Lorsque Damien Inglis décroche son téléphone, il n'est déjà plus en Guyane et pas encore arrivée à destination. « Je suis en escale pour quatre heures à Porto-Rico, s'amuse-t-il. Je suis en route pour mon nouveau chez moi. J'ai le temps! » Le Guyanais de 19 ans parle d'une voix calme et sereine, malgré l'excitation et l'anxiété qui l'animent alors qu'il s'apprête à fouler les parquets de la NBA, le prestigieux championnat de basket-ball nord-américain. Le rêve de chaque gosse ayant un jour tenté de rentrer la grosse balle orange dans ce panier si haut-perché. Donc c'est parti, l'aventure commence ?
Oui! Je suis motivé, excité. La NBA, ce n'est pas quelque chose qui arrive tous les jours. C'est le meilleur championnat du monde, avec les meilleurs joueurs. C'est un spectacle, un business aussi. Comment évolue votre blessure à la cheville ?
Je suis un peu anxieux par rapport à ça. Mais ça va beaucoup mieux. Je marche et je vais recommencer à courir. J'ai rendez-vous avec le médecin du club en fin de semaine. Il y a un gros staff médical aux Bucks, je vais être bien entouré (rires)! Mais pour revenir à mon meilleur niveau, il va me falloir du temps. (Pensif). Je ne joue plus depuis trois mois. D'ici à la fin de l'année, je devrais avoir retrouvé mon niveau. Cette indisponibilité ne vous inquiète pas, compte tenu de la forte concurrence à votre poste ?
Au contraire, ça me motive! C'est un vrai challenge. Je reviens de blessure, il y a du monde, des joueurs qui sont déjà en NBA. Ça va être à moi de montrer ce que je sais faire. Les Bucks de Milwaukee ont connu la gloire au début des années 70 (champions en 1971, finalistes en 1973) mais demeurent peu connus en France.
C'est vrai que c'est une équipe peu médiatisée. Un small market (petit marché). C'est bien, car elle est en reconstruction. Ils ont fait le pari de prendre des jeunes joueurs (sept sur quinze ont entre 19 à 23 ans, ndlr). Il y a du potentiel de partout! J'ai parlé avec les dirigeants et ils comptent sur moi pour l'avenir. J'ai des qualités, comme ma défense, le rebond ou le jeu de passe. J'ai aussi des défauts. Ils savent que je sais jouer au ballon, que j'ai « du basket » comme on dit. Il y a aussi un jeune entraîneur. Jason Kidd, un des plus grands passeurs de l'histoire du jeu. Vous l'avez rencontré ?
Oui, j'ai eu la chance de le voir deux ou trois fois avant de partir. Ce n'est pas n'importe qui! Il connait bien le basket, travailler avec lui sera bénéfique. Avec Kevin Séraphin (Washington Wizards) et peut-être Livio Jean-Charles (San Antonio Spurs), la Guyane va être bien représentée en NBA cette année. Une fierté ?
Oui, je suis fier et honoré de pouvoir apporter un peu de Guyane aux États-Unis. Ça donne aussi un peu de notoriété à notre région. Les gens s'y intéressent, me posent des questions. C'est super! Et puis l'année prochaine, j'ai le projet de créer un camp de basket et je compte bien ramener des Américains. C'est bien que les jeunes basketteurs qui arrivent derrière nous puissent se dire qu'aller en NBA, c'est possible. Quelle sont vos objectifs cette année ?
À la fin de la saison, je veux avoir retrouvé mon meilleur niveau. Je veux aussi gagner des minutes de jeu et obtenir un vrai rôle dans l'équipe. Je reviens de blessures, ça va prendre du temps mais je suis patient. Je veux prouver que si j'ai été drafté (sélectionné) au début du deuxième tour (31e), ce n'est pas pour rien. Et l'équipe de France, vous y pensez ?
Oui, j'espère que je recevrai un appel. Je veux me montrer, participer aux rassemblements, aux sélections. Êtes-vous déjà installé à Milwaukee ?
J'ai mon logement, que j'ai choisi près de la salle où les Bucks jouent leurs matchs. Et puis c'est à dix minutes de la salle d'entraînement. Je n'ai plus qu'à récupérer ma voiture! Un contrat de trois ans
Demain, Damien Inglis (19 ans, 2,03 m) va signer un contrat qui va le lier aux Bucks de Milwaukee pour une durée de trois ans. Fait rare pour un joueur sélectionné au 2e tour de la « draft » NBA. Une preuve supplémentaire de la confiance que portent les dirigeants de la franchise, résolument tournée vers l'avenir. L'année dernière, le Guyanais évoluait sous les couleurs de la Chorale de Roanne, en Pro A.
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