Sans le quorum, le congrès des élus ne pouvait pas se tenir valablement. Les participants ont ainsi décidé d'organiser une réunion informelle dont les décisions retenues, mais pas votées, seront introduites dans des délibérations soumises le 17 juin au Département.
Hier matin, s'il n'avait pas fait le plein au niveau des élus, l'auditorium de la mairie de Rémire-Montjoly a néanmoins accueilli un large public venu écouter les débats sur la future collectivité. Débaptisée congrès après le constat de l'absence de quorum, cette réunion informelle à laquelle certains entendaient donner un caractère solennel, devait surtout permettre de préparer la prochaine séance plénière du Conseil général. Et, par extension, les débats prochains à l'Assemblée nationale.
Christiane Taubira a ainsi rappelé aux participants qu'il convient, lors de cette rencontre, « de poser des choix politiques clairs » qu'elle défendra lors du passage du texte à l'Assemblée nationale dans quelques semaines. Les débats du jour devaient donc « nourrir la rédaction des amendements » . Ne pouvant pas voter les décisions prises hier, la collectivité départementale a fait le choix de les noter et de les présenter en séance plénière le 17 juin prochain. Les délibérations adoptées seront ainsi remises aux deux députées qui défendront les intérêts des élus devant l'Assemblée nationale.
1 La gouvernance
Les conseillers, se basant sur le fait que l'Assemblée nationale peut encore faire évoluer le texte, ont à nouveau indiqué leur préférence pour un mode de gouvernance bicéphale. Patrice Clet a ainsi suggéré une gouvernance avec un président de l'assemblée et un président d'un conseil exécutif. Conseil composé de neuf membres. Jean-Étienne Antoinette a souhaité que ce conseil comprenne des membres de la majorité élue mais aussi de l'opposition. Une demande reliée par plusieurs élus de l'opposition régionale. Finalement, il a été acté que le conseil exécutif, responsable devant l'assemblée, ne sera composé que d'élus de la majorité. Néanmoins, il est convenu que l'opposition aura des sièges dans les agences externes de la collectivité.
2 Les autorités coutumières
Ce sujet n a pas donné un grand débat. Line Létard, conseillère régionale, a néanmoins souhaité ardemment que la collectivité de Guyane accorde les garanties financières pour que le conseil consultatif des populations bushinengue et amérindienne ait les moyens de ses ambitions.
3 La répartition des sièges
Les élus, suivant la demande de Patrice Clet, conseiller général de Sinnamary, ont acté le principe du retrait de Kourou de la section des Savanes. Dans la première proposition de découpage des sénateurs, Kourou était une section à part et Sinnamary, Saint-Elie et Iracoubo étaient regroupées dans une autre. Le texte voté il y a quelques jours au Sénat a fusionné ces deux sections. Avant la séance plénière de juin, les élus doivent travailler sur les propositions afin de trouver « la répartition qui satisfait au mieux » , selon Christiane Taubira.
4 Les personnels
La fusion des deux collectivités doit créer le premier employeur guyanais de la fonction territoriale, soit 40% des salariés de la fonction publique. On parle de 3 000 salariés au sein de la collectivité de Guyane. Devant l'enjeu de cette fusion, les syndicats ont pris place hier dans l'auditorium afin de participer aux débats. « Il y a une crispation au niveau des élus mais aussi au niveau des salariés, a confié Dominique Louvel. Il faut se parler. » Le Département a présenté hier un audit très détaillé de ses effectifs, « mais je ne peux pas avancer plus sans la Région » , a estimé Alain Tien-Liong. Une inquiétude légitime alors que les interrogations des salariés, des deux collectivités, ne cessent de grandir.
« Des querelles persistantes »
« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » On sait que les présidents de Région et du Département ne partiront pas en vacances ensemble cette année encore mais l'absence des élus régionaux de la majorité, hier au congrès, a provoqué un petit flottement. Même si personne n'attendait que les conseillers régionaux acceptent l'invitation du Département. Le carton portant le nom de Rodolphe Alexandre, placé à droite d'Alain Tien-Liong, est donc resté orphelin. Ceux des conseillers régionaux de la majorité aussi, prouvant qu'ils sont en total accord avec leur président.
Même dans les rangs du Département, on a pu constater quelques défections que le seul hasard d'un agenda chargé ne pourrait expliquer. Jean-Pierre Théodore Roumillac, Pierre Désert et Serge Adelson n'ont pas honoré de leur présence ce congrès avorté. Marie-Thérèse Morel, située plus à droite sur l'échiquier politique qu'eux, figurait pourtant parmi les présents.
Christiane Taubira, présente en tant que conseillère régionale et parlementaire, a estimé que le sujet du jour était à la fois « majeur et urgent » . Mais elle a regretté que la population guyanaise et les salariés des deux collectivités soient « les otages d'une querelle persistante entre les deux présidents de collectivités » . Elle les incite à renouer le dialogue. « Il faut être deux pour dialoguer » , ajoutait Antoine Karam, ancien président de la Région.
Mais les discussions entre les deux hommes s'annoncent difficiles. Pour preuve, le Département organise le 15 juin prochain un congrès sur l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages. La Région lui aurait déjà signifié qu'elle ne participera pas alors qu'une loi doit découler de ce congrès et que les résultats des discussions intégreront la charte du Parc amazonien.
Christiane Taubira estime que la population et les salariés sont pris en otage.
• photos : J.A
Échos
« Dans les meilleures conditions possibles »
Le Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES) - qui compte deux élus à la Région et un au Département - a donné son avis, mercredi dernier, sur ce congrès. « Quand bien même, des commissions et des experts se sont mis au travail, il appartient aux responsables politiques de définir le cadre de travail de ces structures. Et si nous voulons éviter des déchirements futurs, il importe que ces orientations soient définies de façon partagée et non pas par chacune des collectivités de façon séparée » , écrit le mouvement invitant chacun au dialogue. Le MDES a rappelé qu'il s'agit de « dossiers importants pour le pays ou susceptibles d'impacter la vie des Guyanais à moyen et long termes » .
Une fusion en douceur
Les élus semblent avoir intégré l'idée que la fusion des collectivités ne se fera pas en un jour. Christiane Taubira estime qu'il faudra « quatre à cinq ans » pour accomplir cette transformation. Elle a rappelé d'ailleurs que c'est la collectivité de Guyane qui procédera, après sa création, à la fusion. Alain Tien-Liong, de son côté, estime qu'il faudra se donner une date butoir, après les élections, afin de permettre une fusion en douceur. S'ils sont sur la même longueur d'onde sur cette question, ils ne le sont pas sur le calendrier des élections. L'une prône 2012, l'autre 2014...
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