12 Years a slave est projeté à l'Agora depuis la semaine dernière. Le film se base sur l'autobiographie de Solomon Northup, afro-américain né libre en 1808 aux États-Unis, puis enlevé et réduit à l'esclavage pendant douze ans. Un sujet rarement exploré par le 7e art.
Combien de films avez-vous vu sur l’esclavage ? La question amène souvent à un long temps de réflexion. De mémoire de cinéphiles, le sujet a été peu de fois exploré. Aux États-Unis, on pense à Amistad, à la série Roots, voire au Django Unchained de Quentin Tarantino. Mais pour ce qui est des films français, la liste est encore plus courte. On peut citer Vénus Noire d’Abdelaltif Kechiche sorti en 2009 et basé sur l’histoire de Saartjie Baartman. Il y a également eu le téléfilm Tropiques Amers du Guadeloupéen Jean-Claude Flamand-Barny ou plus récemment Case Départ. Mais il s’agissait là d’une comédie. Ce qui lui a vertement été reproché. Depuis, aucun film français ne s’est penché sur la traite. « Les Français ne sont tout simplement pas capables de traiter le sujet sérieusement, car il n’existe pas de recherches approfondies, estime l’historien Eugène Epailly. En France, dès que l’on parle de l’esclavage, ça dérange. On se souvient du tollé politique qu’avait provoqué la loi Taubira sur la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité en 2001. »
« On a perdu cette mémoire »
Pour l’historien, une des causes pourrait être le manque de travaux sur la question. « En Guyane et aux Antilles, nous n’avons pas travaillé sur la mémoire orale de l’esclavage. On a donc perdu cette mémoire. Nos chercheurs plus âgés ont même généralement évité le sujet. Ce sont les nouveaux chercheurs qui s’y penchent aujourd’hui. On a d’ailleurs connu le même phénomène pour le bagne. Jusqu’à il y a vingt ans, il ne fallait pas en parler. » Est-ce à dire que les Etats-Unis font plus facilement face à leur histoire ? « Ce qui est sur c’est que les États-Unis ont un certain génie : celui de savoir tout commercialiser, y compris l'histoire, poursuit Eugène Epailly. La preuve, ce sont eux qui ont fait connaître au monde entier l’histoire du bagnard Papillon (ndlr : « Papillon », film sorti en 1973, avec Steve McQueen et Dustin Hoffman), et pas nous. » Pour l’historien, il y aurait pourtant matière, chez nous à faire un film sur l’esclavage. « J’ai d’ailleurs un projet de film sur le Guyanais Théophile Vitalo, qui avait douze ans lors de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il s’est lancé dans l’aventure de l’or à Sinnamary et est alors devenu l’homme le plus riche de la colonie, alors qu’il était illettré. Il possédait même un immeuble dans le XVIIe arrondissement de Paris. » En trois jours d’exploitation en France, 12 years a slave avait totalisé 304 625 entrées. Ce qui le classe en tête du box-office français cette semaine. Preuve s’il en fallait, que le spectateur peut se déplacer pour ce type de films.
L’histoire
En salles depuis la semaine dernière à l’Agora, le film se base sur l’autobiographie de Solomon Northup, afro-américain né libre en 1808 aux États-Unis puis enlevé et réduit en esclavage pendant 12 ans. Lors de la sortie nationale, le quotidien 20 minutes avait créé la polémique avec son titre : « Un film coup de fouet » Pourtant à la vue du long-métrage, on comprend que le jeu de mot soit venu facilement. Car 12 years a slave est un film qui atteint le spectateur dans sa chair ; par la violence de certaines scènes mais aussi par la violence de l’histoire. Depuis la semaine dernière à l’Agora, dès le 19 février au Toucan. Séance en VO les 19 et 20 au Toucan.
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