Ce week-end, Cornélia Birba est venue rendre visite aux Mananais et a défilé dans les rues du bourg (LF)
Dimanche, le défilé de rue de Cayenne sera consacré aux costumes traditionnels. Cornélia Birba raconte ses souvenirs de Soussouri et Jé Farin'.
Cornélia Birba se souvient des personnages carnavalesques qui ont complètement disparu. Dans les années les années 1950 et 1960, Cayenne avait, du côté de la Crique, d'autres habitudes. « Soussouri, Zonbi Baré yo, Dja dan bwèt, Anglé ban-nan, Béf vòlò béf ont complètement disparu de la circulation » , constate-t-elle.
Des images claires et des expressions particulières lui reviennent : « Les soussouris, c'était comme un jeu. Les enfants les taquinaient. Les personnages leur couraient après jusqu'à ce qu'ils les attrapent. S'ils n'y arrivaient pas, les garçons lançaient « vin pété kaliko » . » Les provocations étaient les mêmes avec Jé farin'. « Vin pété kaliko, c'était un terme comme ça. Ça veut dire, en gros, essaie de m'attraper. »
LE CARNAVAL, C'ÉTAIT « SINGER TOUT CE QUI EXISTAIT »
Les enfants chahuteurs avaient plus d'un tour dans leur sac. Cornélia Birba poursuit : « Les garçons disaient : « Mo bay oun'fandé » . Les garçons leur couraient après Soussouri et Jé farin'. Quand ils étaient à leur portée, ou ils faisaient demi-tour, ou ils leur passaient entre les jambes. À ce moment, ils criaient : « Mo fèy'pété kaliko épi mo bay oun fendé » . C'était des expressions que les jeunes avaient pendant le carnaval. » Pour elle, les expressions étaient liées à la fabrication de ces deux costumes : « On utilisait beaucoup le kaliko. C'était un tissu très solide, réalisé avec plusieurs draps blancs. »
Avec Cornélia Birba, figure emblématique des traditions guyanaises, Béf vòlò béf retrouve ses lettres de noblesse. « C'était quelque chose de simple : une vieille robe noire attachée avec une corne. À l'époque, les Brésiliens arrivaient avec leurs tapouilles sur la crique, venaient livrer les boeufs à Cayenne. Parfois les boeufs s'échappaient dans la ville. Tout le monde courait puisque c'était la panique. Et comme pendant notre carnaval, il s'agit de singer tout ce qui existait... »
Les bouchers complices aidaient à la confection du costume en fournissant les cornes. Les carnavaliers faisaient le reste, décrit Cornélia Birba : « Il y avait tout un système et eux faisaient comme les boeufs. Ils couraient après les enfants, la tête en avant. On disait : « Béf vòlò béf! Béf vòlò béf! » »
Cornélia Birba a vu les choses changer : « Au fur et à mesure, il y a eu des interdits. Les tapouilles ne rentraient plus. Avant, les Brésiliens arrivaient sur la crique. Il y avait d'un bout à l'autre des tapouilles, du marché au poisson jusqu'aux pompiers. Ils arrivaient avec leur tapouilles. Ils vivaient là et ils amenaient les boeufs. Après, ils repartaient chez eux. » Cornélia Birba ne se lasse pas de raconter et de faire voyager ses interlocuteurs dans l'histoire du carnaval de la Guyane.
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