A Bonhomme, de nombreux jeunes passent la journée à attendre que le temps passe. Pour Yves, le « grand frère » , cette oisiveté est une cause de l'insécurité (DL)
Hier après-midi, le collectif Tròp Violans s'est rendu à la cité Bonhomme à Cayenne pour y rencontrer des habitants du quartier. Leurs solutions pour lutter contre la violence : occuper la jeunesse et sécuriser les sound-system.
Il est 16 heures hier après-midi devant un libre-service de Bonhomme, à quelques centaines de mètres de l'hôpital de Cayenne. Assis sur leurs scooters, Stéphane et Christophe (1), la vingtaine, regardent avec curiosité la petite délégation qui approche : trois membres du collectif Tròp Violans entourés de quelques journalistes. Lorsque la petite troupe s'arrête à leurs côtés pour entamer la conservation, ils semblent surpris. Le collectif ? Non, ils n'en ont jamais entendu parler. Ils sont juste là, comme chaque jour au même endroit, à attendre que le temps passe. La violence, en particulier dans les sound-system ? « Ça se passe partout, la bagarre fait partie de toutes les fêtes. Ça agace, mais on n'y peut rien » , répond Stéphane, un brin blasé. Les réponses des deux jeunes sur le sujet restent très évasives. Pour eux, quand il y a mort d'homme, c'est forcément qu'il y a règlement de comptes. « L'alcool ou la drogue, ça peut être un facteur, lance Christophe, mais ce n'est pas le principal. » Les deux amis s'accordent toutefois pour dire que le manque d'occupation favorise fortement le climat d'insécurité et déplorent le manque de structures dans le quartier. Pourtant, « ici, il y avait la première maison de quartier de toute la Guyane, rappelle Olivier Goudet, membre du collectif. Il y a eu un incendie, elle a fermé, et puis plus rien. »
DE LA POLICE DANS LES SOUND-SYSTEM
À quelques mètres de là, dans une rue plus discrète, ils sont une dizaine à passer le temps. Derrière eux, un peu cachés, cinq très jeunes ados jouent aux cartes à même le sol, pour de l'argent. DJ Travis et DJ Ken Vibz, habitués des sound-system sont aussi présents. Ils sont venus discuter avec le collectif. D'entrée de jeu, ils insistent : pour supprimer la violence dans les sound-system et les soirées, il faut des forces de l'ordre. « Si les gendarmes viennent, ils peuvent entrer sans problème, assure DJ Ken Vibz. Dans les sound-system, les gens sont tous contre la violence, il y a juste quelques personnes qui viennent pour foutre le bordel. » Pour lui aussi, les faits de violence lors de ces soirées, « ce sont des règlements de comptes. »
A 23 ans, le jeune homme passionné de musique se pose toutefois des questions sur ses propres responsabilités. C'est lui qui animait la soirée du 19 avril à Cogneau en marge de laquelle un jeune de 17 ans a été tué par balle. « Je l'ai animé gratuitement, pour un ami. Après, je me suis posé des questions. Si j'avais refusé, ça ne serait peut-être pas arrivé. » Mais il n'en démord pas : une présence policière aurait évité le drame. C'est ce qu'il constate ailleurs. « Je fais des sound-system à Georgetown. Là-bas, tu as toujours la police et il n'y a jamais de problème. » Son collègue DJ Travis réclame, lui, la présence systématique d'un service d'ordre de la mairie et des patrouilles de police toutes les demi-heures. « C'est simple et cela éviterait des drames. »
« RESPONSABILISER LES JEUNES »
À 33 ans, Yves fait figure de « grand frère » dans le quartier. Lui a la chance de travailler et il en est persuadé : l'oisiveté est cause de bien des maux à Bonhomme. « Vous voulez limiter la violence ? Il faut trouver une occupation pour les jeunes! La plupart des gens qui sont là, si on leur propose un boulot, ils ne refuseront pas. Quand on parle de vigiles, on a des jeunes dans ce quartier qui pourraient être formés. Et même sans parler d'emploi. Aux Âmes Claires, ils ont une régie de quartier qui fait bosser les jeunes. Ici, rien. Il en faudrait une pour les responsabiliser. » Un peu en arrière du groupe, Eliana approuve ces paroles de la tête. La jeune femme est en terminale L et veut être professeur des écoles. Pour elle, il y a urgence. « Si on ne fait rien, ce sera pire avec la prochaine génération. Les plus jeunes sont élevés avec la violence et, avant dix ans, ils ont déjà eu une arme en main. »
(1) Les prénoms ont été modifiés
Les élus mis à contribution
Tròp violans a décidé de se donner le mois de mai pour rencontrer un maximum d'élus et recueillir leurs propositions concrètes. Une rencontre aura lieu ce midi avec le président de Région et cet après-midi avec Cornélie Sellali Bois-Blanc, maire d'Iracoubo. Vendredi, le collectif sera à Montsinéry-Tonnégrande et lundi à Roura. Demain, ses représentants seront à la CCIG pour y rencontrer les acteurs socio-économiques.
Des Sound-system sous surveillance
Le collectif Tròp Violans demande au préfet et aux communes « de prendre toutes les mesures pour l'interdiction des sound-system sauvages. Aucun aspect culturel ne peut légitimer l'insécurité et les violences extrêmes liées à ce type de manifestation. Nous souhaitons que les demandes d'autorisations de sound-system soient soumises à cahier des charges : sécurité assurée, contrôle d'absence d'armes, pompiers alertés. »
DJ Ken Vibz (de dos) en pleine discussion avec Olivier Goudet de Tròp Violans. Hier, ils ont évoqué, entre autres, la question de la sécurité dans les sound-sytem. (DL)
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Fin de mois macabre
Les dix derniers jours d'avril ont été marqués par une série de faits-divers sordides.
Trop de sang a coulé pour rien selon le collectif Tròp Violans qui a décidé d'alerter les pouvoirs publics et la population.
- Nuit du samedi 19 au dimanche 20 : à Matoury, un jeune homme de 17 ans est tué par balle lors d'une soirée dancehall.
- Nuit du dimanche 20 au lundi 21 : à Cayenne, un jeune homme est battu à mort à coups de batte de base-ball. Il meurt à l'hôpital mardi.
- Dimanche 27 : à Saint-Laurent, un enfant de 9 ans se fait tirer dessus par un particulier alors qu'il est dans un arbre situé dans le jardin de ce dernier.
- Vendredi 25 : à Sinnamar y, un commerçant est agressé en fin de journée par des voleurs qui veulent lui arracher la caisse de la journée. L'homme est conduit aux urgences dans un état grave.
- Lundi 28 : à Saint-Laurent, un homme est tué de deux coups de couteau lors d'un règlement de comptes.
- Mardi 29 : un jeune homme est abattu dans un libre-service, tué par un jeune de 19 ans pour une histoire de scooter.
(Damien Lansade)
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