Alain Jean Marie et Patrice Caratini, les puristes de la biguine jazz
Alain Jean Marie, le pianiste guadeloupéen, mentor de la biguine-jazz, était en concert à Pierrefitte, dans le cadre de Banlieues Bleues pour créer un véritable dialogue avec le public. Il était sur scène avec son complice de 35 ans d’amitié et de complicité musicale, Patrice Caratini et son Jazz ensemble.
Les deux compères, avec en invité le percussionniste guadeloupéen, Roger Raspail, ont passé en revue l’histoire de la biguine, sans relâche pendant plus de deux heures trente. Le programme était enchanteur et les échanges fructueux avec la musique d’Al Lirvat, de Robert Mavounzy, de Stellio, de Biguine réflexion et de bien d’autres. Le concept était réalisé grâce aux arrangements d’un Patrice Caratini tout en souplesse, lui qui tire sur les fils de son contre basse ou en dirigeant son ensemble de cuivre magistralement.
Les huit souffleurs du jazz ensemble et le tambour de Roger Raspail ont donné de la profondeur, en bouleversant l’ordre établi, tout en respectant l’ordre rythmique d’un son que la mémoire populaire a bien gardé dans la tête, tel que « Serpent Maigre » d’Alexendre Stéllio qui a emporté le public.
Alain Jean Marie, dos au public, a offert une belle balade créole à son public . Une suite musicale mise en place il y a une dizaine d’année lors d’une tournée aux Antilles avec Patrice et jamais jouer depuis.
L’harmonie, l’intensité, le phrasé, le rythme, la cadencement, l’anticipation, c’était du grand Alain. Il était heureux d’être là et de partager agréablement ce voyage au- delà des mers. Cet appétit de jouer se lisait sur son visage et se transmettait au bout de ces doigts. Prenant le temps d’associer Haïti à cette année de l’outre mer, il lui a dédié un morceau par ces mots : « un pays qui a beaucoup souffert par le passé, mais qui a toujours su se relever de tous ses malheurs ».
C’est le big bang de Patrice Caratini qui s’appelle le jazz ensemble. Je lui ai proposé de faire des arrangements sur mes propres arrangements de biguine réflexion. C’est donc à partir des disques de biguine réflexion qu’il a fait des arrangements pour son orchestre. Et ça a donné ça. C’est très chaud. C’est joué par d’excellents musiciens. Les meilleurs musiciens de Paris, chacun est soliste. Vraiment on a un très bon orchestre et le public a été chaleureux et réceptif. Nous étions en connivence, ça je l’ai ressenti vraiment.
Vous en profitez pour rendre un grand hommage à Haïti pendant la prestation. Ce pays vous tient vraiment à cœur ?
J’ai toujours aimé ce pays. Surtout quand j’ai débuté la musique. J’ai connu beaucoup de musiciens haïtiens qui venaient jouer à Pointe-à-Pitre, à la Cocoteraie et c’était la première fois que je voyais des musiciens professionnels, de très bons musiciens, vaillants, que j’admirais.
A quel moment avez-vous commencé à jouer dans les bals ?
J‘ai commencé très tôt. Je jouais dans les bals dès l’âge de quinze ans. J’ai joué dans le groupe Esperanza, le bœuf avec l’orchestre de Ferneste et le samedi soir j’allais faire les bals. Puis il y a eu Edouard Mariépyn qui revenait de France, puis après, avec le grand Robert Mavounzy. J’ai vraiment joué beaucoup de bals. Tous les samedis. C’est grâce à cet argent que j’ai pu acheter tous mes disques de jazz, chez Debs, et grâce à cela, j’ai appris à aimer cette musique de jazz.
Quel regard portez-vous sur la musique de votre pays aujourd’hui ?
Il y a beaucoup de jeunes qui arrivent et la musique est en train d’aller très bien. Par contre, il y a plusieurs branches. Il y a une branche traditionnelle avec ceux qui travaillent sur le ka, le gwo ka et le bêlé. Il y a une branche zouk, avec tous les gens qu’on connaît, depuis Kassav jusqu’à tous les autres groupes. Et puis, il y a une autre branche qui, à partir de la biguine et du jazz, sont une nouvelle fusion qui est très intéressante et qui nourrit à la fois le jazz et la musique antillaise. Cela me fait penser à des gens comme Gilles Rosine, Grégory Privat, Mario Canonge bien qu’ils soient déjà connus, c'est vraiment une vague de jeunes pianistes qui sont vraiment très sophistiqués.
Comment nous parler de votre parcours musical, de cette longévité dans ce monde ?
J’espère que je vais progresser et avoir d’autres occasions de créer des choses belles. C’est vraiment ce que je souhaite, que ça continue.
Le maire de Pierefitte, Michel Fourcade : « Tous les participants ont pu apprécier ces artistes qui nous ramènent un peu de soleil. Dans notre coin, on n’a pas l’habitude d’avoir des musiques aussi vives. Après avoir eu l’exposition pour le lancement de l’année des ultramarins, je trouve que c’est vraiment un grand bon bonheur. Ici, nous avons une association ultramarine, AMU (l’association mémoire ultramarine du président Franck Petroze) qui est très dynamique et qui nous fait vivre de grands moments depuis trois ans. Outre des manifestations sur la mémoire de l’esclavage, on a des manifestations régulières et c’est très important pour les Antillais. Mais important aussi pour nous métropolitains. Ça nous permet de connaître ces départements et la culture de ces départements ».
Christiane Taubira, députée de la Guyane : « Je viens de vivre un moment magnifique. Ce fut une très belle soirée. La touche d’Alain Jean-Marie est un plus sur ses compositions. Il y avait de la qualité. Ceci étant, je connais la musique d’Alain Jean-Marie depuis très longtemps et je vais à ses concerts à chaque fois que je peux. Patrice Caratini et son groupe, le grand ensemble, est connu. Moi, je connaissais à la fois la performance et aussi le talent. Ce soir, ils ont donné leur âme et de la chaleur humaine. Ils sont vraiment inscrits dans cette année de l’outre mer. Et ce n’est pas par hasard qu’ils sont ici ce soir. Nous avons le summum. La musique, ça suscite des vocations. C’est la démonstration magistrale de ce qu’on est capable de créer, de ce que nous offrons au patrimoine culturel de l’humanité. Cette démonstration dans la joie, dans la technicité, dans la relation avec le public, dans l’assurance de la qualité. Je dirai, nous sommes le monde. »
Philippe Milia, élu martiniquais à Aubervilliers : « J’ai eu du bonheur. Toute cette culture, cette diversité qui ressemble vraiment à la Seine Saint-Denis. Je suis un enfant de Fonds Batelière à Schœlcher et je suis séduit pas cette vivacité musicale. J’ai pensé à mon enfance au pays. Ce soir, j’ai eu l’idée de m’inscrire au programme pour l’année prochaine ».
Patrice Caratini, le patron de Jazz ensemble : « Ce soir, il y avait un public de connaisseur ; il connaît l’histoire ! Je me souviens quand avec Alain nous avons été jouer, il y a une dizaine d’année, pour la première fois ses compositions aux Antilles, le public avaient apprécié. Je peux dire que l’histoire se répète. On n’a pas joué souvent, mais Stélio, ça passe toujours. Alain est un musicien magnifique. Avec lui, la mayonnaise a pris et en plus nous sommes une bande de copains, on se connaît depuis longtemps dans cet orchestre. L’humain dans la musique, c’est important. Ici tout le monde a envie de jouer et ce programme plait à tout le monde. »
Roger Raspail, percussionniste guadeloupéen : « J’ai eu le bonheur d’accompagner deux grands ce soir, Patrice Caratini et Alain. Ici, c’était la Caraïbes, la nuit de l’outre mer, je me suis régalé en pensant à tous les grands musiciens tels que Vélo, Carnot, Konket, Anzala, Braban et les autres. C’est à tous ces musiciens que je dédie mon travail. Il agréable de composer, de jouer, d’interpréter la musique. C’est un métier que j’exerce avec amour, très content de faire ce métier. Je crois être l’ambassadeur de mon pays. Car quel que soit le pays que je traverse, je représente mon pays, la Guadeloupe. »

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