Le troisième vendredi d'août retenu pour célébrer le marronnage des Boni
Adoptée en assemblée plénière de la CTG le 10 juillet, la création d'une journée annuelle de célébration du marronnage des Boni entrera en vigueur le 21 août 2026
La Collectivité territoriale de Guyane a adopté, en assemblée plénière, la création d'une journée annuelle dédiée au marronnage des Boni. Fixée au troisième vendredi du mois d'août, elle entrera en vigueur en 2026. Cette inscription dans le calendrier marque une reconnaissance de la résistance et de la quête de liberté portées par les ancêtres.
Conduit depuis septembre 2024 par un groupe réunissant élus, autorités coutumières et société civile, dont l'historien Jean Moomou, le chef coutumier Bruno Apouyou, Jules Deie, maire de Papaïchton, et Raymond Deye, vice-président de la CTG, le projet a été discuté dans plusieurs communes avant d'être adopté sans opposition. Son initiateur, Jessi Américain, conseiller à l'Assemblée de Guyane, en précise l'intention : " Nous ne parlons pas de commémoration, mais de célébration. L'idée, c'est de célébrer la victoire de nos ancêtres, la résistance et le concept de liberté. " Il rappelle aussi le repère historique : " 2026 correspond aux 250 ans de l'arrivée des Boni en Guyane, en 1776. "
Des repères historiques et culturels
Le choix de la date repose sur une logique culturelle plus que calendaire. " Chez nous, on n'est pas sur des dates fixes, mais sur des temporalités liées aux événements et à la nature ", précise l'élu. Le mois d'août, début de la saison sèche, est retenu comme période propice, à l'époque " pour résister et pour marronner dans le contexte amazonien ". Le vendredi s'est imposé pour des raisons historiques et spirituelles, référence à la résistance : "Une partie des maîtres d'esclaves au Suriname étaient juifs. Le vendredi marque le début du sabbat, période de repos. Cela permettait aux esclaves d'aller chasser, d'aller à l'abattis, et aux résistants de s'organiser. C'est aussi un jour important dans la spiritualité Boni. "
Quant au troisième vendredi, il renvoie à " un chiffre central dans les pratiques sociales et rituelles. Il y a des cérémonies funéraires autour du troisième jour ou du troisième mois. Pour les femmes après la naissance, certaines étapes interviennent au troisième mois," résume-t-il. " On est sur une date symbolique qui représente la dignité ".
La journée ne sera pas fériée. Elle reposera sur des initiatives locales, avec des cérémonies prévues notamment à Papaïchton et Apatou. Des temps de prière et des interventions des chefs coutumiers sont envisagés dès 2026, avant la mise en place d'actions pédagogiques et la création d'une association dédiée à l'organisation des célébrations.
Une démarche validée par les autorités coutumières
Présenté aux autorités coutumières en octobre 2025, le projet a reçu un avis favorable. Sylvio Van Der Pijl, président du Grand Conseil coutumier, indique : " Le projet avait été bien expliqué. Il y a la journée des peuples autochtones, et là on est sur un autre cadre. Dans l'histoire, il s'agit des Amérindiens et des Bushinenge, donc il n'y a pas de discussion. " Il ajoute que " ce sont des événements, certes, festifs, mais il y a aussi l'histoire et une forme de reconnaissance qu'il faut voir ".
La question d'une date commune aux communautés bushinenge a été évoquée. Elle n'a pas abouti. " Les histoires sont différentes ", rappelle Jessi Américain. Il cite les repères existants : le 10 octobre 1760 pour les Djuka et le 19 septembre 1762 pour les Saramaka. " La dynamique sur le terrain n'est pas à l'abandon de ces dates. Les Boni ne sont pas concernés ", souligne-t-il, ce qui rend difficile l'instauration d'un calendrier commun. La démarche prend acte de ces trajectoires historiques distinctes.
" C'est légitime, chacun a le droit de demander ", réagit Félix Dada, maire de Grand-Santi. " Je suis d'origine Bushinenge et Djuka. Les Boni en Guyane demandent une journée, ça ne me gêne pas. " Il rappelle l'existence du 10 octobre comme référence au Suriname et estime que cette nouvelle date n'entre pas en contradiction avec les autres repères.
Le premier rendez-vous est fixé au 21 août 2026, pour une célébration appelée à s'inscrire dans la durée.

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