Bumidom : « Pour dire non à l'oubli »
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Bumidom : « Pour dire non à l'oubli »

O.Z.
Marlène Pidéri-Joncart, l'auteure de Mary-Yvonne et les autres.
Marlène Pidéri-Joncart, l'auteure de Mary-Yvonne et les autres. • DR

 Le premier roman de Marlène Pidéri-Joncart est une fresque historique qui rend hommage aux Antillo-Guyanais ayant subi le Bumidom.

Bu-mi-dom. Les trois syllabes sont le point de départ du premier roman de Marlène Pidéri-Joncart, Marie-Yvonne et les autres. Derrière l'acronyme se cache le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'Outre-mer. Officiellement créé pour favoriser les migrations domiennes vers l'Hexagone à des fins de formation ou de regroupement familial, le dispositif a en réalité contribué à vider les territoires concernés de leurs forces vives. Et par la même occasion, il a permis au pouvoir étatique de contenir les embryons indépendantistes.

Intégration difficile dans la société

De 1963 à 1981, des familles entières, de chaque côté de l'Atlantique, ou de l'océan Indien pour les Réunionnais, s'en sont retrouvées meurtries, amputées de plusieurs de leurs membres.

Parmi les candidats à l'exil, Marie-Yvonne, l'une des protagonistes du roman de Marlène Pidéri-Joncart. Au fil des pages, les personnages et les histoires se succèdent avec parfois pour seul lien le Bumidom.

Le roman du Bumidom
Le roman du Bumidom • OZ

Cette écriture, qui donne lieu à plusieurs fragments d'une même fresque, n'était pas au départ une volonté de l'auteure : « Ce n'est pas un choix, mais un style qui s'est imposé naturellement. Pour montrer que le Bumidom a impacté toute une génération. »

Mère de famille, Marlène Pidéri-Joncart a choisi de publier ce premier écrit «  après plusieurs témoignages de vie marqués par des humiliations et une intégration difficile dans une société française raciste de l'époque. » Sa motivation ? « Mettre sur le papier la souffrance de ceux qui ont témoigné de la période ante et post Bumidom.  »

« L'écrivain, détaille Marlène Pidéri-Joncart, est quelqu'un qui observe et écoute énormément. Il se nourrit de ce qui a existé et de ce qui existe. Il utilise le charme des mots pour mettre en lumière ce qui est dans l'ombre et faire vivre ceux qui sont condamnés à l'oubli. Des faits réels tissent donc la trame du récit. Les tragédies qui en ont découlé ou encore les fractures que cela a engendrées.  »

Basé sur des faits réels

Du Bumidom, Marlène Pidéri-Joncart aurait pu raconter l'histoire de son frère. Lorsqu'on lui demande de raconter comment le dispositif a impacté sa famille, elle semble pudique : « J'ai lu la désolation dans les yeux de ma mère... »

Pourtant, en racontant ces bribes de vie, l'autrice va au-delà de l'émotion. « Ces histoires sont réelles, basées sur des expériences de vie dont certaines ont été condensées en une seule. C'est un ouvrage à titre mémoriel. Pour dire non à l'oubli. Rendre hommage à ces milliers de personnes parties »lot'bo« en quête d'un avenir.  »

 

 

Notre avis

En 2017, le téléfilm Le rêve français jetait sur les écrans le Bumidom et ses ravages sur les populations des Outre-mer. La même année, Péyi an nou, le roman graphique signé Jessica Oublié, avait la même vocation. L'autrice remontait alors le fil du temps pour écrire son histoire familiale à la lumière de ces événements.

Avec Marie-Yvonne et les autres, Marlène Pidéri-Joncart a choisi l'angle de la fiction. Mais le sujet reste le même, l'autrice ayant basé ses écrits sur une foultitude de témoignages. Au fil des pages, les destins défilent. Avec en fil rouge la douleur du déracinement, un mal commun à tous les protagonistes. L'écriture parfois saccadée est toujours empreinte de poésie, avec çà et là des invitations à porter la réflexion sur le terrain politique.

 

L'extrait

« Eugène poursuit son histoire : - Je suis arrivé en 1972 par le Bumidom. Une valise remplie de bouteilles de rhum que Maman m'a données pour la famille, en prévision des coups de froid de l'hiver. Un bus m'a emmené à la rue Poissonnière, dans un hôtel qui s'appelle Violet. Pas d'eau chaude. Les lits avec trois pieds et des draps sales. La France nous a manqué de respect. J'ai pris ma tête entre les deux jambes et j'ai regretté ma misère de Martinique. Les bouteilles de rhum se sont cassées, le liquide s'est répandu sur le sol, mes vêtements : c'est-à-dire, mes deux chemises en nylon et mon pantalon Wrangler sont saouls. Ils puent le rhum Courville. D'après toi, à qui réserve-t-on pareil accueil ? »

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