation à l'élection a duré un mois, en Martinique. Comment cela s'est-il passé ?
Là-bas, on n'est plus vraiment soi. Il faut toujours être bien maquillée, bien coiffée. On a fait pas mal d'activités en Martinique, mais on n'a pas vraiment pu en profiter. Tu n'es pas dans ton truc à toi, tu es là pour l'image de Miss France. Parfois on devait refaire plusieurs fois la même chose pour les caméras. On n'avait pas droit au téléphone la journée et on avait internet que le soir dans notre chambre. Du coup, on est vraiment coupées de nos familles. C'est bien que cela ne dure qu'un mois.
Est-ce que l'esprit de compétition règne parmi les filles ?
En Martinique je n'ai pas senti de pression. Par contre, à Nice, on répétait tous les jours et la compétition a fini par se faire sentir. Pour les photos, certaines bataillaient pour se mettre en avant. Mais ce ne sont pas forcément celles qui ont bataillé qui ont gagné (rires).
Qu'est-ce qu'il aurait fallu, à votre avis, pour que vous soyez élue ?
Je ne sais pas vraiment. Nous, de là où on est, on ne voit pas la même chose que le jury... On a toutes bossé très dur pour la chorégraphie. C'est là que je me dis que nous en Guyane, on a de la chance. Pour l'élection de Miss Guyane, on a déjà un mois de préparation. Du coup, après, on est déjà habituées à la scène. En France, certaines filles sont élues sur une seule journée. Par ailleurs, en parlant avec les autres filles, je me suis rendu compte que nous, dans les Dom, nous sommes gâtées. On a eu pas mal de cadeaux alors que certaines Miss n'ont même pas eu un bouquet de fleurs...
Est-ce que le nouveau système de vote n'a pas joué en votre défaveur ?
C'est sûr que le système de vote est défavorable aux Miss d'Outre-mer! Seul le vote du public est pris en compte. Ici, les SMS ne passaient pas et tout le monde n'a pas le téléphone. Je sais que le jury, lui, m'avait classée troisième.
Le jury se base aussi sur les présélections. Comment se passent celles-ci ?
J'ai trouvé cela plus stressant que la soirée d'élection. On est dans une salle avec une vingtaine de personnes. Ce qui fait qu'il y a quarante yeux braqués sur vous. Vous devez défiler en maillot, avec des talons, dans une salle qui glisse. On m'a aussi posé des questions.
Lesquelles ?
D'abord, ils ont voulu savoir si j'étais prête à vivre en France. Et puis ils m'ont demandé ce que je pensais de l'orpaillage clandestin! Je ne pensais pas du tout qu'ils allaient me demander cela. Mais je leur ai répondu. J'ai parlé des problèmes que cela pose pour la forêt mais aussi pour les populations amérindiennes à cause du mercure.
Est-ce qu'en tant que Miss, vous pouvez prendre position sur certains sujets ? Nous sommes à quelques jours d'une consultation, est-ce que vous pourriez vous exprimer là-dessus ?
Je ne fais pas d'interviews basées là-dessus. Je suis la politique de loin. J'ai un avis, mais je ne veux pas forcément en débattre.
Que va-t-il se passer pour vous à court terme ?
Je vais continuer à faire les représentations en tant que Miss Guyane et poursuivre mes études pour avoir ma licence.
Et si on vous propose, là, immédiatement, de faire du mannequinat, pourriez-vous abandonner vos études ?
Non. Je préfère continuer mes études, pour être sûre d'avoir au moins ma licence. Je connais tellement de personnes qui ont arrêté leurs études en pensant les reprendre après et qui ne l'ont jamais fait! Je ne veux pas que cela m'arrive.
- La même mais un peu différente
ELLE ARRIVE CHEVEUX AU VENT. Tout sourire. Une vraie attitude de Miss, à croire que Tineffa a bien intégré son rôle. Mais non. La jeune femme assure être restée la même : une étudiante accro au volley-ball et qui défile de temps à autre. Pourtant, quelque chose a changé. Une certaine décontraction lors des interviews, une assurance manifeste dans ses gestes et ses propos. « Mais je ne me rends pas bien compte de tout cela, assure-t-elle. Ce qui a changé, c'est que beaucoup de personnes que je ne voyais plus se sont mises à me contacter. En dehors de cela, mes amis sont restés les mêmes et je sors toujours aussi peu en dehors de mes représentations officielles. »
Quelques mois après son élection, Tineffa peut toutefois faire un premier bilan de son « mandat de Miss » . Les inconvénients ? « Beaucoup de temps pour les essayages, la coiffure, le maquillage avant chaque représentation, et il faut parfois se rendre à des manifestations auxquelles on n'a pas vraiment envie d'assister. » Les avantages ? « Les cadeaux! Même si je ne sais pas encore ce que je vais faire des robes que j'ai gagnées (toutes les robes du gala Miss Guyane sauf celles des dauphines, ndlr) et que je n'ai toujours pas récupéré la voiture qu'on me prête pour un an. »
- BIO EXPRESS
- Tineffa Naïsso est née le 1er octobre 1989 à Cayenne. Elle a vécu à Sinnamary et à Roura avant d'emménager à Matoury, cité Concorde.
- Membre de Mannek'yn Agency, elle participe de temps à autre à des défilés de mode.
- Accro au volley-ball, Tineffa est membre du CSVB (Club sportif de volley-ball de Matoury). Elle s'entraîne trois fois par semaine et n'envisage pas de mettre un terme à ses activités sportives.
Image - Une Miss en 4X3
Fin décembre, les automobilistes de l'Île de Cayenne n'ont pas pu manquer ces panneaux d'affichages. Sur un fond étoilé, Tineffa vantait les mérites de la bijouterie Buirette. Membre de Mannk'yn Agency, elle a en effet l'opportunité de défiler ou de poser en dehors de son contrat de Miss. Mais Tineffa ne veut surtout pas « défiler pour défiler » et choisi avec précaution les personnes avec qui elle travaille. Un désir de maîtriser son image et d'éviter d'être « la fille qu'on voit tout le temps, dans tous les défilés. »
(Éric Loitière)
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TINEFFA NAÏSSO MISS GUYANE
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