Il l'a vue quand ce n'était encore qu'une
ombre. Sans un bruit, l'imposante nageuse est sortie de l'océan,
portée par une vague aussi sombre que le ciel sans lune. L'oeil
inquiet, Rodrigue la regarde avancer sur la plage. Tout autour de
lui, une dizaine de curieux assiste au spectacle. Trop d'yeux
impatients pour la laisser accomplir sa laborieuse mission. La
tortue luth repart dans l'eau noire. « Ne vous inquiétez pas, elle
montera ailleurs, elles s'y reprennent parfois à plusieurs fois »,
assure-t-il à ses compagnons d'un soir.
Casquette rouge vissée sur la tête,
tee-shirt blanc, lampe torche à la matin, Rodrigue, 41 ans, reprend
sa tournée nocturne. Depuis le début de la saison de ponte, en
avril, le petit homme blond aux yeux clairs parcourt la plage de
l'Apcat de long en large, matin et soir. Il reconnaît chaque trace,
chaque passage, qu'il note méticuleusement dans son petit carnet
tout froissé. Cette année, l'association Kwata, dont il est un des
trois salariés, a déjà recensé 5 200 pontes de tortue luth sur les
sites de Cayenne...
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