Philippe Dulbecco, recteur : « La jeunesse éduquée est la solution pour la Guyane »
Un journal, c’est aussi un espace de liberté et d’expression libre. Envoyez-nous vos tribunes, vos prises de position, vos avis à l’adresse france.guyane@agmedias.fr. Ici, Philippe Dulbecco, 58 ans, recteur d’académie livre son expertise sur les objectifs de l’Éducation nationale en Guyane. Après trois ans à sillonner le territoire avec peut-être une préférence pour le fleuve Maroni et sa partie entre Lawa et Litani, le recteur rappelle l’urgence à combattre l’illettrisme ; à lutter contre le déracinement des élèves et à promouvoir le bilinguisme. Il s'en va à Grenoble. Guillaume Gellé le remplace.
La moitié de la population guyanaise a moins de 25 ans. Autant de ressources précieuses pour impulser un véritable changement à tous les niveaux : éducatif, social, économique et structurel. Nous avons tout à gagner à miser sur la créativité et l'innovation que cette jeunesse peut apporter. Investir dans la jeunesse, c'est investir dans l'avenir de la Guyane.
L'Éducation nationale, qui mobilise ici près de 10 000 agents, s'engage chaque jour, de manière méthodique et concertée, pour l'épanouissement et la réussite des 95 455 élèves et étudiants de notre académie. Nous investissons massivement pour faire progresser l'École, partout et pour tous.
Un dispositif pour les élèves
Une ambition pour laquelle nous travaillons sans relâche. Permettre aux élèves des « écarts » de poursuivre leur scolarité au plus près de leur famille, sans vivre dès l'entrée au collège la fatalité du déracinement : c'est ce que nous avons fait avec le dispositif « Guyane Connectée, combler les écarts ».
En concertation avec les familles, les chefs de villages, les élus et les personnels de l'Éducation nationale, nous y sommes parvenus.
Prévenir l'illettrisme
Connecter la Guyane à ses élèves, c'est aussi s'adapter à eux, à leur réalité, à leurs difficultés. Dans un territoire où près d'un quart de la population est en situation d'illettrisme, nous avons fait de la prévention de l'illettrisme la mère de toutes nos batailles. Revoir notre manière d'enseigner la lecture et l'écriture, former et accompagner l'ensemble des professeurs dans cette nouvelle dynamique, telle est l'ambition du « Plan Lecture », qui commence à donner ses premiers résultats.
Plus aucun élève ne doit sortir du système scolaire sans que le maximum n'ait été fait pour sa réussite. Et pour cela, il faut accepter de voir la réalité en face.
Encore trop d'élèves en Guyane arrivent au lycée sans savoir lire ni écrire. Aussi, pour eux, surtout pour eux, nous agissons, avec la mise en place des unités pédagogiques pour élèves à besoins en langue et lecture. Nous avons déployé dans les lycées des enseignants spécialisés pour aider ces élèves en difficulté. En quelques mois, une partie significative des élèves a rattrapé le retard accumulé et s'autorise à nouveau à croire en soi, à croire en l'avenir, à investir cette société dans laquelle ils estimaient ne pas avoir leur place. Et quand ces jeunes retrouvent la volonté, celle de voir plus loin, d'ambitionner plus grand, de réussir, alors c'est l'École qui réussit.
Les attentes de la population guyanaise vis-à-vis de l'École sont fortes et il n'est pas possible de décevoir. L'École de la République est très attendue, et dans le contexte socio-économique particulier de la Guyane, elle se doit de faire toujours plus. Elle est bien souvent, au-delà d'un pilier pour la réussite professionnelle et personnelle, le dernier refuge pour des enfants et adolescents extrêmement fragiles, autant en demande d'instruction que d'éducation.
L'Éducation nationale est le ministère du temps long et notre responsabilité est aussi d'engager aujourd'hui des actions dont les résultats se feront sentir dans quelques mois, peut-être quelques années, mais qui changeront structurellement le contexte dans lequel se déroule l'École en Guyane.
C'est le cas notamment de la lutte contre les maux dont souffre notre jeunesse : la violence, le harcèlement, les grossesses précoces. Là encore, notre stratégie est arrêtée : nous déployons de manière volontariste et coordonnée les compétences psychosociales dans toutes les écoles de Guyane, dès la maternelle et sur l'ensemble des classes jusqu'au CM2. Une stratégie qui permet ensuite, à partir du collège, d'engager plus efficacement les politiques spécifiques de prévention de la violence, du harcèlement et des grossesses précoces.
Nous avons fait du bien-être des élèves, autant que de la réussite scolaire, une priorité. Et nous continuons d'avoir pour eux des ambitions à la hauteur des enjeux qui s'imposent à l'Éducation et à l'emploi en Guyane. Dans cette optique, la question de la continuité entre les offres de formation scolaire et supérieure est essentielle. Nous n'avons eu de cesse de travailler sur la répartition des effectifs entre la voie professionnelle et les voies générale et technologique, en vue d'élargir le vivier des formations supérieures.
À ce titre, l'offre proposée dans le supérieur s'est accrue chaque année depuis 2022 avec l'ouverture de la 2e puis de la 3e année de médecine, la création de la filière STAPS, de l'Institut de préparation à l'administration générale (IPAG), ainsi que 4 nouveaux BTS et 2 classes préparatoires aux grandes écoles pour la rentrée 2025.
De la diversité et de l'excellence
Les étudiants guyanais doivent pouvoir avoir le choix, celui de la diversité et de l'excellence, et c'est avec ce leitmotiv que nous avons conduit nos actions pendant ces trois ans.
À la prochaine rentrée scolaire, nous déploierons une offre de formation à Bac+1, Bac+2 et Bac+3 à Saint Laurent du Maroni dans les domaines de la construction/BTP, de la gestion, des ressources humaines, de la comptabilité, de l'informatique, de la santé.
Mais cette recherche d'excellence se heurte trop souvent à une inégalité territoriale qu'il est nécessaire de combattre. C'est la raison pour laquelle l'attractivité du territoire s'est retrouvée au centre de nos préoccupations, en particulier pour le recrutement et la formation.
Depuis la rentrée 2024, avec la création du service Attractivité Mobilité et Proximité, le seul de France, nous proposons des solutions de recrutement et de formation, de logement et de transport, en nous assurant aussi que nos personnels ont accès à tout ce dont ils ont besoin pour exercer sereinement leur métier ; un déploiement d'une gestion des ressources humaines au plus près des personnels, qui serait impossible sans la précieuse coopération de nos partenaires, en particulier les mairies et la Collectivité territoriale de Guyane.
C'est la classe qui dicte notre action
Nous nous sommes pleinement investis dans les orientations et actions de notre projet académique, pour atteindre méthodiquement et sûrement nos objectifs.
C'est la classe qui dicte notre action, et à titre personnel, c'est l'action et les résultats qui font ma satisfaction. J'accorde une grande importance au terrain. Aller à la rencontre des élèves, des enseignants, des personnels, et de tous ceux qui font l'école en Guyane est primordial. J'ai parcouru le territoire pour les rencontrer, connaître leurs difficultés mais également leurs succès, me nourrir de nos échanges et proposer des solutions à la hauteur des enjeux et de leur engagement auprès de notre jeunesse.
La force de la Guyane, c'est sa capacité à mobiliser autour de l'École les acteurs et les partie-prenantes de l'éducation. La force de ce travail collectif nous a permis de faire des avancées significatives auxquelles je suis fier d'avoir contribué. D'autres viendront dans les prochains mois, les prochaines années et je ne doute pas que les résultats de notre projet académique 2024-2027 seront à la hauteur des attentes de la population.

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